‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 130 sur 362 · LIVRE XX. — LA TERRE. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE. 2i

plus considérable que l'élévation des plus hautes montagnes , les matières connues pour leur plus grande résistance à la fusibilité, doivent être en fusion. En effet, dans une lettre de M. Mitscherlich à mon ami Alexandre de Humboldt, je lis : « Les températures auxquelles les substances métalliques entrent en fusion ont été très-exagérées. La flamme de l'hydrogène brûlant dans l'air n'a que 1560 degrés centigrades. Dans cette flamme le platine entre en fusion. Le granité fond à une température inférieure à celle du fer doux ; il fond à peu près à 1300° ; l'argent fond à 1023°. En supposant un accroissement de 0°.033 par chaque mètre de profondeur, on trouve à 40,000 mètres une température de 1320°. Alors le granité est un liquide. »

Ainsi 40,000 mètres, telle est la mesure approchée de l'épaisseur de l'écorce terrestre. Une telle conséquence déduite d'observations qui , malheureusement, ne s'appliquent encore qu'à une trop faible profondeur , 650 mètres environ, suffit pour rendre compte de la réaction exercée contre les parties faibles de l'enveloppe solide de notre planète, par les matières fluides intérieures; l'existence des volcans s'explique sans peine.

Toutefois, l'accroissement de la chaleur que démontre l'observation, lorsqu'on pénètre dans la Terre, ne peut-il pas provenir d'une tout autre cause que celle de l'origine ignée de notre globe ? Les torrents de chaleur que le Soleil lance depuis tant de siècles, n'auraient-ils pas pu se distribuer dans la masse de la Terre, de manière à y produire des températures croissantes avec la profondeur? C'est une question capitale qui a été admirable-

ment bien résolue par un illustre géomètre. Fourier a fait voir que si on admet que la Terre ait reçu toute sa chaleur du Soleil, on doit trouver dans sa masse une température constante pour toutes les époques de l'année, variable d'un climat à l'autre, mais toujours la même dans chaque pays. Le fait dément cette conséquence. On doit donc à Fourier la démonstration de cette vérité, qu'il y a dans la Terre une chaleur propre qui ne dépend pas du Soleil. Fourier a fait plus encore ; il a montré par le calcul, que la supposition de la chaleur centrale, que l'hypothèse de la fluidité de la masse terrestre à une profondeur de quelques lieues , ne saurait avoir qu'une influence insignifiante sur la température propre de la surface. L'affreuse congélation du globe, dont Buffon fixait l'époque au moment où la chaleur centrale se sera totalement dissipée, est donc un rêve. A l'extérieur, la Terre n'est plus imprégnée que de chaleur solaire; nous aurons à rechercher les lois de ce phénomène, lorsque nous nous occuperons des climats et des saisons.

Je dois dire qu'un autre géomètre , digne émule de Fourier, ne s'est pas montré satisfait de l'hypothèse de son devancier. Poisson a vu une difficulté à la chaleur d'origine dans la température excessive qu'aurait le centre de la Terre, température qui, à raison d'un trentième de degré d'accroissement par mètre de profondeur, nombre donné par les observations faites près de la surface, surpasserait deux millions de degrés. Les matières soumises à cette température seraient, suivant Poisson, à l'état de gaz incandescents. Il en résulterait une force élastique à laquelle la croûte solidifiée du globe ne pourrait pas résis-

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