LIVRE XXI. — LA LUNE
se projetait sur la partie non éclairée de la Lune. L'astre n'était pas encore à son premier quartier. L'apparition du point lumineux dura environ cinq minutes; il ne changea ni de position, ni de forme; il semblait notablement moins éloigné de la partie concave et lumineuse du croissant que du bord oriental invisible de la Lune (fig. 297).
JW
tS'ud
Fig. 297. — Apparition d'une lumière semblable à une étoile de troisième grandeur, dans la partie obscure de la Lune, le 7 mars 1794.
Un domestique de lady Boom avait remarqué le même phénomène à Londres. Maskelyne s'assura , en le questionnant sur l'heure de l'apparition, sur la hauteur et la direction delà Lune , rapportée aux toits des maisons de Saint-John-square, au-dessus desquelles l'astre brillait, que l'observation de Londres s'accordait d'une manière satisfaisante avec celle de Norwich.
Voilà un fait qui semble bien constaté. Malheureusement, dans cette même soirée du 7 mars, la Lune occulta Aldebaran par sa partie boréale. On pourrait donc supposer, à toute rigueur, que M. Wilkins, que le domestique de lady Booth virent Aldebaran et non un phéno-
mène de lumière extraordinaire ; qu'ils se trompèrent sur sa position; qu'ils le supposèrent, par une fausse appréciation, en dedans du disque lunaire, tandis qu'il était en dehors.
.4 cela Maskelyne répondait qu'Aldebaran s'éclipsa sous le bord obscur oriental de la Lune, plus d'une heure avant l'observation, à Norwich et à Londres, de la disparition du point lumineux ; que sa réapparition au bord occidental éclairé avait eu lieu à 7h 30m. Il faudrait donc supposer une heure d'erreur sur le moment assigné à la disparition du point lumineux , ce qui paraissait, inadmissible au directeur de l'observatoire de Greenwich. Si l'on prétendait d'autre part que le point observé était Aldebaran après son émersion, Aldebaran déjà sorti de dessous la Lune, il y aurait à expliquer comment ce qui était réellement à l'occident de l'astre paraissait à l'orient.
Ces raisonnements semblent sans réplique. Je me demande cependant comment les observateurs de Norwich et de Londres, si attentifs à décrire le point lumineux occidental intra-lunaire, n'ont pas dit un seul mot du point radieux (41debaran) qui, à huit heures, brillait à l'occident près de la Lune.
On sera sans doute étonné de n'avoir pas trouvé, dans ce qui précède, le nom de Schrœter. Mais j'avoue qu'après avoir parcouru sa volumineuse Sélénographie , je n'y ai rien trouvé de net et de précis sur la question qui nous occupe. Quant à MM. Béer et Mœdler, ils disent positivement que dans leurs longues et pénibles observations sur la constitution de notre satellite, ils n'ont jamais rien vu qui puisse les autoriser à croire qu'il y ait dans la Lune