LIVRE XXXI. — NEPTUNE
M. Le Verrier a aperçu le nouvel astre sans avoir besoin de jeter un seul regard vers le ciel ; il Ta vu au bout de sa plume ; il a déterminé par la seule puissance du calcul la place et la grandeur approximatives d'un corps situé bien au delà des limites jusqu'alors connues de notre système planétaire, d'un corps dont la distance au Soleil surpasse 1,100 millions de lieues, et qui, dans nos plus puissantes lunettes, offre à peine un disque sensible. Ainsi la découverte de M. Le Verrier est une des plus brillantes manifestations de l'exactitude des systèmes astronomie* ques modernes. Elle encouragera les géomètres d'élite à chercher avec une nouvelle ardeur les vérités étemelles qui restent cachées, suivant une expression de Pline, dans la majesté des théories.
Je suis certain que dans l'appréciation è laquelle je viens de me livrer de la grande découverte qui a tenu le monde scientifique en émoi , je n'ai pas été entraîné au delà des plus strictes limites de la vérité et de la justice. Voici au surplus, comment d'illustres astronomes parlent du travail de notre compatriote. Les lignes qui suivent sont extraites d'une lettre de M. Encke à M. Le Verrier, en date du 28 septembre 18/l6 :
• Permettez -moi. Monsieur, de vous féliciter avec une entière sincérité, de la brillante découverte dont vous avez enrichi l'astronomie. Votre nom sera à jamais lié k la plus éclatante preuve de la justesse de l'attraction universelle qu'on puisse imaginer, t Je crois que ce peu de mots renferme tout ce que l'ambition d'un savant peut souhaiter. 11 serait superflu d'y ajouter quelque chose.
M. Schumacher s'exprime en ces termes dans une lettre d'Altona , en date du 28 septembre :
f Quoique vous sachiez par M. Encke, que votre planète a été trouvée, presque précisément à la place et sous les circonstances que vous avez prédites (le diamètre même étant de 3''), je ne peux pas résister au penchant de mon cœur, en vous transmettant sans retard mes félicitations les plus sincères sur votre brillante découverte. C'est le plus noble triomphe de la théorie que je connaisse. >
Comment les astronomes de Paris, ceux d'Angleterre; comment les astronomes d'Italie, surtout, placés sous un ciel si favorable, n'ont-ils pas devancé ceux de Berlin dans la vérification de la découverte de M. Le Verrier? Pour qui connaît les méthodes astronomiques, la réponse est très-simple.
On appelle planète, tout astre doué d'un mouvement propre et décrivant autour du Soleil une orbite peu allongée. En vertu de son mouvement propre , une planète se transporte à la longue dans diverses constellations; les étoiles proprement dites, au contraire, n'éprouvent annuellement que des déplacements angulaires insignifiants ; leurs positions relatives restent à peu près constantes pendant des siècles. Ceci une fois posé, tout le monde comprendra en quoi consiste ordinairement la découverte d'une planète.
Un astronome, ayant dirigé sa lunette vers le firmament, compare ce quMl aperçoit à la carte détaillée de la même région du ciel dessinée antérieurement. Y a-t-il dans le champ de la vision, un astre qui n'y figurait pas