LIVRE XIY. — LE SOLEIL
quartz qui lui n'a pas besoin d'étfe réduit en lame très* mince pour produire le phénomène.
Il y a avantage à remplacer la lame de mica par une lame de cristal de roche plus épaisse ; c'est ainsi qu'on doit construire ma lunette polariscope (fig. 161 \ d'un
Fig. 161. — Gonpe de la lunette polariscope de M. Arago.
diamètre de 25 millimètres et d'une longueur de 25 centimètres. L'objectif 6 est formé par une plaque de cristal de roche à faces planes et parallèles taillées perpendiculairement aux arêtes du prisme hexaédrique qui constitue la forme de ce minéral; cette plaque a une épaisseur d'environ 12 millimètres. L'oculaire a est un cristal de spath d'Islande d'une épaisseur d'environ 15 millimètres. Dans ces conditions les deux images données par le pouvoir biréfringent de l'oculaire a sont séparées l'une de l'autre d'environ 1 millimètre.
Si vous regardez directement le Soleil avec une de ces lunettes, vous verrez deux images de même intensité et de même nuance , deux images blanches. Supposons maintenant que les rayons du Soleil aient été préalablement polarisés, qu'on vise, non pas directement à cet astre, mais par exemple à son image réfléchie sur de l'eau ou sur un miroir de verre. La lunette ne donne plus alors deux images semblables et blanches; elles sont teintes, au contraire, des plus vives couleurs sans que la formç apparente de l'astre ait reçu aucune altération. Si l'une
des images est rouge, l'autre sera verte ; si la première est jaune, la seconde offrira la teinte violette, etainsi de suite , les deux teintes étant toujours ce qu'on appelle comfdémentaires ou susceptibles par leur mélange de former du blanc. Quel que soit le procédé à Taide duquel on ait polarisé la lumière directe, les couleurs se montrent exactement de même dans les deux images foomies par la lunette polariscope.
Remarquons, comme conséquence de ce qui précède, que la lunette polariscope donne un moyen très-simple, et d'une évidence manifeste, de distinguer la lumière naturelle de la lumière polarisée.
Il faut conclure , par exemple , des expériences que je cite plus haut sur les phénom^es que présente notre atmosphère observée à l'aide de ma lunette, que par un temps entièrement couvert , les deux images n'offrant pas les moindres traces de coloration , les rayons lumineux que l'atmosphère nous envoie ressemblent parfaitement à la lumière naturelle. Par un temps serein , au contraire, ces rayons, dans chaque direction, sont plus ou moins fortement polarisés suivant la position du Soleil.
On a cru pendant longtemps que la lumière, émanant de tout corps incandescent, arrive à l'œil à l'état de lumière naturelle , lorsque dans le trajet elle n'a été ni partiellement réfléchie ni fortement réfractée ; mais c'était là une erreur. J'ai reconnu que la lumière qui émane, sous un angle suffisamment petit, de la surface d'un corps solide ou d'un corps liquide incandescent, lors même que cette surface n'est pas complètement polie , offre des traces évidentes de polarisation, en sorte que