‹ Astronomie populaire (volume 5)Chapitre 129 sur 305 · LIVRE XX. — LA TERRE. Îi · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE. Îi

toujours une dépression sensible, une légère cavité; eh bien, la mer Caspienne et les pays circon voisins seraient la dépression résultante du ricochement d'un boulet de dimensions immenses, je veux dire d'une comète.

Dans Tétat actuel des connaissances géologiques, cette idée de Halley n'obtiendrait pas grande faveur. Personne ne doute aujourd'hui que les pics isolés, que les chaînes de montagnes les plus longues et les plus élevées , ne soient sorties du sein de la Terre par voie de soulèvement, ainsi que je l'ai fait voir dans les chapitres précédents. Or, qui dit soulèvement entend, par cela même, production d'un vide sous les terrains circon voisins, et possibilité de leur affaissement ultérieur.

En jetant les yeux sur les cartes géographiques (fig. 244 et 245, p. 176 et 177), on verra aisément qu'aucune partie du monde n'offre autant de masses soulevées que l'Asie. Autour de la mer Caspienne se trouvent les grands plateaux de l'Iran et de l'Asie centrale; les chaînes de l'Himalaya, du Kuen-Lun, du Thian-Chan; les montagnes de l'Arménie, celles d'Erzerum et le Caucase. Dès lors , sans recourir à une comète, n'est-il pas naturel de supposer, comme le fait M. de Humboldt dans ses excellents Fragments asiatiques, que le soulèvement des énormes masses de terrain dont je viens de parler, a dû suffire pour amener un affaissement sensible dans tous les lieux intermédiaires? Cette solution du curieux problème de géographie physique que le littoral de la Russie européenne a fait naître, pourrait d'autant moins donner naissance à des difficultés sérieuses, que dans les régions dont il s'agit, le sol, aujourd'hui même, n'est pas encore

arrivé à un état stable ; que le fond de la mer Caspienne, par exemple, offre des alternatives d'exhaussement et d'affaissement remarquables.

Au surplus, le fait que nous venons de discuter perdrait une grande pat tie de sa singularité , si on l'envisageait comme un simple phénomène méféorologique. Une comparaison donnera, j'espère, à cette pensée toute la clarté désirable.

Supposons qu'une île, Nérita ou Julia, vienne à surgir au milieu du détroit de Gibraltar et à en fermer l'entrée. Dès ce moment, le courant rapide qui verse constamment une portion des eaux de l'Océan dans la Méditerranée, sera supprimé; dès ce moment, le niveau de la Méditerranée s'abaissera, car le volume total des rivières qu'elle reçoit, ne compense pas, à ce qu'il paraît, les pertes résultant de l'évaporation. Pendant cet abaissement graduel du niveau de la mer, des parties, actuellement immergées, sortiront des flots, se rattacheront aux continents voisins, en restant comme aujourd'hui audessous du niveau de l'Océan. Voilà peut-être, en deux mots, tout le phénomène de la mer Caspienne, surtout si l'on ajoute , avec quelques géologues , que dans cette dernière mer, de larges crevasses volcaniques permettent de temps en temps à ses eaux de se répandre dans les entrailles de la Terre, et rendent ainsi plus sensible la différence qui , sans cela même, eût déjà existé entre les effets de l'évaporation annuelle et les produits du Volga et des autres fleuves.

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