SUR LES SOULÈVEMENTS DE TERRAINS MODERNES
Une personne de ma connaissance, à qui je venais de donner verbalement une analyse succincte des travaux de M. de Beaumont sur les systèmes de montagnes (ch. ix, p. 72 à 101 ), voulait me détourner d*en parler, de peur, disait- elle, que le public ne tirât d'une théorie dans laquelle, suivant une expression proverbiale, on fait pousser les montagnes comme des champignons, la conséquence que les géologues de notre temps ressemblent beaucoup à leurs devanciers. Tous mes efforts pour lui montrer que le soulèvement des montagnes n'est plus aujourd'hui une idée gratuite ; que cette idée découle des faits ; qu'elle donne la seule explication qu'on ait encore pu trouver de l'inclinaison des couches des terrains de sédiment et de beaucoup d'autres pl^énomènes, furent absolument sans résultat. J'imaginai alors de citer de petits soulèvements de terrains qui se sont opérés de nos jours. L'effet que ce genre d'arguments produisit m'a suggéré la pensée d'en faire usage ici.
Personne ne peut nier que les déjections volcaniques ne forment à la longue, sur la surface du globe, des monticules ou même des montagnes assez élevées. On a constaté , par exemple , que les laves sorties de l'Etna formeraient un volume beaucoup plus grand que celui de la montagne, et que le Monte-Nuovo, près de Naples, a été engendré par les scories lancées en deux fois vingt-quatre
heures seulement; mais ce n'est pas là le genre de phénomène dont je veux parler; la question à examiner est celle-ci : Y a-t-il eu depuis les temps historiques des portions déjà consolidées de la croûte terrestre qui aient été soulevées en masse par des causes intérieures? Existet-il des terrains qu'une révolution du globe, postérieure à leur formation, ait élevés de notre temps au-dessus de leur niveau primitif? La réponse à cette question doit être affirmative; en voici une preuve empruntée à M. de Humboldt.
Dans la nuit du 28 au 29 septembre 1759, un terrain d'environ 12 kilomètres carrés, situé dans l'enceinte de Valladolid , au Mexique , se souleva en forme de vessie. On reconnaît encore aujourd'hui, par les couches fracturées, les limites où le soulèvement s'arrêta. Sur ces limites, l'élévation du terrain au-dessus de son niveau primitif, ou bien au-dessus de celui de la plaine environnante, n'est que de 12 mètres; mais vers le centre de l'espace soulevé, l'exhaussement lotal n'a pas été de moins de 160 mètres.
Ce phénomène avait été précédé de tremblements de terre , qui durèrent près de deux mois ; mais quand la , catastrophe arriva , tout paraissait tranquille ; elle ne fut annoncée que par un horrible fracas souterrain , qui eut lieu au moment où le sol se souleva. Des milliers de petits cônes de 2 à 3 mètres de hauteur, et que les indigènes appellent fours {homitos)^ sortirent sur tous les points; enfin, le long d'une crevasse dirigée du nord-nord-est au sud-sud-ouest , il se forma subitement six grandes buttes, toutes élevées de 400 à 500 mètres au-dessus des plaines