LIVRE XIX. — VÉNUS
que la lumière subit en traversant l'atmosphère terrestre.
Parmi les astronomes qui ont examiné Vénus avec attention , il n'en est point qui n'ait remarqué combien la partie circulaire du croissant, combien la partie extérieure ou tournée du côté du Soleil , est plus brillante que la courbe elliptique située à Topposite et marquant sur la planète la ligne de séparation d'ombre et de lumière. Herschel a prétendu que cette supériorité d'éclat avait lieu par un changement brusque, qu'il y avait un contour, une sorte de collier lumineux d'une égale largeur dans toute l'étendue des bords du demi- cercle. Schrœter, au contraire, a soutenu que la lumière, très-brillante sur le contour circulaire de ce croissant, s'affaiblit graduellement à mesure que l'on s'avance vers la courbe qui le termine du côté opposé au Soleil. Cet affaiblissement a été cité comme une démonstration nouvelle de l'existence d'une atmosphère de Vénus; il est certain, en effet, que les rayons qui se sont réfléchis sur les parties matérielles de la planète formant le bord circulaire du croissant, ont dû traverser une moindre épaisseur de l'atmosphère, si elle existe, que les rayons solaires qui vont se réfléchir à leur tour sur des parties plus ou moins voisines de la ligne de séparation d'ombre et de lumière.
Les observations postérieures à celles de Schrœter paraissent jusqu'à présent donner raison à sa manière de voir. Les critiques que William Herschel a faites en 1793 du travail de l'aritronome de Lilienthal , n'ont pas diminué l'intérêt qui s'attachait à des recherches d'une si haute importance. Du reste, Herschel mit une complète bonne foi dans ses critiques, et je le prouverai en entrant dans
quelques détails sur les observations par lesquelles Schrœter démontra qu'il existe une atmosphère autour de Vénus et sur la complète adhésion que T astronome de Slough finit par lui accorder.
Quand Vénus , voisine de sa conjonction inférieure , était très-échancrée, l'astronome de Lilienthal apercevait le contour de la planète un peu au delà des cornes brillantes directement éclairées par le Soleil ; un peu au delà de la portion du disque, qui seule eût été visible à Taide d'une lunette ordinaire. Cette lumière problématique était, par sa faiblesse, relativement à la vive lumière du croissant de la planète, ce qu'est la lueur cendrée comparée à la lumière éclatante du reste de la Lune.
Le 12 août 1790, le diamètre total de Vénus soustendant un angle de 60'', les cordes des deux arcs qu'une très-faible lumière éclairait par delà les cornes brillantes du disque étaient, l'une et l'autre, de 8 secondes. A l'aide d'un calcul très-simple, Schrœter conclut de ces nombres que la lumière secondaire s'étendait sur la planète quinze degrés plus loin que la limite où s'arrêtaient les rayons directs du Soleil. Suivant lui, cette faible lueur de quinze degrés d'amplitude provenait, par voie de réflexion, de l'atmosphère dont la planète était enveloppée; c'était, avec un peu moins d'étendue, la lumière crépusculaire que l'atmosphère terrestre répand sur les objets longtemps avant le lever du Soleil.
Sur le fait de l'existence de la lumière secondaire, à l'aide de laquelle nous pouvons apercevoir plus de 180 degrés du contour de Vénus, Herschel rendit complète justice à l'astronome de Lilienthal. Ce fait, il le qualifie