‹ Astronomie populaire (volume 3)Chapitre 323 sur 588 · LIVRE XXX. — URANUS · texte numérisé non relu

LIVRE XXX. — URANUS

* valions de déplacement angulaire dont ils pouvaient alors disposer.

Je regrette de laisser planer quelque incertitude sur le nom du savant qui reconnut le premier la nécessité de recourir à une orbite à peu près circulaire. Dans le tome IV des Mémoires de V Académie de Péiersbourg^ publié en 1783, Lexell disait qu'il pourrait prouver par le témoignage de plusieurs astronomes que cet honneur lui appartenait ; mais la preuve, c'était pourtant l'essentiel, il ne la donna point; Lexell n'indiqua pas même la date de ses essais. Or Laplace, dans sa théorie du mouvement et de la figure elliptique des planètes, mise au jour en 1784, par les soins de M. de Saron, fait remonter au mois d'août 1781 sa détermination d'un orbe circulaire d'un très-grand rayon. En rapprochant diverses circonstances, il serait facile de prouver que dans le mois d'août 1781, Lexell n'avait certainement rien achevé encore touchant la marche circulaire du nouvel astre. Il nous manque d'ailleurs l'élément d'après lequel les droits des inventeurs sont toujours appréciés sans équivoque : la date de la publication. Dans ce cas-ci, l'attention du monde savant étant vivement excitée par la comète rebelle sans queue et sans chevelure, les correspondances privées donnaient cours sur-le-champ aux moindres paroles prononcées devant les Académies, et même aux simples conjectures communiquées confidentiellement à des amis. Aussi l'Europe entière savait-elle que notre système solaire s'était enrichi d'une belle planète , assez longtemps avant d'en avoir les preuves sous les yeux.

Malgré tous mes sains, je n*ai trouvé aucun moyen de prononcer avec certitude que Laplace a précédé Lexell dans la détermination de l'orbite circulaire d'Uranus,* pas plus qu'il ne me serait possible d'affirmer que l'astronome de Pétersbourg a eu l'antériorité sur l'illustre géomètre français^. Il n'y a que le président de Saron, dont tous les compétiteurs reconnaissent eux-mêmes les droits. La justice commande donc, ce me semble, de citer d'abord de Saron pour avoir montré, contre l'opinion commune, que le nouvel astre était à une immense distance : deux fois au moins plus éloigné du Soleil que Saturne*, et d'attribuer ensuite, mais sans distinction, à Lexell et à Laplace la première preuve qu'on ait eue qu'une orbite circulaire représentait assez bien l'ensemble des observations.

1. La priorité semblerait appartenir à Lexell, s'il fallait en croire un Mémoire où Lalande parle d'une lettre de Tastronome de Pétersbourg, écrite de Londres en juin ou en juillet 1781, et communiquée à l'Académie des sciences. A cela je réponds que Lexell fait mention lui-même de cette. lettre daâs son travail : qu'il cite Magellan , son correspondant, comme la personne qui en donna connaissance aux académiciens de Paris; mais qu'il n'y est question que d'une orbite parabolique, ayant au moins 8 pour distance périhélie, « ce qui servit, ajoute Lexell, à convaincre ceux des académiciens qui doutaient des résultats trouvés par le digne et respectable président de Saron, lequel en examinant quatre observations du nouvel astre, avait trouvé qu'une orbite parabolique, avec 14 de distance périhélie, satisfaisait assez bien aux observations. » {Académie de Pétersbourg^ t IV.)

2. Si Ton mettait en question le mérite qu'il y a eu à s'assurer que l'éloignement du nouvel astre était extrême, je dirais que Méchain, dont l'habileté comme calculateur n'a jamais soulevé un doute, trouvait dans ses premiers calculs, pour la distance périhélie, O./iG au lieu de 8.28.

Page 1