LIVRE XIV. — LE SOLEIL
c'est à 220,000 fois sa distance actuelle que le Soleil devrait être transporté pour qu'il nous éclairât comme le fait Saturne, pour qu'il devînt une étoile de première grandeur. A cette distance , le diamètre de l'orbite terrestre vu du Soleil ne serait pas de 2'^
Nous avons supposé dans le calcul précédent que Saturne réfléchit la totalité de la lumière solaire qui vient frapper sa surface. Si, comme tout porte à le croire, il n'en réfléchit que le quart ou le sixième, nous aurons à multiplier la distance déjà obtenue, par 2 ou par 2 1/2, pour avoir celle où le Soleil serait une étoile de première grandeur. Ainsi il faudrait le transporter à 440,000 ou 550,000 fois la distance actuelle. A cet éloignement, sa parallaxe annuelle ne s'élèverait pas à 1'^ de degré.
Si la matière de Saturne et celle de Jupiter réfléchissent les mêmes proportions de la lumière incidente, on trouvera que les clartés que ces deux planètes répandent sur la Terre quand elles sont en opposition , sont entre elles comme 22 est à 1. Si Jupiter réfléchissait toute la lumière qui le frappe, le Soleil devrait être 46,000 fois plus loin qu'il ne l'est, pour paraître tout juste aussi lumineux que lui.
Il est clair, d'après ces calculs de John Michell, insérés dans les Transactions philosophiques de 1767, que dans la supposition que les étoiles sont des soleils, on peut conserver l'espoir de déterminer un jour leur parallaxe; il n'en saurait être de même de leurs diamètres angulaires, car ils ne doivent guère s'élever, au plus, qu'à 1/50* de seconde (liv. ix, chap, vu, t. i, p. 371). Suivant Lambert, le Soleil, transporté à 425,000 fois
A.— II. il
sa distance de la Terre, est plus lumineux qu'une étoile de première grandeur, telle que Saturne sans son anneau.
L'éclat du Soleil, par conséquent, est à celui d'une étoile de première grandeur, comme 108,000 millions est à 1.
Dans son calcul Lambert a supposé (car le résultat précédent est purement théorique) que la matière de Saturne réfléchit la septième partie de la lumière incidente.
On trouve dans les Transactions philosophiques , année 1829, des expériences de Wollaston qui conduisent à une évaluation du rapport de la lumière du Soleil à la lumière ' de Sirius. Les observations furent faites par la méthode de l'égalité des ombres, en prenant pour intermédiaire la lumière d'une chandelle. Le résultat définitif fut que la lumière du Soleil est 200,000 millions de fois celle de Sirius.
Il n'y a rien dans tous ces résultats, ni dans ceux de parallaxe annuelle , qui soit contraire à l'opinion suivant laquelle les étoiles ne seraient que des soleils fort éloignés. Cette opinion avait , du reste, été adoptée par les anciens astronomes.
Héraclide et quelques autres philosophes de l'école d'Alexandrie enseignaient , selon Plutarque, « que chaque étoile était un monde existant dans l'immensité des cieux, et avait autour de soi une terre, des planètes et un espace céleste. »
Kepler, dans son Epitome^ s'exprime en ces termes sur l'analogie qui peut exister entre le Soleil et les étoiles :