LIVRE XX. — LA TERRE
au moment de son départ, ne manque jamais de se munir d'un baromètre; mais à peine a-t-il parcouru quelques lieues dans le pays qu'il veut visiter, que l'instrument fragile est brisé ou rendu inutile par la rentrée de l'air dans le tube barométrique ; remplir un nouveau tube et le soumettre à Pébullition, semble alors le seul remède possible, mais une telle opération est longue, pénible, difficile, et dans certains pays, comme dans l'intérieur de l'Afrique, complètement inexécutable. Mon ami , M. Boussingault, m'a raconté que pendant ses voyages dans l'intérieur de PÀmérique centrale, c'est-à-dire dans un pays à demi civilisé , il n'avait pas cassé moins de quatorze baromètres. Il était donc bien désirable qu'on pût placer dans les mains des voyageurs un instrument dont les indications eussent toujours la certitude désirable, et qui ne fût pas soumis aux chances de rupture qu'on ne saurait éviter. J'ai pensé qu'on Satisferait complètement à ces deux conditions, si l'on transportait le baromètre à cuvette entièrement vide, si on le remplissait sur place, ce qui ne devrait pas prendre plus de deux minutes , et si à l'aide de la réduction de la chambre barométrique , on déterminait expérimentalement la quantité d'air que le mercure non bouilli avait pu laisser échapper.
Cette idée, si simple, si plausible, est restée sans application, sinon dans les observatoires, du moins de la part des artistes en possession de fournir les voyageurs des instruments dont ils ont besoin. Récemment, un mécanicien très-habile s'était proposé de construire des baromètres satisfaisant à la condition désirée. M. Boussingault , à qui il faisait part de son projet , l'avertit que
j'avais déjà imaginé le même procédé il y a plus de vingt ans, et que des instruments exécutés d'après ce principe existaient à l'observatoire de Paris. Mais, en matière de priorité , rien ne peut suppléer à une publication. J'en étais arrivé à regretter de ne pas avoir répandu mon projet par la voie de la presse, lorsque M. Boussingault me fit remarquer que le volume xxxm des Annales de chimie et de physique renferme dans le résumé météorologique de l'année 1826, une indication très-circonstanciée de ma méthode.
Voici en effet le passage en question : • En apportant une légère modification à la construction des baromètres ordinaires, on se mettra désormais entièrement à l'abri de ces dérangements que les baromètres éprouvent , soit dans le transport , soit par une infiltration graduelle de l'air extérieur , soit enfin par le dégagement de celui que le liquide peut renfermer. Ce changement , qui consiste tout simplement à rendre le tube de verre mobile, afin qu'on ait la faculté d'augmenter ou de diminuer à volonté , et dans des rapports connus , la capacité de la chambre barométrique, permettra même, si je ne me trompe , de porter en voyage le mercure à part et de n'en remplir le tube qu'au moment de l'expérience, sans soumettre ce liquide à aucune ébullition. 11 est facile de voir, en effet, que si l'on fait une observation dans un certain état de la chambre barométrique et qu'on la répète aussitôt après avoir réduit la capacité de cette chambre au 1/10* de sa valeur primitive, la petite quantité d'air sec qui pourra s'y trouver, produira juste dix fois plus d'effet dans la seconde observation que dans la première. La différence des deux