LIVRE XXXI. — NEPTUNE. M
à l'époque oîi la carte fut tracée, cet astre est doué d'un mouvement propre, cet astre est une planète ou une comète. Manque-t-il dans la région explorée un point lumineux, jadis enregistré comme une étoile, ce point était mobile , on avait méconnu son vrai caractère ; il faut se hâter de faire une révision attentive de toutes les parties du ciel , afin d'y découvrir l'astre errant
La planète dont M. Le Verrier avait proclamé l'exÎBtence pouvait être moins brillante que les étoiles mar^ quées dans les cartes célestes les plus renommées. 11 était donc indispensable de procéder à l'exécution de cartes nouvelles et embrassant jusqu'aux étoiles de dixième grandeur, avant de se livrer, avec des chances assurées de réussite, à la recherche du nouvel astre. Tel était pour l'espace très-circonscrit au dehors duquel , suivant M. Le Verrier, la planète ne pouvait pas se trouver, le travail minutieux qu'on dut commencer à Paria. A Berlin, ce soin devint superflu ; on y possédait déjà des cartes détaillées du ciel. Par une heureuse coïncidence, la carte de la 21"' heure, la carte de la région ou se mouvait en 18&6 la nouvelle planète, venait d'être gravée et publiée. Ceci explique comment M. Galle, sur tes instructions envoyées de Paris, aperçut l'astre, le jour même où lui parvint la lettre de M. Le Verrier. Sans la carte de H. Bremiker, l'astronome de Berlin se fût trouvé dans les conditions défavorables des observateurs de France, d'Angleterre, d'Italie, et la constatation de la découverte de notre compatriote eût été retardée de une à deux semaines. Toutes ces explications seront confirmées, en point de fait, par le passage suivant d'une lettre de M. Encke :
f II y a eu beaucoup de bonheur dans notre recherche ; La carte académique de M. Bremiker, qui, peut-être, n'est pas encore arrivée à Paris , mais que je ferai expédier tout à rheure, comprend précisément près de sa . limite inférieure le lieu que vous avez désigné. Sans cette circonstance infiniment favorable , sans une carte où Ton pût être sûr de trouver toutes les étoiles fixes jusqu'à la dixième grandeur, je ne crois pas qu'on eût découvert la planète. Vous verrez vous-même, en observant cet astre, que le diamètre est beaucoup trop faible pour attirer l'attention, même quand on l'examine avec un grossissement assez fort. Je vous suis donc personnellement obligé d'avoir démontré le prix qu'une telle carte peut avoir dans des recherches scientifiques. •
Si quelques astronomes de la Grande-Bretagne d'un mérite incontestable n'ont pas rendu y dans le principe, une si éclatante justice à la belle découverte de noOre compatriote , s'ils ont cherché à attribuer une part de la gloire de cette découverte à un Anglais, à M. Adams, celle tentative n'a pu avoir d'autre succès que de démontrer que, malgré l'habileté incontestable de ce dernier, les astronomes anglais n'avaient pas eu assez de confiance dans ses calculs pour les prendre comme point de départ de recherches assidues dans le firmament étoile. Ainsi qu'il arrive tous les jours dans les concours ouverts entre savants sur diverses questions scientifiques, M. Adams n'a pas satisfait à toutes les questions du programme. Je l'ai dit souvent, il n'existe qu'une manière rationnelle et juste d'écrire l'histoire des sciences : c'est de s'appuyer exclusivement sur des publications