‹ Atar-GullChapitre 23 sur 59 · SO.\GK · texte numérisé non relu

SO.\GK

C'était une merveilleuse villa qui se mirait au\ Ilots hicus de 1 Adriatique , avec ses arhres verts, ses majestueuses colonnades et ses escaliers de marbre blanc, baignés par une mer indolente...

— Une foule de gondoles aux riches dorures , recouvertes de tentes et de rideaux de pourpre, se balançaient amarrées aux dalles, et impatientes battaient l'eau de leurs deux grandes ailes satinées qui tenaient lieu de rames et de voiles.

— On entendit une musique délicieuse... des sons vibrants et sonores comme ceux de l'harmonica,... aériens comme ceux des harpes éoliennes.

Va |)uis de belles lilles pâles , avec des yeux noirs, des cheveux noirs et un ineffable sourire sur leurs

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lèvres roses , se placèrent dans les barques en jouant d'une lyre d'ébène.

Et cette harmonie suave et mélancolique remplissait les yeux de larmes,... de larmes douces comme celles qu'on répand à la vue d'un ami retrouvé.

Alors les «gondoles s'animèrent, tendirent Icin-s ailes argentées à une brise... odorante, qui, traversant de vastes bois d'orangers et de jasmins , apportait une senteur délicieuse, et la petite flotte s'éloigna doucement.

A l'arrière de chaque gondole une place était réservée , et les jeunes fdlcs y jetaient incessamment des fleurs qu'elles effeuillaient eu chantant à voi\ basse je ne sais quelles mystérieuses paroles dont la mélodie faisait pourtant battre le cœur.

Alais les gondoles frémirent de joie, agitèrent tout à coup leurs grandes ailes, et, formant un demicercle , volèrent avec rapidité au-devant d'un petit esquif aux voiles blanches manœuvré par un seul homme.

Cet homme, c'était Brulart... mais beau, mais noble , mais paré. . .

D'un bond il fît disparaître son canot , sauta dans une des gondoles et regagna le palais de marbre escorté par les filles pâles aux yeux noirs qui contimiaient leurs chants d'une harmonie ravissante :

— Et s'étendant avec délices sur les fleurs qu'elles iuaieut effeuillées, il attira une des jeunes fcnmics sur ses genoux :

— vx Oii! viens; (jue j aime lu douceur de la voi\,

SOXGK. lil

que j'aime ton sourire dénoue tes cliexeux au

i eut. . . que je les sente caresser mon front. . . donne. . . Oh! donne un baiser de ta houche amoureuse... j'en ai ])csoin, j'ai tant souffert! oui, au lieu de vous, mes sœurs, j'ai vu en songe des êtres noirs et difformes ! au lieu de notre beau lac limpide , de ses rivages fleuris... nne mer triste et brumeuse, un ciel gris et sombre ! puis un vaisseau sans pourpre, sans dorure et sans femmes... un homme qui se tordait sur des cadavres, en poussant des cris horribles... au lieu de cette mélodie, de ce langage pur et doux, j'ai entendu je ne sais quels éclats rauques et discordants !...

•n Et puis, horreur!... je me voyais, moi , couvert de haillons, me jetant çà et là au milieu de cette hizarre et étrange tourbe d'iiommes affreux , parlant leur langue, riant de leur rire, tuant avec leur poignard... moi , moi, si noble et si lier...

» Oh! quel rêve, quel rêve!... oublions -le... oui... ces souvenirs déjà lointains s'effacent tout à hiit... A moi , mes lemmes ! à moi , mes sœurs ! franchissons ces degrés ; entrons sous cette coupole étincelante de lumière... mettons-nous à cette table couverte de vermeil, de cristaux et de fleurs... r

Tout disparaissait.

Va il se trouvai! au milieu d'un immense jarjHn l'CMipli d'arbres courbant sous le poids de leurs fruits.

Il avait bien soif., sa langue (Wait sèche et rude, son gosier brûlant.

— ïl prit une orange couverte d'une peau vernieille et fine et tenta de la lui ôter. ..

^lais à chaque morceau d'écorce qn'il enlevait , l'orange saignait comme une blessure fraîche. . '. C'était du vrai sang, du sang noir, épais et chaud.

— Il continua. .. ses mains étaient tout ensanglantées...

— Il arracha le dernier lambeau...

— ^lais , à l'instant, il se sentit mordu au doigt, mordu avec rage , comme par une bouche humaine, comme par des dents aiguës, convulsivement serrées.

— Et il se prit à fuir.

— Et il secouait sa main toujours mordue par l'orange , qui , s'étant attachée à son doigt , le mâcbait. .. le mâchait...

— Et il sentait les dents froides, arrivant jusqu'à l'os , glisser et crier sur sa membrane luisante.

— Et les dents firent rouler cet os entre elles comme entre deux lames de scie.

L'os se divisa

Alors le contact des dents glaciales avec la moelle fit circuler un horrible frisson dans tous les membres de Brulart. ..

Et la moelle fut aussi divisée... comme l'os...

— Alors il sentit l'impression fraîche et humide d'une bouche de femme effleurer ses lèvres brûlantes... et une voix bien connue murmurait à son oreille : — " \e crains rien , je veille sur toi... attends-moi... »

Et tout disparut encore.

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