LIVRE XX. — LA TERRE
sées, puisque les physiciens ont déterminé par des expériences directes la quantité dont l'air se dilate par chaque degré du thermomètre centigrade. On n'est pas, jusqu'à présent, parvenu à introduire les indications de l'hygromètre dans les méthodes qui servent à mesurer les hauteurs des montagnes ; mais il est possible de tenir compte, jusqu'à un certain point , de l'effet de la vapeur aqueuse, en augmentant, comme l'a fait Laplace, le coefficient de la dilatation qui se rapporte à l'air sec.
Le changement de température n'est pas la seule cause qui fasse dévier la densité des couches d'air superposées de la loi qui résulterait de leur seule compressibilité, car nous verrons que le poids d'un corps quelconque, et par conséquent aussi celui d'une couche d'air, est d'autant moindre que le corps est plus loin du centre de la Terre. La [pesanteur des corps variant en outre, à cause de la force centrifuge qui naît du mouvement de rotation diurne, avec la latitude terrestre , il est évident que pour qu'une même formule puisse être indistinctement employée pour le calcul des observations faites dans les différents points du globe , il est indispensable qu'elle renferme la latitude du lieu de l'observation, comme élément variable.
Les causes que nous venons d'indiquer influent toutes sur la densité des diverses couches de notre atmosphère. Laplace a présenté dans la Mécanique céleste les corrections auxquelles elles donnent lieu dans la mesure des hauteurs sous leur véritable point de vue, et a déduit ainsi de la seule théorie une formule que les physiciens se sont empressés d'adopter, et dont l'exactitude a été constatée par un grand nombre d'expériences.
La théorie seule ayant conduit l'immortel auteur de la Mécanique céleste à la formule qui exprime la hauteur d'un lieu en fonction de la hauteur du baromètre, il est évident que cette formule doit contenir un coefficient que l'expérience seule peut indiquer, et qui dépend de la nature du liquide employé pour construire le baromètre. Ce coefficient a été déterminé par deux méthodes distinctes. Dans la première qui est la plus directe, et dont Halley fit usage pour la formule incomplète qu'il donna, on déduit le coefficient du rapport du poids de l'air à celui du mercure. La seconde, que Bouguer employa le premier, consiste à égaler l'expression analytique d'une hauteur donnée par la formule à cette même hauteur mesurée géométriquement et à tirer de cette équation la valeur du coefficient inconnu. C'est par cette méthode que Deluc, Shuckburgh et Roi trouvèrent les coefficients de leurs diverses formules, et c'est d'un semblable moyen appliqué aux observations du pic du midi, que Ramond a déduit le coefficient adopté par Laplace et dont la valeur diffère très -peu de celle que donnent les expériences les plus récentes sur les pesanteurs Spécifiques du mercure et de l'air. Daubuisson a profité, pendant son voyage dans les Alpes, de la situation avantageuse du mont Grégorio pour soumettre ce coefficient à une nouvelle épreuve, et de ses recherches il faut conclure que les petites erreurs dont peut être affecté ce coefficient sont au-dessous de celles que les modifications atmosphériques, dont on ne sait pas encore calculer l'influence, apportent dans les résultats des observations même les plus précises.