LES SCIENCES INUTILES XXVIE
En fait c'est après des siècles de tâtonnement qu'on est parvenu à ce
. résumé denos connaissances expérimentales que sont lestables publiées
par les divers Bureaux des Longitudes. Mais devant les élèves j'ai le
droit de supposer que la Connaissance des Temps est le résultat immé-
diat des observations, en les prévenant toutefois qu’elle en rabote les
irrégularités et ajoute de son cru (par continuité) une précision que les
observations sont fort loin d'atteindre.
J'utilise la Connaissance des Temps pour 1915, c'est-à-dire pour une
- année déjà révolue. Je suppose que les nombres ont été inscrits par un
groupe d'observateurs extraordinairement habiles, au jour le jour, comme résukat de leur travail.
Le rôle pédagogique que J'assigne aux tables de la Connaissance des Temps, diffère beaucoup de celui que les professeurs d'Astronomie leur réservent. Quand dans leurs cours ils ne feignent pas d’en ignorer jusqu'à l'existence, ils ont pour marotte d'enseitner comment on les calcule, ce qui est le cadet de mes soucis. Nous payons des manœuvres pour re
Ils sont aussi intelligents que nos professeurs de Lycée qui tolèrent que leurs élèves soient él d'utiliser les tables de lignes trigonométriques ou de logarithmes, mais qui les assomment avec la manière de les calculer avec n décimales.
Un de mes collègues disait de moi : « Il est assommant, il touche à tout. » Comme si je n'avais pas le droit de savoir l’Astronomie.
Personne ne s'étonne de voir des mathématiciens purs chargés de services techniques auxquels ils ne comprennent rien, dans des circonstances graves où le bon sens aurait exigé que l’on consultat l'intérêt général.
Au reste, si je ne suis pas astronome de profession, je n'ai pas grand’peine à savoir de cette science autant que bon nombre de nos professionnels français qu'il me serait trop facile de nommer.
Je connais un directeur d'Observatoiré qui ne sait pas par quel bout on prend une lunette, qui est la joie de ceux qui l’'admirent développant un cliché, qui ignore tout de l’Optique, du Magnétisme, je ‘crois bien même de l'Astronomie... et qui n'est pas unique de son espèce dans
notre beau pays de France!
Le pauvre homme s'étonnait que je marchasse sur ses brisées, considérant l’Astronomie comme son fief depuis qu'il touche les émoluments de directeur. Outré que j'eusse le toupet d'écrire un livre d'enseignement, il ne me cachait pas sa crainte qu'il ne fût rempli d'erreurs grossières. Il reçut pour réponse quelques bonnes vérités à bout portant.
Les titres ne m'imposent aucun respect : depuis trente ans que je suis professeur, j'ai connu trop d’ânes titrés!
xx vi DE LA MANIÈRE D'ENSEIGNER
Nos astronomes professionnels (les praticiens de Gruey) croient-ils donc leur petit truc bien difficile pour un physicien connaissant son . métier ? À
Je ne prétends pas être capable de déterminer un passage comme qui ne fait que cela depuis trente ans; conséquemment je n’ai pas la prétention de finir ma vie moniteur dans l’art de déterminer les passages. L’étiquette ne fait rien à l'affaire. A la vérité je ne dirige pas un Observatoire : mais il s’agit purement et simplement ici de ce que les lecteurs auxquels je m'adresse, penseront, à l'usage, de mon Cours d'Astronomie. Je suis tranquille à cet égard : mes adversaires le sont moins que moi. |
Quiconque ne limite pas son public est sûr de l'échec.
Il va de soi que j'éeris pour les Français. Je suis heureux et fier que mes livres passent la frontière; mais ils la passent précisément parce que j'écris pour les Français : ce sont les qualités de la race qu'on y cherche, et la tournure de notre esprit.
Je ne m'adresse pas aux spécialistes. Je ne perds rien à le déclarer : pour trop nombreux qu'ils soient au point de vue de l’utilité pratique de l’Astronomie et de la pauvreté du budget de l'enseignement supérieur, ils ne constituent pas un public.
Au surplus les premiers ils achèteront mon ouvrage, afin d'en pou= voir discourir.
Je n’écris pas davantage pour les soi-disant « hommes pratiques » qui veulent appliquer les formules sans savoir ce qu'il y a dessous. Ils ont des aide-mémoires que je n’ai pas la prétention d’évincer. Ils avouent. pour les « professeurs » le plus absolu mépris. De ce qu'ils ont fait le point pendant trente ans, résulte qu'ils savent faire le point, mais pas. du tout qu'ils savent exposer comment on fait le point et pour quelles raisons on le fait ainsi. k
Je m'adresse aux gens qui trouvent qu’on applique aussi bien quand on sait les raisons de ce qu’on fait, et qui préfèrent prendre une fois pour toutes quelque peine intelligente plutôt que de collectionner des types de calcul avec cases, compartiments, sous-:cases, sous-compartiments, le tout imprimé en trois couleurs de peur qu'on embrouille les cases et les sous-cases, les compartiments et les sous-compartiments.
Je me suis proposé l'éducation générale de mon lectegr; je ne prétends pas lui apprendre à faire le point avant qu'il sache comment il est possible de fixer la position d’un lieu sur la Terre par LOPEET PAGES des astres.
En définitive mon public est formé des élèves et anciens ÉÈTE de l'École Normale, de l'École Polytechnique, de l'École Centrale, de l'École Navale, des Facultés, de tous les capables de comprendre les formules de la trigonométrie sphérique (4 pages d'un appendice de ce