‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 131 sur 362 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

ter. Poisson, en s'appuyant sur l'aplatissement des planètes dans le sens de leurs axes de rotation , croit , avec les géomètres, qu'elles ont été originairement fluides; mais il lui paraît vraisemblable que leur solidification a commencé par le centre et non par la surface , et il trouve là une autre difficulté contre les conceptions de Mairan, de Buffon et de Fourier.

Pour expliquer les températures croissantes avec la profondeur que donnent les observations des sources artésiennes et les galeries de mines, Poisson a recours aux considérations suivantes : toutes les étoiles ont des mouvements propres plus ou moins sensibles; le Soleil est une étoile ; donc il doit se transporter avec son cortège de planètes dans différentes régions de l'espace, conséquence qui est d'ailleurs confirmée par les observations directes. Or, ces régions ne sont probablement pas toutes à la même température; la Terre décrit donc son ellipse autour du Soleil , tantôt dans une région chaude , tantôt dans une région froide ; partout elle doit tendre à se mettre en équilibre de température avec le milieu où elle circule. Supposons qu'après avoir été ainsi soumise à une température assez élevée , la Terre vienne à subir l'influence d'un milieu comparativement plus froid; les températures iront évidemment en augmentant de la surface vers le centre; le phénomène serait inverse si Ion observait les températures terrestres lorsque notre ! globe, après avoir subi l'influence d'un milieu froid, ; traverserait une autre région comparativement chaude. Telle est en substance l'explication proposée par Poisson, des températures terrestres croissantes avec la pro-

fondeur. Il n'échappera à personne qu'une conséquence de cette hypothèse, c'est que les températures ne devraient pas croître proportionnellement à la profondeur, ce qui, dans les limites où l'on a opéré et que nous avons rappelées tout à l'heure, est démenti par les observations. Les matières de l'intérieur du globe , en admettant la proportionnalité de l'accroissement de la température avec l'accroissement de la profondeur, auraient, il est vrai, vers le centre une température qui surpasserait deux millions de degrés. Ces matières seraient à l'état de gaz incandescent, et il en résulterait, nous le répétons, une force élastique à laquelle Poisson croyait que la croûte solidifiée du globe terrestre ne pourrait pas résister. Cette difficulté avait déjà préoccupé les physiciens. Leslie a été conduit, pour sortir d'embarras, à présenter l'intérieur de la Terre comme une caverne sphérique remplie d'un fluide impondérable, mais doué d'une force d'expansion énorme. « Ces conceptions bizarres, dit mon ami Alexandre de Humboldt dans son Cosmos, firent naître bientôt des idées encore plus fantastiques dans des esprits entièrement étrangers aux sciences. On en vint à faire croître des plantes dans cette sphère creuse ; on la peupla d'animaux, et, pour en chasser les ténèbres, on y fit circuler deux astres, Pluton et Proserpine. Ces régions souterraines furent douées d'une température toujours égale, d'un air toujours lumineux par suite de la pression qu'il supporte : on oubliait , sans doute, qu'on y avait déjà placé deux soleils pour l'éclairer. Enfin , près du pôle nord, à 82° de latitude, se trouvait une immense ouverture par où devait s'écouler la lumière des aurores

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