Carte du Ciel
1° — En principe la Latine des étoiles ne présente aucune difficulté; seul offre quelque intérêt le détail des précautions prises et des moyens utilisés.
Les lunettes ont un objectif de 30 em. d'ouverture environ, et une distance focale voisine de 3",50 : nous raisonnerons sur ce nombre. = Deux degrés d'angle à 3,50 font un peu plus de 12 cm.
En utilisant des plaques de 16 cm. de côté, on photographie done un carré ayant un peu plus de 2° de côté.
Avec des plaques très sensibles, pour aller jusqu’à la 44° grandeur
inclusivement, on admet qu'une pose de six minutes est suffisante: Bien que la lunette soit montée parallactiquement, le mécanisme n’est jamais d'une précision telle que l’image d'une éloile ne soit pas déformée si
l'on abandonne la lunette à elle-même. Force est donc avec un cher-
; CLASSIFICATION ET DISTRIBUTION DES ÉTOILES 107 Ld
cheur solidaire de la lunette photographique, de suivre une étoile guide et de corriger à chaque instant, par les mouvements de rappel, les imperfections du régulateur et les écarts provenant des ondulations de l'atmosphère. L'expérience prouve que grâce à. ces précautions, on obtient des images stellaires quasi punctiformes.
Pour ne pas confondre les images d'étoiles vraiment existantes avec les fausses images provenant des poussières, on fait sur la même plaque trois poses de six minutes chaque, en déplaçant légèrement de l’une à l'autre la lunette par rapport au ciel. On choisit ces déplacements de manière que les images des étoiles vraies soient à peu près aux sommets d'un petit triangle équilatéral. L'expérience montre que les fausses images représentent en moyenne 10 p. 400 du nombre total des images.
2° — Pour que la couche sensible soit plus exactement plane, on l'étend sur des glaces et non sur de simples lames de verres.
La détermination des coordonnées des étoiles sur les plaques est grandement facilitée par l'impression d’un réseau. Une glace est recouverte d’une couche opaque d'argent sur laquelle on trace avec une pointe fine et à la machine à diviser, un quadrillage de traits rectangulaires longs de 13 cm., distants:de 5 mm. On met la couche d'argent au quasicontact de la couche sensible non impressionnée, on éclaire le réseau par derrière avec de la lumière à peu près parallèle: on utilise enfin la plaque à la photographie du ciel. Au développement le réseau apparaît en träits noirs et fournit des repères extrêmement utiles.
Malheureusement la couche d'argent s’altère, se perce de petits trous qui s'impriment sur la plaque et donnent de fausses étoiles.
Le réseau doit être tracé avec la plus grande exactitude puisque la précision du relèvement des étoiles en dépend au premier chef.
La position des étoiles est déterminée par comparaison avec quelques belles étoiles du champ dont on fixe les coordonnées au moyen du cercle méridien. Elles dopnent avec exactitude l'orientation des traits du réseau, et l'échelle de réduction des coordonnées rectangulaires des étoiles en ascénsion droite et en déclinaison.
3° — Le travail est confié à une vingtaine d'observatoires ayant chacun environ 1200 clichés à fournir. Ils sont répartis entre les latitudes 60B (Helsingfors) et 38°A (Melbourne). Sauf pour les zones extrêmes, le Ciel est divisé en bandes de 6 de déclinaison, soit une largeur de trois clichés; à la vérité la répartition a varié, peu importe pour nous. Par exemple Toulouse devait au début photographier toutes lesétoiles comprises entre les déclinaisons boréales 18° et 42, Pour couvrir une bande
| de 6° de large à l'équateur, il faut 3>< 180 — 540 clichés comprenant chacun un carré de 2< 2 degrés: mais le nombre croît singulièrement si l'on veut des parties communes suffisantes pour le raccord.
Chaque cliché du Catalogue contient environ 250 étoiles ; le nombre . des étoiles des grandeurs qui viennent avec 6 minutes de pose, est de . l'ordre de 70 au degré carré.
108 LES ÉTOILES ANS ot
Chaque observatoire doit mesurer les coordonnées de2à 300: O0Détoiles. Les grincheux appellent ce beau travail de l'occupation pour manœuvres intellioente: évidemment ils ont tort puisque le plus clair du travail des Observatoires français consiste en ce labeur hautement phi- ‘ Josophique.
Le nombre de degrés carrés que contient la surface d une sphère se calcule aisément.
La surface est Ar; le degré vaut 2x : 360; l'aire du carré d’un degré de côté est à peu près (2x : 360)°. D’où.un nombre de dègrés carrés voisin 44-200. A 70 étoiles par degré carré, on trouve 2:885:000 étoiles au total.
Si les clichés n ‘empiélaient pas nécessairement les uns sur les autres, le nombre de clichés nécessaire serait 41-200 : 4 — 10-300.
En réalité il sera près du quadruple.
On compte ainsi cataloguer trois millions d'étoiles. On se propose ensuite de faire une carte du ciel contenant les étoiles jusqu'à la
4 grandeur, avec des poses de 30 minutes à 1 heure. Malgré l'abondance des vierges en quête d’une position sociale, on considère comme impossible de mesurer les coordonnées de toutes ces étoiles : on se contentera donc de reproduire les clichés par l'héliogravure.
Les plaques seront aciérées et leur conservation piesqne indéfinie sera garantie par le gouvernement.
Ainsi l'homme exagère l'importance de son œuvre jusqu’à la vouloir impérissable, du moment même qu'il catalogue trois millions de mondes!
Là-dessus les savants s’exaltent et, sans souci de coordonner leurs’ métaphores, ils s'écrient avec Tisserand : « La génération actuelle aura élevé un monument nes et préparé à nos successeurs une riche moisson de découvertes. » Allons, tant mieux! En attendant nos manœuvres se couvrent de croix et de costumes chamarrés; pour le cas que je fais des croix et des costumes, cela ne me gêne en rien.
On voit des chamarrures sur les habits d'Auguste, au Cirque!
59. Précision sur les coordonnées déduites des observations. photographiques. ni
Nous avons dit que les lunettes employées ont 3",50 environ de distance focale principale : le degré vaut 6 cm. environ, la minute. vaut À mm., la seconde vaut 17 microns. Comme on préténd fixer les coordonnées à 0”,2 près, une précision de 3 microns ou environ est nécessaire dans le dépouillement des clichés. La précision est du reste limitée par la grosseur des grains de l'émulsion.
On peut alors se demander si les objectifs couvrent sans distorsion toute la plaque sensible. Le fait qu'on n'utilise qu'une inclinaison de 4° . de part.et d'autre de l'axe, n’est pas convaincant, en raison de la précision qu'on exige dans l'exactitude de la reproduction. D'autant plus que les objéctifs astronomiques ne sont généralement pas étudiés pour donner des images d'aussi grand champ : la Lune et le Soleil qui sont