LIVRE XX. — LA TERRE
On a prétendu qu*à deux kilomètres environ de distance dans l'intérieur le soulèvement avait été de plus de 2 mètres ; mais je ne connais pas le détail des mesures qui conduisirent à ce dernier résultat.
Ici, comme on voit, il n*y a point eu d'éruption volcanique, de laves répandues, de pierres et de cendres lancées dans Tatmosphère, et à moins qu'on ne veuille soutenir que le niveau de TOcéan a baissé, il faudra adniettre que le tremblement de terre du 19 novembre 1822 a soulevé tout le Chili. Or, cette dernière conséquence est inévitable ; car un changement dans le niveau de l'eau se serait manifesté au même degré sur toute l'étendue de la côte d'Amérique, tandis que rien de semblable n'a été observé dans les ports du Pérou , tels que Payta et le Callao.
En juin 1819, pendant un violent tremblement de terre, îe Delta de l'Indus éprouva des bouleversements dont le lieutenant Burnes a fait connaître quelques circonstances fort remarquables.
Autour de Sindrée , une étendue de terrain plus vaste que le lac de Genève, s'affaissa et fut envahie par la mer. Ce mouvement descendant ne démolit pas le petit fort de Sindrée. Ses quatre tours restèrent debout, et, le lendemain de l'événement, la garnison, qui s'était retirée dans l'une d'elles, se sauva en bateau.
Pendant que le terrain s'affaissait près- de Sindrée, à 2 lieues de ce village , dans une plaine basse et parfai- . tement de niveau, il se formait de l'est à l'ouest et sur une étendue de plus de 16 lieues, une protubérance que les habitants appelèrent Vllah bund ou Levée de
hU ASTRONOMIE POPULAIRE.
Dieu. Cette traînée de soulèvement semble être, à rœîU presque uniforme. Sa largeur, du nord au sud, est, en quelques points, de plus de 5 lieues, et sa hauteur audessus du niveau primitif du Delta^ surpasse 3 mètres.
Après la convulsion de 1819, le cours de Tlndus fut très-variable. En 1826, le fleuve sortit de son lit, et se frayant un passage plus direct vers la mer, il fit une coupure dans le Ullah bund. Les flancs mis à jour de la percée, montrèrent que les couches soulevées consistaient en lits d*une argile remplie de coquillages. Ainsi le soulèvement s'était opéré sans aucune déjection volcanique.
Nous allons citer un cinquième exemple, extrêmement remarquable, d'un soulèvement de terrain; il s'agit de l'apparition éphémère d'une île dans la mer de Sicile, entre les côtes calcaires de Sciacca et l'île volcanique de Pantellaria. Cette île nommée tour à tour Perdinandea, Hotham, Graham, Nerita et Julia, devint visible du 28 juin 18Ô1 au 8 juillet suivant : l'incertitude n'est pas plus grande. En effet, à la première de ces dates, le capitaine anglais Swinburne traversait, de jour, la place comprise entre Sciacca, sur la côte de Sicile, et l'île Pantellaria, où le nouvel îlot a surgi , et cela sans rien apercevoir d'extraordinaire ; le 8 juillet, au contraire , le capitaine napolitain Jean Gorrao voyait des traces manifestes de l'éruption.
M. Constant Prévost, dans son voyage entrepris en 18S1, par ordre de F Académie des sciences à l'île Julia, à Malte, en Sicile, aux îles Lipari et dans les environs de Naples, recueillit une circonstance de la formation de Tîle très-importante; le prince Pignatelli lui assura que
dès les premiers jours de Tapparition , le 10 et le 11 juillet, par exemple, la colonne qui s'élevait du oentre de rtle, brillait la nuit d'une lumière continue et trèsvive; le prince comparait ce phénomène au bouquet de nos feux d'artifice.
Au conmiencement d'août, cette même colonne de poussière répandait encore une lumière, sinon aussi forte que le disait le prince Pignatelli, du moins bien visible. Nous avons pour garante de ce fait, le capitaine Irton et le docteur John Davy. Le 5 août, il est vrai, Davy s'étant trouvé, à quelque distance de l'île, dans une région où la poussière impalpable entraînée par les vents tombait en abondance, reconnut en la recevant sur sa main qu'elle n'était pas chaude ; mais il suffira de se rappeler avec quelle rapidité les corps très-ténus, très-minces, des fils métalliques incandescents, par exemple, prennent la température de l'air, pour n'être point tenté de déduire de la remarque de Davy la conséquence que toutes les déjections terreuses du cratère, que celles-là même, qui en retombant verticalement, ajoutaient sans cesse à la masse visible de l'îlot, étaient froides. Et d'ailleurs, pendant deux mois entiers on pouvait à peine cheminer sur l'îlot, tant les scories et les sables qui la formaient étaient chauds.
Si la partie immergée du nouvel îlot avait été engendrée par la superposition de matières incandescentes ou du moins de matières très-chaudes, comme le fut la partie extérieure, elle n'aurait pas manqué d'échauffer la mer jusqu'à une certaine distance; ainsi, en approchant de l'îlot, un thermomètre plongé dans l'eau de mer.
aurait monté graduellement. C*est précisément Tinverse qui eut lieu : la diminution de température observée par Davy, le 5 août, en marchant vers l'îlot fut de h\& centigrades.
John Davy, frappé de cette grande diminution, crut devoir l'attribuer à la poussière flottante dont la mer était couverte le 5 août. Suivant lui, la poussière projetée en colonne verticale par le cratère devait avoir, en tombant sur l'eau, la basse température qu'elle avait été puiser dans les couches atmosphériques élevées. Cette explication semble prêter à deux objections sérieuses : on ne voit pas d'abord pourquoi chaque parcelle de poussière n'aurait pas repris, en traversant les couches atmosphériques de haut en bas, toute la chaleur qu'elle y aurait laissée en montant; il faut remarquer ensuite que la hauteur totale de la colonne n'était pas de 122 mètres, ce qui, d'après la loi du décroissement de la température atmosphérique que nous déterminerons en traitant des climats, ne correspondrait guère qu'à deux tiers de degré centigrade.
Les 5^6 de refroidissement observés par Davy, surpassent de beaucoup tout ce qu'on a irouvé jusqu'ici en approchant des îles ou des hauts-fonds de la Méditerranée, et même des îles ou des hauts-fonds de l'Océan. Il ne suffit donc pas d'avoir éliminé l'hypothèse qui eût entraîné une augmentation de température : il reste à expliquer comment l'influence frigorifique de l'îlot a été aussi grande.
' Eh bien, on n'a qu'à supposer que l'île se forma d'abord par voie de soulèvement ; que les flancs de sa partie im-