LIVRE XXI. — LA LUNE. B
de notre satellite * dont on suppose l'intelligence fort développée, ne manqueraient pas, dit -on, de comprendre que ce sont des signaux qu'on leur fait sur la Terre et s'empresseraient d'y répondre ! Mais c'est assez s'arrêter sur de pareilles imaginations; hâtons-nous de passer à des objets plus sérieux, à l'influence prétendue de la Lune sur les maladies.
Dans un livre de 1399, un savant historien de la folie . de Charles VI écrivait :
« Le roi qui avait recouvré la santé, célébra b solennité de Pâques en son hôtel royal de Saint- Paul, et, dans l'octave, il reçut dévotement de la main de Tévêque
de Paris le sacrement de la confirmation Chacun se
réjouissait de sa convalescence, mais cet heureux état ne dura pas longtemps. Cette même année il retomba six fois en démence , soit à la nouvelle Lune , soit à la pleine Lune »
Il y aurait eu conséquemment six pleines et six nouvelles Lunes qui auraient été sans effet sur l'état mental de rinfortuné monarque ; il n'est donc pas possible de tirer aucune conclusion raisonnée d'un fait qui, en le supposant exact, n'a pas été accompagné, par les chroniqueurs , des détails nécessaires pour entraîner la conviction de ceux qui envisagent de sang -froid les questions de cette nature.
Le médecin Jouberl, chancelier de l'École de Méde-
i. Cardan, dans les ouvrages duquel on trouve à la fois tant de science et tant de folie, raconte (je prends la citation dans Cyrano Bergerac), « quMl reçut une fois la visite de deux vieillards, habitants de la Lune l »
cine de Montpellier, publia en 1578, un ouvrage sur les Erreurs populaires toitchant la médecine. Dans cet ouvrage, il classe « le mal caduc (Tépilepsie) et quelque espèce de folie dite mélancolie, parmi les maux qui suivent fort évidemment le cours et les faces de la Lune, » mais sans citer des exemples démonstratifs à l'appui de son opinion.
A rinstant même d'une éclipse de Lune, un maniaque, suivant Mathiolus Faber, devint furieux, s'arma d'une épée et en frappa tous ceux qui se trouvèrent sur son passage.
Faut -il voir là le résultat d'une action physique de notre satellite ou bien l'effet d'une imagination qui s'était exaltée dans l'attente du phénomène céleste? Je pense qu'on n'hésitera pas à adopter cette dernière supposition, si j'ajoute qu'avant le jour fatal de l'éclipsé, le maniaque était devenu de plus en plus sombre et soucieux.
Ramazzini rapporte que les personnes atteintes d'une fièvre épidémique qui régna dans toute l'Italie en 1693, périrent en très-grand nombre le 21 janvier, au moment d'une éclipse de Lune. J'admettrais peut-être la conséquence que Ramazzini tire de ce fait, si je savais avec certitude que les victimes du 21 janvier ignoraient que l'éclipsé dût avoir lieu. Comment, en vérité, ne serait-on pas tenté de faire , en tout ceci , une large part à l'imagination frappée des malades, lorsque nous trouvons qu'en août 1654, des personnes considérables s'enfermèrent, par ordonnance du médecin, dans des chambres bien closes, bien échauffées et bien parfumées, afin d'échapper aux mauvaises influences de l'éclipsé de Soleil qui