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LIVRE XIV. — LE SOLEIL

liter la recherche immédiate des astres, on emploie la lunette auxiliaire ou le chercheur L, qu'on fait tourner autour de la grande lunette à l'aide de la poignée M. L'instrument est monté parallatiquement et on le met à volonté en communication avec le mouvement d'horlogerie H pour suivre l'astre observé dans le mouvement diurne de la sphère céleste.

L'héliomètre , auquel dès l'origine on attacha avec raison une grande importance, n'a pas produit, il faut en convenir , tout ce qu'on en attendait.

Bouguer s'en était à peine servi lorsqu'il en publia la description ; Lalande l'employa dans la suite pour déterminer le diamètre du Soleil ; et son résultat est trouvé plus exact qu'on n'aurait dû l'attendre et de l'imperfection de ses objectifs qui n'étaient pas achromatiques, et du très-petit nombre d'observations qu'il exécuta. Short publia dans les Transactions les résultats de quelques mesures du Soleil faites avec un héliomètre ; depuis lors cet instrument n'a guère plus été employé que dans l'observation des phases, pendant les éclipses de Lune ou de Soleil. Dans la multitude d'observations de diamètres des planètes que j'ai eu l'occasion de recueillir, à peine en ai-je trouvé quatre ou cinq qui aient été faites avec cet instrument, auquel les astronomes ont souvent préféré le micromètre à fils ou des méthodes même plus imparfaites. Cet abandon tient, ce me semble, à deux causes principales : l'une est la rareté des bons objectifs, l'autre les défauts inhérents à la construction de ce genre de micromètre; la première de ces causes ne disparaîtra que lorsque les pompeuses promesses des verriers sur la fabri-

cation du flint-glass, si souvent reproduites et si souvent démenties, auront donné quelque résultat; alors, et seulement alors , les artistes se résoudront à scier en deux un objectif bien régulier pour en construire un héliomètre, et l'astronome n'aura pas à craindre que les imperfections des images viennent masquer les petites quantités qu'il se propose de mesurer. Les défauts de parallaxe qu'on a remarqués dans l'usage de l'héliomètre , peuvent aussi être surmontés ; mais les attentions minutieuses auxquelles l'observateur devra s'astreindre, pour arriver à ce but,, me semblent peu propres à populariser l'instrument.

Ramsden donna en 1779, dans le recueil des Transactions philosophiques y la description de deux nouveaux micromètres dans lesquels les mesures s'obtenaient, comme dans celui dont nous venons de parler, par la tangence de deux images; l'un applicable seulement au télescope de Cassegrain (liv. iv, chap. i, t. i, p. 159), exige, de l'aveu même de l'inventeur, une perfection de travail dont peu d'artistes seraient capables; l'autre, qu'on pourrait appeler héliomètre oculaire, s'adapte avec une égale facilité aux lunettes et aux télescopes à réflexion. La théorie de ces instrunjents est très-simple, leur usage semble devoir être commode; l'habile artiste à qui nous les devons paraissait y attacher une grande importance, et était très-capable de les amener à leur dernier degré de perfection ; ses ateliers étaient les plus renommés de l'Europe et cependant ses micromètres se sont si peu répandus qu'il serait peut-être impossible de trouver dans les nombreux recueils d'observations qui ont vu le jour, une seule mesure qui soit faite suivant sa

méthode. L'expérience aurait-elle encore cette fois donné un démenti à la théorie? L'oubli dans lequel ces micromètres sont tombés tient-il à des causes indépendantes de leur mérite , c'est ce qu'il est impossible de décider à priori. Le peu d'essais que j'ai eu l'occasion de faire avec celui de ces deux instruments qui s'adapte aux lunettes, m'a convaincu que l'inflexion qu'éprouve la lumière dans le voisinage du plan suivant lequel se joignent les deux moitiés de l'oculaire, doit nuire singulièrement à l'exactitude des mesures.

J'ai interverti l'ordre des dates afin de présenter sous un même point de vue l'histoire de l'héliomètre et des instruments qui n'en sont que des modifications ; je vais passer maintenant aux micromètres prismatiques.

Rochon est incontestablement le premier auteur de cette classe d'instruments; déjà en 1768 il avait proposé dans ses Mémoires, imprimés à Brest, d'étendre l'usage de l'instrument de Bouguer à de grands angles , en plaçant devant les objectifs des prismes achromatiques de verre. En 1778 il construisit, pour la mesure des petits angles, un micromètre formé de deux prismes achromatiques de cristal de roche, mobiles circulairement l'un sur l'autre ; ce micromètre se plaçait devant la lunette. Cet instrument, tout ingénieux qu'il était, avait l'inconvénient de donner presque toujours quatre images d'intensités très-inégales, d'astreindre l'observateur à des attentions pénibles pour distinguer celles qui devaient être tangentes, d'occasionner une grande perte de lumière, d'exiger, dans les prismes, de grandes dimensions et une perfection de travail qui les rendait très-dispendieux.

Rochon ne tarda pas à imaginer une nouvelle construction qui remédiait à une partie des imperfections dont nous venons de parler et qui consistait à n'employer qu'un seul prisme de cristal de roche , achromatisé avec deux prismes de verre ordinaire, et à le faire mouvoir le long de l'axe dans l'intérieur de la lunette ; par là on peut mesurer avec précision tous les angles compris entre zéro et celui qui exprime la double réfraction du prisme de cristal, l'échelle de tous ces angles étant la distance focale de la lunette. Ce nouveau micromètre fut reçu par les astronomes avec un applaudissement général, et un petit nombre d'expériences exactes semblèrent confirmer tout ce que la théorie en avait fait espérer. Mais comme s'il était de l'essence de cette espèce d'instruments de -faire naître des réclamations, ce qui était arrivé pour le micromètre à fils d'Auzout et pour l'héliomètre de Bouguer, se reproduisit dans cette nouvelle circonstance ; Maskelyne, à qui l'exactitude de ses observations à Greenwich avait fait une réputation justement méritée, produisit des certificats de M. Aubert et de Dollond, d'où il résultait que déjà vers la fin de 1776 il avait fait construire un micromètre à prisme isocèle de verre ordinaire assez semblable pour le but et pour les moyens, à celui dont le physicien français avait publié la description. L'abbé Boscowich crut aussi avoir des droits à cette découverte et chercha à les faire valoir ; l'Académie intervint dans la querelle ; les journaux du temps publièrent de nombreux Mémoires pour ou contre chaque compétiteur, tandis que personne ne s'occupait du mérite de la découverte. Un trait remar^ quable de cette longue discussion, c'est que l'instrument

qui en a été l'objet n'a jamais servi, en sorte que ni Uaskelyne ni Boscowich, qui étaient si intéressés à le laire, n'ont publié dans les nombreux recueils d'observations que les astronomes leur doivent, ni une mesure de planète ni niême une seule observation de mire terrestre qui puisse permettre d'asseoir un jugement motivé sur la mérite pratique de l'instrument. Le micromètre à prisme de cristal de roche c, placé au delà de l'oculaire ai, mobile le long de l'axe de la lunette à l'aide de la crémaillère d, et dont personne n'a jamais contesté la propriété à Rochon (fig. 136), fut seul dès l'origine appliqué

avec succès, soit par son inventeur, soit par Méchain, à la mesure de Mars, de Jupiter et de Saturne. Il est vrai que depuis lors la plupart des astronomes l'ont totalement abandonné.

Je n'aurais atteint que très-imparfaitement le but que je me suis proposé en écrivant ce chapitre, si j'oubliais

de parler du micromètre à projection dont la première idée a été puisée, ce me semble, dans le procédé dont Hooke et Hauksbée se servaient pour mesurer le grossissement des télescopes. Dans ce micromètre , ou plutôt dans cette méthode dont Herschel a fait de nombreuses applications , surtout pour la mesure des angles très-petits , on découpe dans un diaphragme une ouverture circulaire derrière laquelle on place un petit miroir réfléchissant. L'image lumineuse qui se forme ainsi, soustend des angles progressivement croissants à mesure que le diapnragme se rapproche de l'observateur, et diminue de même lorsque le diaphragme s'éloigne ; une ou deux manivelles permettent de faire varier les distances et par conséquent les angles par degrés insensibles. Cela posé, tandis qu'on observe, avec l'un des deux yeux, la peinture amplifiée par le télescope de l'astre qu'on veut mesurer, on éloigne ou l'on rapproche le signal qu'on lui compare jusqu'au moment où son image, vue avec l'autre œil et sans le secours d'aucun verre grossissant, semble avoir la même étendue ; l'angle de cette dernière image est égal au quotient de ses dimensions réelles , divisées par sa distance à l'œil de l'observateur ; l'angle de l'image télescopique est agrandi, dans le rapport de l'unité au nombre qui exprime le grossissement du télescope ; de là résulte que l'angle cherché ou celui sous lequel cette dernière image se présente à l'œil nu est égal à l'angle déjà connu de la mire lumineuse divisé par le grossissement qu'on a employé.

On ne peut refuser à cette méthode d'être très-ingénieuse ; mais sans entrer dans une discussion approfon-

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