LIVRE XIV. — LE SOLEIL
Dans son Mémoire de 1795, le grand astronome déclare être convaincu que la substance par l'intermédiaire de laquelle le Soleil brille , ne saurait être ni un liquide , ni un fluide élastique. « Sans cela, dit-il, les cavités des taches et les ondulations de la surface pointillée seraient
bientôt remplies. »
Cette substance, à laquelle le Soleil doit sa vive lumière, doit donc être analogue à nos nuages, et flotter dans Tatmosphère transparente de Tastre.
Les ttfches naissent, comme dans les idées de Wilson et de Bode, lorsqu'une cause quelconque ayant entr'ouvert l'enveloppe nuageuse et lumineuse du Soleil, on voit par l'ouverture le corps obscur intérieur; de même qu'un observateur situé dans la Lune pourrait apercevoir la partie solide de la Terre, par les éclaircies de notre atmosphère, par les interstices que les nuages laissent entre eux.
Herschel plaçait entre le corps solide du Soleil et la couche extérieure de nuages phosphoriques , une couche atmosphérique plus compacte, beaucoup moins lumineuse, ou qui même ne brillait que par réflexion. La naissance d'une tache exigeait donc qu'il se formât des ouvertures correspondantes dans les deux atmosphères superposées. Les grandeurs relatives de ces ouvertures laissaient-elles apercevoir seulement le corps obscur du Soleil , c'était un noyau sans pénombre. L'œil découvrait-il en outre une certaine étendue de l'atmosphère intérieure, de l'atmosphère réfléchissante , le noyau se montrait entouré d'une pénombre ayant à peu près une nuance uniforme , quelle que fût son étendue. Enfin, n'y avait-il d'ouverture que
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dans Tatmosphère lumineuse , oii se trouvait éâûÉ le eas d'une pénombre sans noyau.
Herschel reconnaissait que les deux âtmo^hèrés devaient avoir des mouvements tout à fait indépendants. Il ne pouvait pas toutefois s'être jamais pronoficé d'une manière catégorique, définitive, sur la question de savoir si elles sont en contact immédiat, ou si un certain intervalle les sépare.
Après avoir déduit des observations solaires les conséquences qui paraissent naturellement en décoùtér, Herschel , faisant un pas de plus, a cherché hypothétiquement les causes physiques qui président à la naissance et à la transformation des taches.
Suivant le grand astronome, un fluide élastique d*une nature inconnue se forme incessamment à la surface du corps obscur du Soleil et s'élève dans les hautes régions de son atmosphère, à cause de sa faible pesanteur spécifique. Quand ce gaz est peu abondant, il engendre de petites ouvertures dans la couche supérieure des nuages lumineux : ce sont les pores.
Le gaz , en arrivant dans la région des nuages lumineux , est brûlé ou se combine avec d'autres gaz. La lumière résultant de cette action chimique n'est pas également vive partout : de là les rides.
Les nuages lumineux ne se touchent pas parfaitement; les interstices qu'ils laissent entre eux permettent de voir les nuages intérieurs à l'aide de la réflexion qui s'opère à leur surface. Cette réflexion de la lumière étant comparativement faible, le Soleil doit paraître peu lumineux dans la région où elle a lieu. Le mélange de cette faible
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lumière réfléchie et de la vive lumière émise par lea parties élevées des rides» doit donner au Soleil une appa^ rence pointillée^ tant qu'on n'emploie pas ua très- fort grossissement.
Un courant ascendant de gaz, plus fort que les courants générateurs des simples pores, donne naissance à ' de larges ouvertures. Si les nuages lumineux ne cèdent pas inmiédiatement à l'impulsion de la force qui tend à les séparer, ils s'accumulent près de l'ouverture, et il en résulte des facules longues ou allongées.
Les courants ascendants les plus intenses diviseront, sur une grande étendue, l'enveloppe continue que forment les nuages inférieurs ; ils divergeront en continuant à s'élever entre les deux couches et opéreront dans Tatmo^hère lumineuse une éclaircie plus étendue encore^ Dans le voisinage de cette éclaircie , certaines parties du courant ascendant iront fournir un nouvel «liment à la combustion. De tout cela résulteront des noyaux, des pénopibres et des facules.
William Herschel paraît disposé à croire que la cause inconnue qui rend la photosphère . lumineuse , est analogue à celle qui semble embraser les régions de notre atmosphère situées au nord en temps d'aurores boréales. Il y aurait ainsi , sur toute la surface du Soleil , une aurore boréale permanente.
On voit, dans cet exposé, par quelles circonstances la théorie d'Herschel a modifié les idées antérieures de Wilson, de Bode, de Michell.
Il me sera peut-être permis de citer, à la fin de cet aperçu historique , les expériences de polarisation et de
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rayonnement des flammes (chap. vi, p. 101), qui me paraissent avoir ajouté de grandes probabilités à celles qui résultaient déjà de Texamen impartial des faits.