LIVRE XXXIII. — I.E CALENDRIER
que certaine , car il ne faut pas le confondre avec Jacques et Philippe Lansberg, astronomes hollandais, qui vivaient dans le même temps. Le succès prodigieux de cet aimanach de Liège ou de Mathieu Laensberg a surtout tenu aux prédictions qui y sont insérées. Lorsqu'on spécule sur la crédulité humaine, on est toujours sûr de réussir; les prédictions ont beau être démenties, le public n'en continue pas moins à consulter le fameux almanach. La Fontaine Ta dit :
L'homme est de glace aux vérités, Il est de feu pour le mensonge '.
Lagrange m'a raconté, à ce sujet, un fait qui mérite d'être conservé -
vant d'une de ses préfaces, cité par le père Nicéron : « Prédire serait legierté à moy, dit-il, comme à vous simplesse d'y ajouter foy. En est encore, depuis la création d'Adam, nul homme qui en aye traicté ou baillé chouse à quoi l'on doit acquiescer et arrêter en assurance. »
1. Des personnes infatuées des prédictions gratuites que les almanachs renferment ont prétendu avoir bon marché de mon scepticisme en me disant : Est-ce que tous les ans quelques-unes de ces prédictions ne se réalisent pas? Oui, sans doute, ai-je répondu, mais ne voyez -vous pas que la faculté de prédire toujours le faux serait aussi précieuse que la faculté de prédire toujours le vrai, puisque Tun est la contre- partie de l'autre? D'ailleurs, en fait de prédictions a!>trologiques ou de proverbes, la mémoire reste frappée d'un cas sur cent dans lequel prédictions ou proverbes se réalisent, et on laisse passer inaperçus les quatre-vingt-dix-neuf autres cas. I^ situation des personnages sur lesquels portent le^ prédictions joue aussi un rôle très -important. Ainsi, dans l'Almanach pour 1776, Mathieu Laensberg annonça qu'une dame des plus favorisées jouerait son dernier rôle dans le mois d'avril. Le mois d'avril est |)récisémeiit celui où Louis XV fut atteint de la petite vérole, et M"" Dubarry expulsée de Versailles. Il n'en fallut pas davantage pour donner à Talmanach de Liège un redoublement de faveur.
L'Académie de Berlin avait anciennement pour principal revenu le produit de la vente de son almanach. Honteux de voir figurer dans cette publication des prédictions de tout genre, faites au hasard ou qui, du moins, n'étaient fondées sur aucun principe acceptable, un savant distingué proposa de les supprimer et de les remplacer par des notions claires, précises et certaines sur des objets qui lui semblaient devoir le plus intéresser le public ; on essaya cette réforme, mais le débit de Talmanach fut tellement diminué et conséquemment les revenus de l'Académie tellement affaiblis, qu'on se crut obligé de revenir aux premiers errements , et de redonner des prédictions auxquelles leurs auteurs ne croyaient pas eux-mêmes.