LIVRE XXIX. — SATURNE. 47a
glomération d'une multitude de satellites dont les orbites se touchaient presque de manière à former à la distance qui nous en sépare un corps continu. Dans ce système, contre lequel on pourrait faire des objections sérieuses, on parviendrait peut-être plus facilement à expliquer la fonnation de l'anneau intérieur observé en 1850 (ch. m, p. &&0). Mais ce sont là des points délicats que je dois me contenter d'indiquer ici à l'attention des astronomes et des géomètres.
En essayant de remonter jusqu'à l'origine des choses pour expliquer la forme bizarre de Saturne, qui ne s'est peut-être pas reproduite une seconde fois parmi les millions d'astres que le firmament étale à nos regards, les cosmologues ont disposé à leur guise de la matière chaotique qui remplissait l'espace avant la formation des planètes. Quoique, à vrai dire, ils aient fait un usage trèsample de la force attractive combinée avec certains mouvements giratoires, c'est à peine si Saturne est sorti de leurs hypothèses avec quelques rudiments de la forme que nos lunettes lui assignent. Voici de quelle manière, selon les théoriciens, se serait transformée en un anneau de Saturne la queue d'une comète qui dans sa course vint à passer très-près de la planète.
On ne saurait nier qu'une molécule matérielle, se mouvant autour du Soleil dans une grande ellipse, ne puisse être détournée considérablement de sa route primitive par l'attraction de quelque puissante planète, si elle vient à en passer très-près. Le calcul fait même connaître, dans chaque cas, quelle devra être, numériquement, l'intensité de la force attractive, pour que la molécule abandonne
son ancien centre de mouvement, pour qu elle soit forcée de circuler comme un satellite autour de la planète troublante. Ce que la puissance de la planète aura opéré sur une première molécule, elle le renouvellera sur une seconde, sur une troisième, etc., dès que ces molécules se trouveront dans les mêmes conditions de distance et de vitesse. Toutes les molécules qui parcouraient primitivement une même ligne droite près d'une planète, deviendront ainsi une série de satellites circulant exactement dans la même courbe. Si , originairement , ces molécules se trouvaient Irès-rapprochées ; si elles étaient en très-grand nombre; si, en un mot, elles occupaient une ligne suffisamment longue, elles formeront autour de la planète, après que leur route aura été infléchie, un anneau fermé qui, vu de loin, paraîtra continu et extrêmement délié.
Ce que je viens de dire d'un premier filet rectiligne doit s'appliquer, mot à mot, à tous les autres filets plus ou moins éloignés de la planète, poui^vu toutefois qu'on ne sorte pas de certaines limites de distances.
La queue d'une comète, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature, semble pouvoir être assimilée à un faisceau de filets moléculaires analogues à ceux que nous venons de considérer. En passant près d'une grosse planète, chacun de ces filets s'infléchissant comme je viens de l'expliquer, leur ensemble doit prendre la forme d'une enveloppe annulaire sphérique ou elliptique, ayant à fort peu près son centre ou son foyer au centre même de la planète.
Nous voilà arrivés, par des déductions mathématiques, à une enveloppe annulaire, à une espèce de voûte suspendue. S'il en existait de cette espèce autour des planètes,