LIVRE XX. — LA TERRE
ment complet dans F état des choses. On peut en dire autant de l'époque qui a séparé la précipitation de la craie de celle des terrains tertiaires, comme il est également manifeste qu'en chaque lieu , l'état ou la nature du liquide d'où les terrains se précipitaient a dû changer complètement entre le temps de la formation tertiaire et celui des anciens terrains de transport.
Ces variations considérables, tranchées et non graduelles dans la nature des dépôts successifs formés par les eaux, sont considérées par les géologues comme les effets de ce qu'ils ont appelé les révolutions du globe. Alors même qu'il semblerait difficile de dire bien précisément en quoi ces révolutions consistaient, leur existence n'en serait pas moins certaine.
J'ai parlé de l'ordre chronologique dans lequel les différents terrains de sédiment ont été déposés ; je dois donc dire qu'on a déterminé cet ordre en suivant, sans interruption, chaque nature de terrain jusque dans des régions où l'on pouvait constater positivement, et sur une grande étendue horizontale, que telle couche était au-dessus de telle autre. Les escarpements naturels, comme les falaises au bord de la mer, les puits ordinaires, les puits artésiens et les tranchées des canaux , ont été pour cela d'un grand secours.
J'ai déjà remarqué que les terrains de sédiment sont stratifiés. Dans les pays de plaines, comme on devait s'y attendre, la disposition des couches est presque horizontale. En approchant des contrées montueuses, cette horizontalité, en général, s'altère; enfin, sur les flancs des montagnes, certaines de ces couches sont très -inclinées :
elles atteignent même quelquefois la position verticale.
Les couches de sédiment inclinées qu'on voit sur les pentes des montagnes ont-elles pu s'y déposer dans des positions obliques ou verticales? N'est-il pas plus naturel de supposer qu'elles formaient primitivement des bancs horizontaux, comme les couches contemporaines de même nature dont les plaines sont recouvertes, et qu'elles ont été soulevées et redressées au moment de la sortie des montagnes sur les flancs desquelles elles s'appuient?
En thèse générale, il ne semble pas impossible que les pentes des montagnes aient été encroûtées sur place, et dans leur position actuelle, par des dépôts sédimenteux, puisque nous voyons journellement les parois verticales des vases dans lesquels des eaux séléniteuses s'évaporent, se recouvrir d'une couche saline dont l'épaisseur va continuellement en augmentant ; mais la question que nous nous sommes faite n'a pas cette généralité, car il s'agit seulement de savoir si les couches des terrains de sédiment connus ont été déposées ainsi. Or, à cela on doit répondre négativement; je le prouverai par deux genres de considérations totalement différents.
Des observations géologiques incontestables ont montré que les couches calcaires qui constituent les cimes élevées de 3,000 à 4,000 mètres, du Buet en Savoie, et du Mont- Perdu dans les Pyrénées, ont été formées en même temps que les craies des falaises de la Manche. Si la masse d'eau d'où ces terrains se sont précipités s'était élevée à une hauteur de 3,000 à 1,000 mètres, la France en aurait été entièrement couverte, et des dépôts analogues existeraient sur toutes les hauteurs inférieures à 3,000 mètres ;