ASTRON
forme à celui de la théorie , que Ton aurait pu déterminer , par ce moyen , la loi de Faction de la Lune sur la mer, relative à sa distance. »
L’espace de temps qui s’écoule entre deux hautes mers successives , n’est pas constamment égal à lui-même ; mais il offre de petites inégalités semblables à celles de la Lune. Sa valeur moyenne est de 12*1,4.2. Le temps qui s’écoule entre deux marées consécutives , surpasse donc Je jour solaire d’une heure environ. Il faut bien faire attention aussi que la haute mer n’est que le résultat des actions combinées du Soleil et de Lime , et qu’elle aura des avances et des retards, selon la position de ces astres. Il est remarquable , au reste , que l’instant du phénomène , sur nos côtes , soit toujours retardé d’un jour et demi , c’est-à-dire , que la marée , telle que le calcul l’indique, 11’arrive que 36 heures après.
La hauteur des marées dépend en grande partie de la disposition des mers où on l’observe ; parce que l’effet de Faction des astres sur un espace couvert d’eau est d’autant plus énergique que les particules fluides sont plus nombreuses et répandues sur une plus grande étendue. Aussi le flux et le reflux , qui sont très- sensibles dans le grand Océan , ne sont presque pas appréciables dans la mer Caspienne , dans la Mer-Noire , ou même dans la Méditerranée.
L’inégalité de pente ou de direction des côtes
â encore une grande influence pour retarder Flieure de la marée ; aussi l’on remarque que le flux, qui pénètre parles fleuves jusque dans l’intérieur des terres , emploie quelquefois un temps considérable pour parcourir un médiocre espace. Le retard que la marée éprouve dans chaque lieu sur le passage de la Lune au méridien , est une quantité constante ; c’est ce qu’on nomme X établissement du port. Il est de n heures 45’ pour les villes de Dunkerque et de Calais , tandis qu’il est de 20’ pour Ostende. Il faut entendre par-là qu’il est nh 45’ dans les deux premières villes , lorsque la mer est haute à l’instant de la nouvelle ou de la pleine Lune , et qu’il n’est que 20’ pour Ostende. M. de Laplace considère chaque port comme placé dans un canal , à l’emhouchure duquel les marées partielles arrivent au moment même du passage des astres au méridien. Il suppose encore que ces marées, sur les cotes de France , emploient 36 heures à venir de l’emhouchure jusqu’au port , et il indique ensuite les corrections à faire selon les localités.
En voyant les effets que le Soleil et la Lune exercent sur les eaux de la mer , on est naturellement porté à leur supposer une influence plus grande encore sur notre atmosphère , qui jouit d’une mobilité extrême. Cependant on a reconnu, par Inobservation , combien cette opinion était peu fondée. Trois causes principales influent sur
le flax atmosphérique : i° Faction du Soleil et de la Lune ; 20 l’élévation et l’abaissement périodiques de l’Océan , base mobile de l’atmosphère ; 3° l’attraction de ce fluide par la mer , dont la figure varie périodiquement. D’après quatre mille sept cent cinquante-deux observations faites pendant huit ans , et relevées par M. Bouvard, M. de Laplace n’a trouvé qu’un dixhuitième de millimètre pour la grandeur du flux lunaire atmosphérique , ce qui est une valeur presque insensible.
Les anciens avaient déjà quelque connaissance de la vraie cause des marées , quoiqu’ils ne pussent observer ces phénomènes que dans des mers où ils sont moins sensibles. Aristote , dans son livre du Monde , dit que les marées suivent le mouvement de la Lune ; Pline , dans son Histoire de la nature , s’exprime encore plus clairement à cet égard ; mais alors , il est vrai , le phénomène avait déjà été mieux observé sur les côtes de l’Océan. « La cause des marées provient du Soleil et de la Lune , dit ce naturaliste ; les eaux se meuvent en obéissant à l’influence sidérale, qui attire et soulève les mers (i.) » La théorie mathématique des marées a été traitée avec soin par Newton , Maclaurin , Daniel Bernouilli , Eu-
(i) Causa in sole lunaque ; moventur aquce ut andliantes sideri avido , iralieniigue secum haustu maria .
1er; maïs aucun géomètre n’a répandu plus de lumières sur cette partie de la science que le célèbre de Laplace. La théorie des marées, en effet, a été portée à un tel degré de perfection que Ton peut maintenant , plusieurs années d’avance , prédire l’instant du retour d’une marée pour un port quelconque , et assigner même la hauteur à laquelle doivent s’élever les eaux , à moins que des vents violens , ou d’autres circonstances extraordinaires , ne viennent déranger la marche de la nature. On a lieu de s’étonner alors qu’un écrivain tel que Bernardin de Saint-Pierre , si justement estimé d’ailleurs pour le charme de ses ouvrages , ait cherché à expliquer les marées par la fonte des neiges, et à établir une théorie si peu d’accord avec l’observation.