‹ Astronomie populaire (volume 3)Chapitre 62 sur 588 · DES MARÉES · texte numérisé non relu

DES MARÉES

Les marées, ce phénomène qu'un ancien appelait avec désespoir le tombeau de la curiosité humaine ^ ont été rattachées par Laplace à une théorie analytique dans laquelle les conditions physiques de la question figurent pour la première fois. Aussi, les calculateurs, à l'immense avantage de la navigation sur nos côtes maritimes, se hasardent- ils aujourd'hui à prédire plusieurs années d'avance les circonstances d'heure et de hauteur des

grandes marées, sans plus d'inquiétude sur le résultat que s'il s'agissait des phases d'une éclipse.

il existe entre les phénomènes du flux et du reflux de la mer, et les actions attractives que le Soleil et la Lune exercent sur la nappe liquide qui recouvre environ les trois quarts du globe , une liaison intime , nécessaire , d'où Laplace, en s'aidant de vingt années d'observations de l'heure et de la hauteur de la marée à Brest, a pu réciproquement faire surgir une valeur très -approchée de la masse de notre satellite. Nous ne connaissons qu'un moyen d'ajouter à l'admiration profonde que tous les esprits attentifs éprouveront sans doute pour des théories susceptibles de pareilles conséquences. L'ne citation historique nous le fournira : nous rappellerons qu'en 1G31 , dans ses célèbres Dialogues^ l'illustre Galilée était tellement éloigné de prévoir les liaisons mathématiques d'où Laplace a déduit des résultats si beaux, si évidents, si utiles, qu'il taxait d'ineptie la vague pensée que Kepler avait eue, d'attribuer à l'action lunaire une certaine part dans les mouvements journaliers et périodiques des flots de la mer. Kepler expliquait le flux et le reflux de l'Océan par les changements diurnes que la rotation de la Terre, combinée avec sa révolution autour du Soleil, produit dans le mouvement absolu de chaque molécule liquide. Le grand Newton fit jaillir la lumière de cet aperçu de Kepler en rattachant le premier le flux et le reflux des eaux de la mer à sa théorie de l'attraction universelle. Newton considéra la mer comme un fluide de même densité que la Terre; il supposa qu'il la recouvre complètement, et alors il montra que ce fluide doit prendre sous

LIVKE XXIII. — ATTRACTION UNIVKRSELLE. f07

Taction du Soleil la figure d'un ellipsoïde dont le grand axe est dirigé constanament vers Fastre radieux ; la plus grande hauteur de la mer dans chaque port, le Soleil étant supposé à Téquateur, doit arriver à midi et à minuit; le plus grand abaissement des eaux de TOcéan doit avoir lieu au lever et au coucher de cet astre. Il est facile de se rendre compte de cette action. Si le Soleil animait de forces égales et parallèles les molécules de la mer, le globe tout entier et les eaux qui le recouvrent, obéiraient à ces forces d'un mouvement commun , et l'équilibre de rOcéan ne serait point troublé. Mais il n'en est pas ainsi : une molécule de la mer placée en conjonction par rapport au Soleil et au centre de la Terre, est plus attirée que le centre de notre globe par le Soleil ; sa pesanteur à la surface de la Terre en est ainsi diminuée. Un demijour après , cette molécule se trouve en opposition avec le Soleil qui l'attire alors plus faiblement, et la force qui attache la molécule à la surface de la Terre est encore diminuée par l'attraction solaire ; à cause de la grandeur de la distance du Soleil à la Terre, relativement au rayon terrestre, la diminution de la pesanteur dans les deux cas est à peu près la même.

L'action de la Lune sur la mer y produit un ellipsoïde semblable à celui que produit l'action du Soleil ,. mais il est plus allongé parce que l'action lunaire est plus puissante.

On comprend que si les deux actions du Soleil et de la Lune s'ajoutent ou se retrynchent, il peut en résulter de grandes et de petites marées. En elTet , si la Lune est* en conjonction ou on opposition, c'est-à-dire dans les

syzygies , les axes des deux ellipsoïdes coïncident et on doit avoir la plus grande haute mer ; au contraire, quand la Lune est dans ses quadratures, les axes des deux ellipsoïdes sont perpendiculaires l'un sur l'autre, et les deux effets se contrarient. A toute époque comprise entre les syzygies et les quadratures, les axes des deux ellipsoïdes font entre eux un angle aigu, et l'action du Soleil et celle de la Lune se combinent alors de telle sorte que la surface de la mer prend la forme d'un ellipsoïde ayant son axe de figure compris dans cet angle aigu et plus rapproché de l'axe de l'ellipsoïde lunaire que de celui de l'ellipsoïde solaire.

Toutefois il faut remarquer que la mer ne s'étend pas à toute la surface de la Terre ; que les déclinaisons du Soleil et de la Lune sont tantôt grandes, tantôt petites, tantôt australes, tantôt boréales; que les eaux doivent se mouvoir continuellement pour obéir aux attractions du Soleil et de la Lune, et par conséquent sont animées de vitesse acquise dans une certaine direction lorsque le sens de l'action vient à changer; que les diverses mers ont des formes et des étendues différentes , communiquent entre elles par des canaux plus ou moins larges, plus ou moins étroits; que les frottements sur les fonds des mers et ceux qui sont produits par les vents dont l'atmosphère est agitée, doivent aussi exercer une influence sur le flux et le reflux en chaque point des côtes maritimes. La théorie des marées donnée par Newton avait besoin d'être perfectionnée pour tenir compte de toutes ces circonstances.

Les plus illustres géomètres s'occupèrent tour à tour

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