LIVRE XXX. — URANUS. Hl
te déplacement s'opérait. Malgré Textrême habileté des calculateurs, le travail était sans cesse à recommencer. Quoique l'astre marchât avec beaucoup de lenteur, on ne parvenait jamais à représenter l'ensemble de ses positions. Les observations d'un mois renversaient de fond en comble l'édifice que les observations du mois précédent avaient permis d'élever sur des bases en apparence très-solides.
Ceux que ces hésitations, que ces insuccès renouvelés étonnent aujourd'hui outre mesure, n'ont pas assez réfléchi aux idées qui devaient dominer, en 1781, les géomètres et les astronomes célèbres dont j'ai cité les noms.
L'astre nouveau était annoncé comme une comète. Toutes les comètes connues avaient suivi jusque-lA des ellipses extrêmement allongées, autant vaut dire presque des paraboles. Dans l'ensemble des paraboles cométaires inscrites dans les catalogues, on ne voyait aucune distance périhélie supérieure à h.^, la distance du Soleil à la Terre étant supposée égale à l'unité. Telles étaient les conditions dans lesquelles les calculateurs essayaient de se renfermer ; ils voulaient à toute force que la comète nouvelle, comme ses devancières, parcourût une courbe très-allongée ; ils voulaient encore que le sommet de cette orbite ne fût pas très-éloigné du Soleil. On serait injuste en ne remarquant pas combien les observations micrométriques faites par Herschel peu de temps après sa première découverte pouvaient aussi égarer les calculateurs : elles n'allaient, en effet, à rien moins qu'à faire croire qu'en très-peu de jours, qu'à la suite d'un mouvement apparent en longitude de moins
d'un degré, la distance rectiligne du nouvel astre à la Terre avait diminué presque de moitié. Ces observations étaient inexactes, dira-t-on. Sans contredit ; mais, quoique l'astronome fût alors peu connu ^, on ne pouvait pas naturellement imputer des erreurs de 1'' à 2'^ dans la mesure micrométrique d'un diamètre angulaire, à l'observateur à qui il avait fallu tant de perspicacité, de pénétration, de finesse, pour saisir le caractère spécial du nouvel astre au milieu des étoiles proprement dites dont il semWait entouré.
M. de Saron brisa le premier ces entraves, du moins sur un des points. Le 8 mai 1781, il montra qu'on tenterait vainement de représenter la marche de la prétendue comète, tant qu'on ne supposerait pas sa distance périhélie, sa plus petite distance au Soleil, égale au moins à 14 fois la distance moyenne du Soleil à la Terre.
Ce pas une fois fait, l'astre se trouvant définitivement enlevé, par la remarque de M. de Saron, à la catégorie ordinaire des comètes ; la nécessité étant désormais reconnue de mettre de côté les mesures micrométriques faites jusqu'alors par Herschel , les calculateurs devinrent plus libres dans leurs essais ; ils abandonnèrent l'idée d'un mouvement parabolique et trouvèrent qu'une orbite circulaire d'un rayon égal à environ 19 fois la distance du Soleil à la Terre, satisferait assez bien à toutes les obser-
i. En Allemagne et en France, on écrivait son nom de la manière suivante dans les Journaux et même dans les recueils scientifiques de Tannée 1781 : Mersthel , Herthel , Hermstel , etc. On lit Horocbelle dans la Connaissance des Temps de 178/i.