LIVRE XX. — LA TERRE
une seule pression. Si Ton suppose en effet que le poids de r atmosphère vienne à diminuer , la colonne de mercure qui lui fait équilibre diminuera aussi ; la partie de mercure qui passera dans la cuvette soulèvera le niveau de celle-ci, et le commencement de la division de Féchelle n*aura plus la position convenable. On voit d'ailleurs que Terreur sera d'autant moindre que la cuvette aura un plus grand diamètre et que la pression atmosphérique aura moins varié. Dans un observatoire fixe, il sera donc permis à la rigueur de négliger le petit déplacement du zéro , pourvu toutefois que le réservoir du baromètre soit fort large.
Tout le monde sait que jusqu^au temps de Galilée* on attribuait à Thorreur de la nature pour le vide l'ascension d*un liquide dans un tube privé d'air. Il n'est pas de mince ingénieur ou de petit auteur de traité de physique qui ne raconte cette anecdote: des fontainiers de Florence , surpris de voir Téau ne jamais s'élever dans le vide au-dessus de 32 pieds, allèrent consulter Galilée, qui leur répondit : f Ce qui vous étonne est tout simple ; la nature n'a horreur du vide que jusqu'à la hauteur de S2 pieds. »
Les véritables appréciateurs du génie de Galilée tenaient cette réponse pour une plaisanterie faite dans un moment de gaieté. Je crois qu'on peut aller plus loin et la déclarer apocryphe. On n'en voit, en effet, aucune trace dans les traités authentiques de Galilée. Le plus ancien auteur qui la mentionne est Pascal , dans, la préface de son Traité de V équilibre des liqueurs. Ce serait une autorité irrécusable , si Pascal s'était rendu garant
de Texactitude du propos prêté à Galilée ; mais il ne le cite que comme un on dit. Or, personne n*était plus intéressé que l'auteur des Lettres provinciales à reconnaître . que la biographie des hommes de génie ne doit pas se fonder sur des on dit. Quoi qu'il en soit, c'est Torricelli , élève de Galilée, qui montra que la hauteur à laquelle se tient le mercure dans un tube fer(né par un bout et ren-r versé dans une cuvette fait équilibre à la pression atmosphérique. Torricelli est donc l'inventeur du baromètre. D'après les indications de Pascal , Perrier fit le 19 septembre 1648 une observation de la hauteur barométrique au bas et au haut du Puy de Dôme. Il fut alors vérifié que la colonne de mercure était plus haute au pied qu'au sommet de la montagne, ainsi que cela doit être dès qje la suspension du mercure tient à la pression exercée par l'air atmosphérique dont l'épaisseur superposée à l'instrument diminue à mesure qu'on s'élève.
Il est évident, d'après la célèbre expérience du Puy de Dôme, que l'observation du baromètre peut servir à la mesure des hauteurs et qu'il doit être un instrument indispensable dans tous les voyages scientifiques. Les instruments portatifs dont on se sert ont, comme on le sait, des cuvettes assez étroites. Il est donc nécessaire de chercher à évaluer le déplacement du niveau, et cela avec d'autant plus de raison, qu'on transporte assez souvent ces baromètres dans des lieux où les pressions sont très-différentes. Parmi les divers moyens auxquels les artistes ont eu recours, un des plus commodes est celui que For lin a adopté, et qui consiste à marquer le point du zéro à l'aide d'une tige d'ivoire très-aiguë el qui fait,