LIVRE XXII. — ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS
8 juillet, ils me répondaient sur-le-champ : < Le ciel était serein et, cependant, la clarté du jour diminuait, et les objets s'assombrissaient, et tout à coup nous nous trouvâmes dans les ténèbres : nous crûmes être devenus aveugles. •
Le Journal des Basses -Alpes rapporte, dans le numéro du 9 juillet 1842, une anecdote qui me semble mériter d'être conservée. Je laisse parler le journaliste :
« Un pauvre enfant de la commune des Sièyes gardait son troupeau. Ignorant complètement l'événement qui se préparait, il vit avec inquiétude le Soleil s'obscurcir par degré, car aucun nuage, aucune vapeur, ne lui donnait l'explication de ce phénomène. Lorsque la lumière disparut tout à coup, le pauvre enfant, au comble de la frayeur, se prit à pleurer et à appeler au secours! ... Ses larmes coulaient encore lorsque le Soleil donna son premier rayon. Rassuré à cet aspect, l'enfant croisa les mains en s' écriant : o beau souleou! (ô beau Soleil!) »
On trouve dans des ouvrages astrologiques anciens, et même dans des traités de médecine d'une date assez récente, que la plupart des malades éprouvent des crises au moment des éclipses. Cette opinion se trouve radicalement contredite par les observations auxquelles les médecins de Milan et de Vienne se livrèrent dans la journée du 8 juillet 1842. L'état des malades n'éprouva aucun changement qui pût être attribué aux phases de l'éclipsé. Il faut même ajouter que la remarque s'étendit aux malades dont les souffrances augmentaient d'ordinaire au commencement de la nuit.
Venons maintenant aux animaux.
Je rapporterai d'abord une expérience qui montre, bien mieux que toutes tes observations, fruits du hasard, ne sauraient le faire, à quel point les éclipses peuvent effrayer les animaux.
Un habitant de Perpignan priva , à dessein , son chien de nourriture, à partir de la soirée du 7 juillet Le lendemain matin, au moment où l'éclipsé totale allait avoir lieu, il jeta un morceau de pain au pauvre animal, qui commençait à le dévorer, lorsque les derniers rayons du Soleil disparurent. Aussitôt le chien laissa tomber le pain ; il ne le reprit qu'au bout de deux minutes, après la fin de l'obscurité totale, et le mangea alors avec une grande avidité.
Un autre chien se réfugia entre les jambes de son maître, au moment où le Soleil s'éclipsa.
Quatre à cinq pages ne suffiraient pas si je voulais reproduire ici tout ce qui m'a été raconté concernant des chevaux, des boeufs et des ânes qui , attelés à des charrues, à des charrettes, ou portant des fardeaux, s'arrêtèrent tout court quand l'éclipsé totale arriva, se couchèrent et résistèrent obstinément à l'action du fouet ou de l'aiguillon. Quant aux chevaux de diligence qui couraient sur les routes au moment de l'éclipsé, ils donnèrent tout aussi peu d'attention au phénomène que les locomotives des chemins de fer. Je ne puis avoir aucun doute sur ce fait curieux , car M. Fabre , mon compatriote, chef d'une entreprise de voitures publiques, avait recommandé aux conducteurs d'observer attentivement l'allure des attelages au moment où arriverait l'obscurité totale.