‹ At home; comédie en un acte, en versChapitre 10 sur 13 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ARLEQUIN, puis FRIDOLINE

(Arlequin reste seul un instant, écrasé sous la honte de son échec. Entre Fridoline.)

FRIDOLINE, anxieuse.

Eh bien?

ARLEQUIN, sombre.

Invulnérable!

FRIDOLINE, désappointée.

Ah!

ARLEQUIN, avec une ironie cinglante, jetant son chapeau sur une chaise.

Cela vous étonne?

Allons! Vous me croyez par trop Jobard, vraiment!

(Tragique.) Si l'on vous est fidèle avec acharnement; Si ce mari, quand je lui parle d'hétaïre, Me répond froidement : « Je suis tout à Zaïre ! » Et ne supporte pas d'asseoir à son côté Ce que le Moulin- Rouge a de plus haut coté, A qui faut-il s'en prendre ?

FRIDOLINE, interloquée.

A qui?

ARLEQUIN, justicier.

Rien qu'à vous-même

FRIDOLINE, stupéfaite.

Oh! A moi?

ARLEQUIN, citant ses auteurs.

« C'est ici que j'aime et que l'on m'aime ! « Pourquoi chercher dehors et follement payer « L'amour, lorsque je l'ai chez moi, près du foyer? « Dans mon inte'rieur paisible et confortable « Rien ne manque à mon cœur, rien ne manque à ma table ! Voilà son propre texte! 11 est encourageant ! Oh ! sans doute, on me fait un accueil indulgent (Ça ne ruine pas, une petite aumône) ; On me reçoit, on me sourit, et l'on me prône ; Je suis spirituel, charmant, bien habille' : Mais lorsque nous avons vainement babillé Et pris énormément de thé, drogue malsaine, On me fourre à la porte, et Monsieur rentre en scène. Monsieur n'est pas charmant, Monsieur s'habille mal : Oh ! d'accord ! Mais il est le mari, l'animal ! Il le sait, il en use !... Et vous la sensitive, Vous l'hermine, le lys, la colombe plaintive,

Ce qu'on rcvc de plus timide et de plus blanc, Oui, vous qui me jetiez à la hâte, en tremblant. Quelques maigres baisers au cours de notre idylle, Vous laissez à sa faim manger ce crocodile !...

(Protestation de Fridoline.)

Et ne dites pas non : il m'a tout raconté.

(Lyrique.) O chute des sommets où seul j'e'tais monté ! Mensonge, hypocrisie, épouvantable drame ! Paul Hervieu, Paul Bourget,les deux Paul de la femme, Dites-moi sur quel axe a tourné celle-ci!... Mais non, ne dites rien, car tout est éclairci ! Je la vois nettement, peinte par elle-même; Il n'est plus de cruelle énigme ici, plus de problème : C'était une coquette!

(Il prend son chapeau.)

FRIDOLINE.

Arlequin !

ARLEQUIN

Plus un mot!

Vous m'avez très longtemps fait croquer le marmot. Madame. Je suis las de cette nourriture Et j'écris sur ce cœur dont vous sortez : Clôture ! (Il se dirige rapidement vers sa machine.)

FRIDOLINE, inquiète.

Où vas-tu?

ARLEQUIN

Je m'en vais... jusqu'à Madagascar!

FRIDOLINE, courant à lui.

On s'est moqué de toi!

ARLEQUIN, mettant son chapeau avec toute la force d'une véritable indignation.

Vous, oui ! Mais tant mieux! Car...

Je brise mon collier!

FRIDOLINE, tendrement.

Tu sais bien que je t'aime!

ARLEQUIN, avec amertume.

Affirmer sans prouver!... Très usé le système ! (Il reprend sa marche vers la porte.)

FRIDOLINE, éplorée.

Quoi! tu pars pour de bon?

ARLEQUIN, enfourchant sa machine.

Yes ! ... à toute vapeur > (Il disparaît.)

FRIDOLINE, avec un cri.

Ah!...

(Elle reste un instant atterrée, puis, avec un beau geste de confiance.)

On le reverra!

(Elle rentre chez elle.)

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