LIVRE XXI. — LA LUNE
cite un enfant qui éprouvait toujours des convulsions au moment de l'opposition de cet astre; Pison parle d'une paralysie que la nouvelle Lune ramenait tous les mois; Menuret enregistre un cas d'épilepsîe dont les accès revenaient à la pleine Lune, etc., etc. Les collections académiques offrent de nombreux exemples de vertiges, de fièvres malignes, de somnambulismes, etc., plus ou moins liés dans leur paroxysme avec les phases lunaires. Gall disait avoir observé que chez les personnes faibles, il y a toujours deux époques par mois , où leur irritabilité est très-exaltée. Dans un ouvrage récent, dans un traité publié à' Londres en 1829, on assure que ces deux époques sont celles de la nouvelle et de la pleine Lune I A côté de tant de présomptions favorables aux influences lunaires, apparaît l'imposante' autorité de l'astronome et médecin Olbers, qui les nie, qui déclare catégoriquement que dans une longue pratique , il n'en a jamais aperçu aucune trace. Pour ma part, je suis fort disposé à me ranger à cette dernière opinion , mais je conçois trèsbien qu'on puisse désirer un plus ample examen ; qu'on ne se rende pas aux arguments tirés des expériences des astronomes sur la presque nullité des effets chimiques ou calorifiques des rayons de la Lune ; car rien ne prouve que la lumière soit le seul moyen d'action de cet astre à distance.
Remarquons en outre, que le système nerveux, comme nous l'avons dit ailleurs, est, à beaucoup d'égards, un instrument infiniment plus délicat que les plus subtils appareils des physiciens modernes. Qui ne sait, en effet, que les nerfs olfactifs nous signalent dans l'air des ma-
tières odorirérantes dont aucune analyse chimique ne pourrait saisir les traces?
Ce mystérieux phénomène montre de quelle réserve il faut s'entourer quand on veut passer des expériences qui se font sur les substances inanimées au cas, beaucoup plus difficile, des corps doués de la vie.
Quelqu'un demandait un jour à Plutarque pourquoi les poulains qui avaient été poursuivis par le loup deviennent meilleurs coureurs que les autres? « C'est, répondit le philosophe, parce que peut-être cela n'est pas vrai. »
Cette repartie peint exactement la disposition d'esprit dans laquelle j'étais en écrivant cet article. Je désire qu'on se soit toujours aperçu que je n'en ai pas retranché le mot peut-être.