‹ Astronomie populaire (volume 5)Chapitre 139 sur 305 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

arguments qui me paraissent décisifs. Au reste, le lecteur sera mis en très -peu de paroles en mesure de se prononcer lui-même. Je supposerai tout d'abord que l'observateur occupé d'une opération géodésique n'a pas la prétention de faire mieux que l'astronome établi dans un de nos observatoires, muni des instruments les plus puissants et disposant de tous les moyens de précision qui se trouvent réunis dans ces grands établissements. Je supposerai , en un mot , qu'on peut se fier sans scrupule aux déclinaisons des étoiles inscrites dans les plus célèbres catalogues. Si cette supposition n'était pas admise, je ferais remarquer que les doutes s'appliqueraient tout aussi bien aux observations faites avec d'autres instruments qu'on a voulu exalter aux dépens du cercle répétiteur.

Tobie Mayer, qui jouit parmi les astronomes et les physiciens, d'une réputation si justement méritée, imagina de rendre le cercle et la lunette mobiles, et de se procurer par cet artifice , combiné avec celui du retournement, la facilité de transporter l'arc qu'on veut mesurer sur les différents points du limbe, en prenant chaque fois pour point de départ celui où la lunette s'était arrêtée dans l'observation précédente. L'erreur dont le multiple de l'angle peut être affecté dans cette méthode , n'est pas plus grande que celle qu'on aurait eu à craindre en ne le mesurant qu'une fois ; mais cette erreur étant divisée , à la fin, par le nombre qui indique combien de fois l'observation a été répétée, peut être atténuée autant qu'on le désire. Mayer aurait sans doute tiré un très-grand parti de cette idée ingénieuse, si une mort prématurée ne

l'avait enlevé aux sciences qu'il cultivait avec tant de succès ; on assure même qu'il avait déjà fait exécuter un cercle répétiteur, mais il ne parait pas qu'on en ait fait usage avant l'époque de la jonction des observatoires de Paris et de Greenwich.

Borda fit construire alors , par notre habile artiste Lenoir , un cercle de 0,n. 4 de diamètre , qui fut employé concurremment avec de grands quarts de cercle, dans la formation de quelques-uns des triangles qui joignent les côtes de France et d'Angleterre ; mais c'est surtout pendant la grande opération de la méridienne de France, que ces instruments ont pu être appréciés, à cause de la multitude d'épreuves auxquelles on les a soumis. On sait, en effet , que c'est avec des cercles répétiteurs qu'ont été mesurés les angles de tous les triangles compris entre Dunkerque et Barcelone, les latitudes et les azimuts de ces points extrêmes, et de plusieurs stations intermédiaires. Cette grande opération , si importante par son objet, a été exécutée avec toute l'exactitude qu'on était en droit d'attendre de la grande habileté des deux astronomes, Delambre et Méchain, qui en furent chargés, et de la bonté des instruments qu'ils employèrent : elle a servi et elle servira désormais de terme de comparaison à toutes les opérations qu'on a faites ou qu'on pourra faire dans les autres régions du globe.

Le cercle répétiteur de Borda est représenté par les figures 250 et 251. Il consiste en un cercle gradué porté par un pied qui permet de lui donner toutes les directions possibles , et muni de deux lunettes à réticule. Dans la figure 250, on le voit en perspective et dans une position

Page 1