LIVRE XXXII. — SAISONS ET CLIMATS
sonne ne pourra s'empêcher de regarder ces phénomènes comme déterminés par les rayons de chaleur plus ou moins abondants que tous les corps mis en expérience envoient, sans une équivalente compensation, vers les régions très-froides de Tespace. Il demeurera aussi établi que notre atmosphère ne rayonne pas d'une manière sensible.
Nous avons fait cette première série d'expériences par un temps serein. Répétons- la par un temps entièrement couvert : alors l'enlèvement de l'écran amènera à peine un refroidissement sensible dans les substances que le rayonnement vers le ciel serein affectait le plus ; quant aux métaux, ils n'éprouveront aucun changement de température appréciable.
Ici, chacun le concevra, les nuages font l'oflice de l'écran de bois des expériences antérieures ; comme cet écran, ils empêchent les communications rayonnantes des corps terrestres avec les plus hautes régions de l'atmosphère et de l'espace; seulement, comme les nuages sont à la température de la couche d'air qui les enveloppe, leur rayonnement devra compenser d'autant moins exactement celui des corps terrestres , qu'ils flotteront dans des zones atmosphériques plus élevées ou plus froides. Ce résultat est conforme aux observations *.
1. S'il arrivait que des nuages, par des circonstances particulières, quoique placés à des hauteurs modérées, eussent des températures excessivement basses, comme le nuage que traversèrent MM. Barrai et Bixio dans leur célèbre ascension du 27 juillet 1850, les phénomènes de rayonnement des corps terrestres pourraient, en pareille circonstance, ressembler à ceux qu'on observe par un temps serein.
Par hypothèse , l'horizon était parfaitement libre en tout sens dans le lieu où nous étions d'abord établis. Si une portion du ciel est masquée, toutes circonstances restant les mêmes, les abaissements de température éprouvés par les corps mis en expérience seront proportionnellement amoindris.
Si le ciel, au lieu d'être parfaitement serein ou entièrement couvert, est nuageux, les refroidissements seront compris entre ceux qu'on aurait observés dans les deux premiers états de l'atmosphère.
Un vent d'une certaine force prévient les abaissements de température dont il est question ici. Est-ce à dire que le vent empêche le rayonnement vers l'espace ? Nullement : le rayonnement a toujours lieu , mais les couches non refroidies de l'atmosphère , quand elles se déplacent rapidement , vont , sans relâche, restituer aux corps la chaleur que le rayonnement leur enlève.
Les expériences dont nous venons de rendre compte réussissent, même de jour, quand elles sont faîtes avec une délicatesse suffisante , et dans des lieux où les rayons solaires n'arrivent pas directement.
Les considérations précédentes joueront un grand rôle dans la théorie des températures terrestres; disons de plus qu'elles servent à rendre raison , comme le docteur Wells l'a si bien établi, des phénomènes du serein et de la rosée.