LIVRE XX. — LA TERRE
des mathématiques de Montucla, le passage suivant, qui mérite certainement d'être cité :
« Nous apprenons d'Aristote, qu'Empédocle faisait consister la lumière en un écoulement continu hors du corps lumineux , et je me rappelle avoir lu , je ne sais plus dans quel commentateur, qu'il répondait avec beaucoup de justesse à une objection qu'on lui faisait à ce sujet. Si la lumière du Soleil , disait-on , consiste dans une émission de corpusôules partant de cet astre, nous ne le verrions jamais à sa vraie place, car il en aurait changé dans l'intervalle de temps que le corpuscule de la lumière arriverait à nous. Empédocle, sans recourir à l'instantanéité de cette émission ou à sa prodigieuse vélocité, disait que cette objection serait vraie si le Soleil était lui-même en mouvement, mais que la Terre, tournant autour de son axe, venait au-devant du rayon et voyait l'astre dans sa prolongation. On ne répondrait pas mieux aujourd'hui à cette objection, si quelqu'un la proposait, contre la propropagation successive de la lumière et de son émission. »
Après avoir consciencieusement reporté à leurs auteurs la remarque que les astres ne se verraient pas dans leurs vraies places si la Terre était immobile , je dois ajouter que ni d'Alembert, ni Montucla n'ont cherché, dans les observations astronomiques , des phénomènes en désaccord avec cette hypothèse.
Des personnes auxquelles je citais la remarque du grand géomètre et celle de l'historien de mathématiques, ne manquaient pas de me répondre immédiatement : « Comme vous ne connaissez rien des positions réelles des astres, comme vous les avez toujours observées dans les
mêmes circonstances, comme l'immobilité de la Terre a dû avoir les mêmes conséquences dans tous les temps , qui nous empêche d'admettre que des astres voisins en apparence sont en réalité très-éloignés les uns des autres? »
Le seul mérite, si mérite il y avait, que je pusse m'attribuer dans la discussion qui précède , consisterait donc à avoir signalé dans les mouvements célestes des phénomènes en désaccord complet avec les observations si la Terre ne tournait pas ; à avoir enfin fait servir la'rcmarque de d'Alembert à démontrer le mouvement de rotation de la Terre.
Pour qu'on ne prétende pas qu'il y a en tout ceci un cercle vicieux , et que la détermination de la vitesse de la lumière implique déjà la connaissance du vrai système du monde , je ferai remarquer que depuis des recherches récentes que j'aurai l'occasion de décrire , la mesure de cette vitesse ne repose plus exclusivement sur l'observation des satellites de Jupiter, et qu'elle a été déduite d'expériences faites sur la Terre elle-même.
Un jeune physicien français d'un grand mérite a, du reste, doté les sciences dans ces dernières années de deux expériences faciles à répéter en tous lieux avec des appareils simples , et qui sont des démonstrations matérielles de la rotation diurne de notre globe.
Nous avons vu que le pendule dans sa plus grande simplicité (liv. h, chap. x, t. i, p. 57) consiste dans un corps pesant suspendu par un fil très- délié, mobile luimême autour d'un point, de telle sorte qu'on peut l'écarter de la position verticale qu'il occupe, comme le fil à plomb, lors de l'équilibre, pour l'amener à droite ou à gauche,