LIVRE XXXIl. — SAISONS ET CLIMATS. B9î
plus pesant. Celui-ci étant en mouvement est bientôt suivi par Tair le plus proche, en tirant toujours au nord» etc. , etc. ; d'où il résulte un courant successif qui prend la direction du nord-est, parce que les côtes et les chaînes de montagnes du continent mexicain s'étendent du nord-ouest au sud-est. »
La haute température de l'intérieur de l'Afrique est l'origine des vents extraordinaires qui se font sentir sur les côtes de Guinée, sur celles de la Barbarie, en Egypte, dans l'Arabie, dans la Syrie, dans les steppes de la Russie méridionale et même jusqu'en Italie. Ces vents, nommés harmattan, semoum, chamsin, sont accompagnés de circonstances étranges sur lesquelles il est utile de donner quelques détails ; ils sont particulièrement chauds et secs et entraînent avec eux des tourbillons de poussière.
On appelle harmattan un vent qui souffle trois ou quatre fois chaque saison, de l'intérieur de l'Afrique vers l'océan Atlantique ; dans la partie de la côte comprise entre le cap Vert (latit. 15'*N.)et lecapLopez(latit.l*S.), l'harmattan se fait principalement sentir dans les mois de décembre, de janvier et de février. Sa direction est comprise entre l'est-sud-est et le nord-nord-est. Sa durée est ordinairement d'un ou deux jours, quelquefois de cinq ou six. Ce vent n'a qu'une force modérée.
Un brouillard d'une espèce particulière et assez épais pour ne donner passage à midi qu'à quelques rayons rouges du Soleil, s'élève toujours quand l'hannattan souffle. Les particules dont ce brouillard est formé se déposent sur le gazon, sur les feuilles des arbres et sur
Ta peau des nègres, de telle sorte que tout alors parait ^lanc. On ignore quelle est la nature de ces particules; on sait seulement que le vent ne les entraîne sur TÔcéan qu'à une petite distance des côtes ; à une lieue en uier, par exemple, le brouillard est déjà très-affaibli ; à trois lieues il n'en reste plus de traces, quoique l'harmattan s'y fasse encore sentir dans toute sa force.
L'extrême sécheresse de l'harmattan est un de ses caractères les plus tranchés. Si ce vent a quelque durée, les branches des orangers, des citronniers, etc., se dessèchent et meurent ; les reliures des livres (et l'on ne doit pas en excepter ceux-là même qui sont placés dans des malles bien fermées et recouverts de linge) se courbent comme si elles avaient été exposées à un grand feu. Les panneaux des portes et des fenêtres, les meubles dans les appartements craquent et souvent se brisent Les effets de ce vent sur le corps humain ne sont pas moins évidents. Les yeux, les lèvres, le palais, deviennent secs et douloureux. Si l'harmattan dure quatre ou cinq jours consécutifs, les mains et la face se pèlent. Pour prévenir cet accident, les Fantee se frottent tout le corps avec de la graisse.
Après tout ce que nous venons de rapporter des fâcheux effets que produit l'harmattan sur les végétaux, on pourrait croire que ce vent doit être très-insalubre : c'est cependant tout l'opposé qu'on a observé. Les fièvres intermittentes, par exemple, sont radicalement guéries au premier souffle de l'harmattan. Ceux que l'usage excessif qu'on fait de la saignée dans ces climats avait exténués, recouvrent bientôt leurs forces; les fièvres rémittentes et