LIVRE XX. — LA TERRE
Pour faire comprendre quelle est la disposition la plus ordinaire des diverses parties dont une chaîne de montagnes se compose, je vais supposer qu'un prisme triangulaire très- allongé repose par une de ses faces au milieu d'une plaine étendue, et forme ainsi comme une espèce de toit surbaissé. La face horizontale du prisme sera la base de la chaîne; les deux faces latérales et inclinées s'appelleront les versants; l'intersection des deux versants ou l'arête supérieure de la chaîne prendra le nom de faîte ; les parties inférieures des versants s'appelleront les pieds. La distance des deux pieds sera la largeur de la chaîne. La hauteur se mesurera par la perpendiculaire abaissée du faîte sur la base.
L'intervalle qui existe entre deux chaînes de montagnes porte le nom de vallée. On dit qu'une vallée est principale lorsqu'elle sert de berceau à un grand cours d'eau. Les subdivisions latérales que présentent souvent les chaînes de montagnes, et qui forment les vallons de la vallée principale, portent le nom de rameaux. Un chaînon est une série de plus petites montagnes qui se détachent de la chaîne principale et qui s'éloignent dans une direction qui tend au parallélisme. Si le chaînon n'a que peu d'étendue, on le nomme contre -fort. L'arête ou le faîte des rameaux, chaînons, contre -forts, porte le nom de crête. Les versants des rameaux s'appellent des pentes. Les vallées qui ont pour origine les flancs d'un chaînon ou d'un contre-fort, sont dites vallées secondaires, vallons ou enfin gorges, à mesure qu'elles prennent moins d'étendue ou qu'elles se resserrent davantage.
Lorsque l'arête d'une chaîne s'infléchit de manière à
offrir une sorte de passage d'un versant à l'autre, on donne à ce passage le nom de col, de port, de pas, de pertuis. Le passage prend le nom de défilé, s'il est trèsresserré entre deux escarpements.
Le faîte d'une chaîne de montagnes est naturellement la ligne de partage des eaux qui s'écoulent sur les deux versants pour se rendre dans deux vallées différentes. Le faîte est quelquefois très- large : tel est le Lang-Field en Norwége, qui a 8, 10 et même 12 lieues de large à certains points , et au Mexique, à une hauteur de 2,300 mètres, le faîte de la chaîne de la Cordillère présente une largeur qui a jusqu'à 50 lieues.
Si l'on regarde le versant d'une montagne comme un plan qui joindrait la cime au pied, il est facile de déterminer son inclinaison par rapport à l'horizon. Cette inclinaison est l'angle plus ou moins aigu que fait le plan horizontal mené par le pied de la montagne avec le plan que nous venons de figurer. L'inclinaison du versant septentrional des Pyrénées est de 3° à 4°; celle du versant méridional des grandes Alpes, mesurée vers les plaines de la Lombardie ou du Piémont n'est que de 3° 3/4. Ce résultat n'empêche pas qu'on n'ait besoin, même en suivant la crête d'un rameau, de franchir les pentes beaucoup plus raides. Une pente de 7° à 8° est déjà forte : c'est presque le maximun pour les voitures; en France, d'après les règlements, les grandes routes n'ont jamais plus de 4° 46' de pente. Une pente de 15° peut à peine être franchie par les bêtes de somme chargées ; l'homme ne peut pas gravir une pente de 35°, si le sol est un roc ou un gazon trop serré pour qu'on puisse y entailler des