LIVRE XXII. — ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS
doit-on craindre de ne jamais parvenir à constater ia présence simultanée de ces deux lumières dans la blancheur totale de la couronne lumineuse? La question bien examinée ne se présente pas sous un point de vue aussi décourageant; il est probable que les phénomènes de polarisation fourniront les moyens de la résoudre.
Supposons, en effet, que la lumière blanchâtre de la couronne bien observée oflfre des traces sensibles de polarisation. La polarisation ne pouvant procéder de la diffraction, il sera indispensable de Tattribuer à la lumière provenant, par voie de réflexion, de la lumière diaphane dont le Soleil serait alors indubitablement entouré.
Telle est la raison pour laquelle j'avais tant recommandé^ en 18/iâ , aux astronomes d'étudier la couronne au point de vue de la polarisation. Mon appel n'a été qu'imparfaitement entendu *.
M. Airy nous apprend qu'il s'était muni, en 1851, des appareils propres à faire connaître Texistence de rayons polarisés, mais que, surpris par la réapparition du Soleil, il n'eut pas le temps d'en faire usage. Un de ses collaborateurs M. Dunkin, dit qu'il a été gêné par les nuages; que cependant il a essayé de voir des traces de la polarrisation dans la couronne, pais sans succès. Il est difficile de deviner de quel procédé M. Dunkin a fait usage^ même après avoir lu ce passage de son Mémoire : « Aucune trace de polarisation n'a pu être aperçue ni aucun
1. M. PrazmoTvski, directeur de l'observatoire de Varsovie, qui se transporta en 1860 en Espagne pour observer l'écIipse du 18 juillet, a constaté que la lumière de la couronne était polarisée par réflexion, mais que celle des protubérances ne Tétait point. J.-A. B.
défaut dans les couleurs prismatiques, le vert étant certainement aussi brillant que les autres couleurs. »
M. Carrington, qui observait à Lilla-Ider, ne vil aucune trace de polarisation, avant Téclipse totale, sur la portion non encore couverte du Soleil en se servant d*un prisme de Nicol. « J'essayai, dit-il, ce moyen sur la couronne pendant un instant , mais avec le même résultat; or, rînslrument était en bon état, puisque, étant dirigé sur Talmosphère à une distance convenable du Soleil , il indiquait l'existence de rayons polarisés. »
M. d'Abbadie, qui observait à Fredericksvœrk, dit avoir reconnu des traces de polarisation dans la lumière de la couronne, tandis que rien de semblable ne s'apercevait sur le disque gris de la Lune. Vu l'importance du résultat, je vais citer les propres paroles de l'observateur : « J'avais inséré une plaque de quartz entre l'objectif et l'oculaire de ma lunette, et en portant devant ce dernier, comme analyseur, un prisme biréfringent, je reconnus que la lumière de la couronne paraissait fortement polarisée. Je ne pus distinguer aucune trace de couleur sur le disque obscur de la Lune, mais les nuages ont pu être moins transparents à cet endroit. Je regretterai longtemps, ajoute M. d'Abbadie, que ces appréciations n'aient pu être rendues plus certaines par des mesures faites au polariscope, ainsi que vous l'aviez indiqué. » Le polariscope eut été bien suffisant si, pointant sur les diverses parties de la couronne, il avait indiqué des polarisations dans des places différentes. Toutefois, malgré le vague dont il est entouré, le résultat de M. d'Abbadie me paraît avoir sur ceux des astronomes anglais la