LIVRE XX. — LA TERRE
Il en sort des flammes, des colonnes de cendres et des pierres incandescentes. Ces phénomènes volcaniques duraient encore le 23 mai 1708. L'île Noire, un an après sa sortie, avait 9 kilomètres de tour, 1,850 mètres de large et plus de 60 mètres de hauteur.
On voit évidemment, dans cette relation, que la sortie et l'agrandissement de la première île n'ont été accompagnés d'aucun phénomène volcanique, et qu'on ne pourrait pas la considérer comme un produit de déjections. Aussi n'est-ce pas là l'idée à laquelle se sont arrêtés les géologues qui rejettent les soulèvements. Cette île, suivant eux, était une grande masse de pierres ponces détachées du fond de la mer par le tremblement de terre arrivé la veille de sa première apparition. Mais, dans ce système, comment expliquerait -on l'immobilité de la masse flottante ? On ne peut pas supposer qu'elle touchait toujours le fond de la mer, car alors on reconnaîtrait l'existence d'un véritable soulèvement : or, si la masse flottait , il faut dire quand et de quelle manière elle se fixa, où elle prit son point d'appui, quelles furent les causes de l'agrandissement et de l'ascension graduelle dont les observateurs font mention, et qui en trois semaines transformèrent un simple rocher, à peine visible, eq une île d'un kilomètre de tour. Tant qu'on n'aura pas répondu à toutes ces questions, la supposition d'un soulèvement du fond de la mer restera la seule explication plausible qu'on ait encore donnée des phénomènes dont fut accompagnée en 1707 l'apparition de la première île nouvelle de la rade de Santorin.
Je passe à un troisième exemple.
Le 19 novembre 1822, à dix heures un quart du soir, les villes de Yalparaiso , de Melipilla , de Quillota et de Casa-Blanca au Chili, furent détruites par un effroyable tremblenaent de terre qui dura trois minutes. Les jours suivants, en parcourant la côte dans une étendue de plus de 30 lieues, divers observateurs reconnurent qu'elle s* était notablement élevée ; car sur un rivage où la marée ne monte jamais que de 1 à 2 mètres, tout soulèvement du sol est facile à constater.
Voici, au reste, quelques-unes des observations d'où Ton a déduit cette remarquable conséquence.
A Yalparaiso , près de l'embouchure du Concon , et au nord de Quintero , on voyait dans la mer, près du rivage, des rochers qu'auparavant personne n'avait aperçus. Un vaisseau qui s'était brisé sur la côte , et dont les curieux allaient , à marée basse , examiner les restes en bateau , se trouvait, après le tremblement de terre, parfaitement à sec. En parcourant dans une grande étendue le rivage de la mer, près de Quintero , lord Cochrane et madame Maria Graham, trouvèrent que l'eau, même à marée haute, n'atteignait pas les roches sur lesquelles adhéraient encore des huîtres, des moules et d'autres coquillages dont les animaux, morts depuis peu, étaient en putréfaction. Enfin , les rives tout entières du lac de Quintero , qui communique avec la mer, avaient évidemment monté ' beaucoup au-dessus du niveau de l'eau , et dans cette localité le fait ne pouvait échapper aux observateurs les moins attentifs.
A Yalparaiso , la contrée parut s'être élevée d'environ 1 mètre. Près de Quintero on trouva 1 mètre et un tiers.