LIVRE XXI. — LA LUNE
Le point lumineux aperçu en mer pendant l'éclipsé totale de Soleil de 1778, par don Antonio de Ulloa, n'ayant été vu par aucun autre observateur, provenait certainement de quelque illusion d'optique et non d'un phénomène d'incandescence qui aurait existé alors à la surface de l'astre.
Venons maintenant à des documents empruntés à une autorité du premier ordre, et qui semblent devoir mettre mon scepticisme au néant.
A la fin d'avril 1787, Herschel présenta à la Société royale de Londres un mémoire dont le titre, Sur trois Volcans de la Lune, dut vivement frapper les imaginations. L'auteur y rapportait que le 19 avril 1787, il avait aperçu, dans la partie non éclairée, dans la partie obscure de la Lune, trois volcans en ignition. Deux de ces volcans semblaient sur leur déclin ; l'autre paraissait en pleine activité. Telle était alors la conviction d' Herschel sur la réalité du phénomène, que le lendemain de sa première observation il écrivait : « Le volcan brûle avec une plus grande violence que la nuit dernière. » Le diamètre réel de la lumière volcanique était d'environ 5,000 mètres. Son intensité paraissait très-supérieure à celle du noyau d'une comète qui se montrait alors. L'observateur ajoutait : « Les objets situés à proximité du cratère sont faiblement éclairés par la lumière qui en émane. » Enfin , disait Herschel, « cette éruption ressemble beaucoup à celle dont je fus témoin le 4 mai 1783. »
Herschel ne revint sur la question des prétendus volcans lunaires actuellement enflammés, qu'en 1791. Dans le volume des Transactions philosophiques (/e!792, il
rapporte qu'en dirigeant sur la Lune entièrement éclipsée, le 22 octobre 1790, un télescope de 6 mètres, grossissant trois cent soixante fois, on voyait sur toute la surface de l'astre environ cent cinquante points rouges et très-lumineux. L'auteur déclare vouloir rester sur la plus o-rande réserve, relativement à la similarité de tous ces points, à leur grand éclat et à leur remarquable couleur.
Cependant le rouge n'est -il pas toujours la couleur de la Lune éclipsée quand il n'y a point disparition entière? Les rayons solaires arrivant à notre satellite par suite d'une réfraction éprouvée dans les couches les plus basses de l'atmosphère terrestre, pourraient-ils avoir une autre teinte? Dans la Lune éclairée librement et de face par le Soleil , n'y a-t-il pas de cent à deux cents petits points remarquables par la vivacité de leur lumière? Était-il possible que ces mêmes points ne se fissent pas aussi distinguer dans la Lune , quand elle recevait seulement la portion de lumière solaire la plus réfractée par notre atmosphère?
Ces objections, on doit en convenir, doivent au moins nous laisser dans le doute relativement à l'explication de l'observation faite par Herschel de tant de points lumineux dans la partie cendrée de la Lune.
Passons à une observation d'un autre genre insérée dans les transactions philosophiques et à laquelle l'intérêt que lui accorda le savant directeur de l'observatoire de Greenwich , Maskelyne, a donné quelque célébrité.
Le 7 mars 1794, sur les huit heures du soir, un architecte de Norwich, M. Wilkins. vit, à l'œil nu, une lumière semblable à une étoile de troisième grandeur qui