‹ Astronomie populaire (volume 4)Chapitre 98 sur 347 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

veau il se rapprochera du rayon OB pour prendre une nouvelle direction BC, et ainsi de suite. Par conséquent ce sera réellement, suivant une courbe ABCDF...M, que le rayon lumineux envoyé par l'étoile pénétrera dans l'atmosphère pour être perçu par" l'observateur placé sur la Terre en M. Mais l'œil rapporte toujours les objets suivant la ligne droite tangente à la trajectoire parcourue par le dernier élément de cette courbe. Ce sera donc suivant une ligne droite ME' que l'observateur croira voir l'étoile E. La distance zénithale observée ZME' sera donc trop petite de l'angle fait par le rayon de lumière EA avec la droite ME', angle que l'on appelle la réfraction et que l'on trouve dans la table précédente pour une certaine pression et une certaine température. Par exemple, lorsqu'un corps paraît être à 70° de distance zénithale , c'est-à-dire à l'horizon, il est déjà descendu de 33' 47'^ 9 plus bas.

Je ne tiens pas compte ici, je le répète, de la correction qu'il y aurait lieu de faire à ce nombre, si la température et la pression de l'atmosphère étaient différentes de 10** et de 760 millimètres. Cette correction est loin d'être bien connue, surtout pour les grandes distances zénithales, et lorsqu'on observe à travers des éclaircies du ciel obscurci d'abord par des couches de nuages qui peuvent avoir fortement altéré la distribution régulière de température que suppose la théorie ordinaire des réfractions.

498 ASTKOiNUMli: POPULAlUB.

CIIAIM IRE XV

SLR LES HAtTElRS DKS CONTINENTS ET DE QUELQUES LIEUX HA- BITÉS, ET Srii CELLES DES CIMES LES PLUS REMARQUABLES DES M()>TAGNES DK LA TERRE, AU-DESSUS DU NIVEAU DE L'OCÉAN

§ 1. ~ détermination des hauteuis.

De tout temps on a désiré savoir quelle était la plus haute sommité de chaque chaîne de montagnes ; quelle était la plus haute montagne dans chaque pays, dans chaque continent, dans le monde entier. Les observations astronomiques ont même permis d'étendre cette recherche à la Lune , à Mercure et à Vénus.

A l'aide d'instruments puissants, on a récemment étudié ces trois astres avec tant de soin, qu'il semble difficile d'ajouter à la précision qu'on a déjà obtenue dans la détermination de la hauteur des prodigieuses montagnes dont leur surface est couverte. Les aspérités de la Terre ont été aussi l'objet de recherches assidues. Le nombre de points dont l'élévation au-dessus du niveau de l'Océan se trouve irrévocablement fixée est très-considérable , et néanmoins, sans parler ici des contrées où les géographes n ont pas encore pénétré, il serait difficile de dire avec certitude, pour l'Himalaya, pour le Caucase , pour les Cordillères américaines, et même pour quelques chaînes d'Europe, si l'on a véritablement mesuré les points culminants. Ce n'est pas qu'en tout lieu le voyageur n'ait dirigé son attention sur les sommités qui lui paraissaient les plus élevées ; mais malheureusement, en ce genre, 1(\^ apparences sont souvent trompeuses , et rien ne saurait

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suppléer à une mesure effective. L'isolement plus ou moins grand d'une montagne, l'inclinaison de ses flancs, sa distance, la forme, la disposition et la hauteur des terrains environnants, l'état de l'atmosphère enfin, sont autant de causes d'illusion dont l'observateur le plus exercé ne saurait s'affranchir, et qui disparaissent seulement devant le baromètre et les instruments géodésiques. S'il fallait citer des exemples à l'appui de ces réllexions , ils ne manqueraient pas. Ainsi, je pourrais dire qu'au commencement du xviii' siècle on regardait encore généralement le pic de Ténériffe comme la plus haute montagne du monde (voyez la Géographie de Varenius, revue par Newton), quoique les Alpes suisses renfermassent des sommités qui le surpassent de près d'un tiers, quoique des milliers de voyageurs revenant du Pérou eussent aperçu la grande Cordillère des Andes, et visité même des villes populeuses établies sur des plateaux beaucoup plus élevés que le pic. Je pourrais faire remarquer aussi que les Pyrénées avaient été parcourues par de savants académiciens, munis de grands instruments, qu'on donnait encore le Canigou pour la plus haute sommité de la chaîne, tandis que nous savons aujourd'hui non-seulement que la Malahite, le Mont- Perdu, le Cylindre, etc., le surpassent de 600 mètres, mais encore, d'après les observations récentes de M. Corabœuf , qu'à une petite distance de cette montagne , dans les limites mêmes du département des Pyrénées- Orientales, il existe des sommités de près de 140 mètres plus élevées, etc. Il ne faut donc pas s'étonner si de temps à autre certains pics descendent du rang qu'on leur avait assigné. Le Mont-Blanc lui-même, depuis si longtemps

en possession de la première place dans le système des montagnes européennes, a failli la perdre à la suite d'une mesure imparfaite des sommités du Mont-Rose. Aujourd'hui c'est le tour du Chimborazo. Cette montagne, si célèbre par les travaux de Bouguer, de La Condamine, et surtout par ceux de M. de Humboldt , n'est pas la plus haute sommité du globe, comme on le supposait depuis tant d'années, les mesures de l'Himalaya l'ont déjà prouvé; elle n'est pas même, à beaucoup près, la plus haute cime des Cordillères, comme l'a reconnu M. Pentland, dans un voyage très-intéressant.

La figure 249, que j'emprunte à mon illustre ami Alexandre de Humboldt , qui en a publié la première esquisse dès 1825, offre la représentation exacte des hauteurs relatives des points culminants et des crêtes moyennes des chaînes de montagnes de l'Europe, de l'Amérique et de l'Asie. Je dois ajouter les explications que donne mon ami sur cette figure d'un haut intérêt. «Ramond, dit- il, a fait remarquer le premier, à une époque où l'on n'avait mesuré encore que peu de passages dans les Alpes, que malgré la grande différence de hauteur entre le Mont-Blanc et le pic Néthou, la hauteur moyenne de la crête des Alpes est cependant inférieure à celle des Pyrénées. A mesure que l'on se familiarise davantage avec la vraie configuration de quelques chaînes très-élevées, comme les Alpes, les Pyrénées, l'Himalaya, le Caucase, les Cordillères du Mexique et de l'Amérique méridionale, on reconnaît mieux que la direction générale des chaînes dévie souvent de la ligne qui passe par les points culminants. Les points ordinairement de formation

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