LA CATHERINE
pour respirer à son aise la bonne odeur <le ses jasmins fout brillants des j^outtes de rosée.
e Kh bien, rrarçon , — dit-il au timonier en lui pinçant joyeusement l'oreille , — la Catherine fde donc devant la brise comme une demoiselle respectueuse devant sa mère ! (car les comparaisons de AI. IJenoît étaient toujours cliastes.)
— Oui, capitaine; mais elle se tortille comme nne débancbée , la vilaine. Tenez... quel coup de roulis... et cet autre...
— Ah ! dame, mon garçon, si nous avions quelques quintaux de fer dans notre cale, elle serait appuyée, cette pauvre (lulhrrino ; mais arrive notre chargement, et tu la verras re pas plus broncher que l'armoire à linge que j'ai à Xantes dans ma petite salle à manger, où je reçois mes amis, » disait naïvement le bon capitaine en étouffant un soupir de regret.
A ce moment , un grand homme , brun et décharné, descendit des haubans de misaine et sauta sur le pont.
« Je ne l'ai plus revue , — dit-il au capitaine Benoît en lui rendant sa lunette, — il faut qu'elle soit cachée dans la brume, car elle épaissit diablement, lu brume, et le soleil, hein... est-il foncé?...
— Le fait est, monsieur Simon, que le soleil a l'air du four de campagne que Catherine faisait rougir au feu pour dorer le macaroni que j'aimais tant... (Ici nouveau soupir.) Mais, dis-moi, cette goélette... elle me tracasse.
— Dispai-ue, capitaine, disparue ; j'avais d'aboid
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craint que ce ne fût une goëlelte de guerre, mais non ; un gréement tenu comme la tignasse d'un mousse malpropre , des mùts de hune et des flèches de perroquet à faire chavirer le hon Dieu , s'il s'embarquait abord,... et...
— Simon,... Simon,... tu recommences , je n'aime pas à t'entendre blasphémer comme un païen ; tu fais le philosophe, et ça te jouera un tour. . . tu verras.
— Allons, bon, motus; mais, je vous le dis, cette goélette n'est point un bâtiment de guerre pour sur; d'ailleurs, les croiseurs anglais ou français ne visitent jamais ce côté de la ligne ; ainsi ne craignez rien.
— .Je ne crains rien non plus ; j'ai , exprès, choisi ce côté de ligne , parce que je n'ai pas de concurrents ; mes affaires n'en vont pas plus mal ; encore un ou deux jours, et nous verrons le père Van-Hop...
11 devient retors en diable ; par exemple, le bois d'éhi-ne * renchérit. Ah ! il est passé, ce bon temps où, pour quelques caisses de quincailleries , j'en chargeais mon brick à ne savoir où mettre les pieds...
— Alors, — dit Simon, — on se moquait pas mal du déchet.
— In tiers , Simon , toujours un tiers de déchet , parce qu'il faut, vois-tu, que le bois d'ébène fasse son jeu dans le faux j)ont, à cause de l'Iuimidilé et de la chaleur.
' Les négriers appellonl ainsi Ips plirirt|pm<'iils do noirs qu'ils pronn«'nl sur la côIp.
h.\ (;atiif,r[\e. n
— Aussi, capilaino,cc qui reste osf fameux !! <^t on peut le vendre à la Jamaïque pour en faire des pioches et des chariots, sans craindre qu'il éclate, — répondit Simon en riant.
— Farceur,... et pourtant c'est une partie toujours très-dc mandée par ces messieurs des colonies.
— Cordieu ! capitaine, si vous croyez qu'il ne faut pas plus de (emps au chanvre pour pousser que, pour s'user une fois qu'il est tresse en cordajjes,.. . et que le hon Dieu n'a qu'à souffler pour...
— Ah cà, Simon, encore! tu ne veux donc pas finir?... Silence donc, lu vas nous attirer quelque chose de là-haut ; tais-toi : viens plutôt causer de Catherine et boire une Jjorgée de gyn. -n
Le capitaine et son second entrèrent dans ha dunette et s'attablèrent.
tt Tiens, Simon, — dit Benoît en montrant le portrait qui ornait sa petite chambre, — vois donc, on croirait que Catherine nous rejfarde, et Thomas , donc,... est -il ressemblant ! Jusqu'à Moumouth qui a l'air de me reconnaître avec sa patte levi-e ; et puis c'est cette couronne-h'i qu'ils m'ont donnée le jour de ma fête... à la saint Claude... Pauvres chers amours! allez,... je pense à vous, n Et il soupira profondément. Le dijjne homme!...
tt Le fait est, capitaine, que vous pouvez vous vanter de faire un crâne père de famille, — dit l'autre avec l'accent d'une intime conviction.
— Aussi, une fois cette campagne finie, — reprit Benoît , — je phinic nies choux ; car, après tout ,
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qu'est-ce que je veux, moi ? je n'ai pas d'ambilion. Ali! mon Dieu ! une petite maison blanche, des volets verts, et un rond d'acacias sous lequel on dîne avec une paire d'amis et sa chère Catlierine,... sa chère èjmuse. t> Et les yeux du capitaine Benoît pétillaient de plaisir en contemplant avec amour le portrait de ce qu'il appelait son épouse.
a C'est qu'aussi, capitaine, votre épouse... Ah! votre épouse est digne d'être aimée... elle a, sacredieu ! une paire de bossoirs (\y\e...
— Simon! ah! Simon...
— Pardon, capitaine ; c'est le gyn, il est fameux, et ça monte. A propos de gyn, capitaine... Mais voyez donc quel calme, quel beau temps! ça réjouit le cœur. A propos de gyn , on dit , et j'en suis sur, qu'il n'y a rien de bon pour la santé comme de faire bouillir dans du tafia une pomme de pin piquée d'une douzaine de piments enragés , et gros comme le poing de poivre de Caycnne ; on mêle ça avec le rhum ou le genièvre, et mordicu, capitaine, c'est à regretter de n'avoir pas le gosier large, large comme une manche à vent, pour s'en abreuver à flots.
— Bigre, ça doit gratter un peu, — dit Benoît en hochant la tète (pardonnez-lui ce juron (bigrej, c'était le seul qu'il se permît).
— Du tout, capitaine, c'est un velours, c'est doux comme le duvet d'une jeune mouette, un baume pour l'estomac... .l'ai connu un qiiarlier-maître voilier, un nommé Bequet, qui s'est guéii avec i a d'un
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affreux catarrhe qu'il avait pris à Tcrve-Xciire sur un l)anc de glaces.
— Ça, c'est vrai comme CatJicriue n'a qu'un œil. Simon, à ta santé, mon garçon.
— \e me croyez pas si vous voulez... A la votre, capitaine. Mais voyez donc quel temps!
— Au fait, Simon, quel joli calme ! il fait presque frais. Oh!... le beau soleil... A ta santé... Un temps comme celui-là, vois-tu, ça donne envie de boire.
— Capitaine, ceci est physique... Mettez une éponge imbibée au soleil, et vous verrez la chose. A la vôtre. . .
— Ah! Simon... c'est toi qui me fais l'effet de l'éponge, car tu t'indjibes joliment, — répondit maître Benoît, qui commençait à être fort gai, très-gai, on ne peut pas plus gai.
— Dis-donc , Simon...
— Capitaine...
— Si tu es raisonnable et que le père \'an-Hop ne m'écorche pas trop en revenant de la Jamaïque... nous relâcherons quelque part. »
Et en parlant de parcourir ainsi presque le quart du globe , le bonhomme n'y mettait pas plus- d'importance que s'il eut dit : u. En revenant du faubourg, si j'ai fait un bon marché, nous entrerons prendre quelque chose dans une taverne, n tt Vrai... bien vrai?
— ¥o\ d'homme, Simon, et alors... deux ou trois bonnes journées... des farces, — dit à voix basse
pt niyslérieuscmpnt Benoît en convrant à moilié «a bouche avec sa main gauche.
' \ — C'est ça, capitaine , des Iblies , nous rirons, je dépense ma solde en deux jours ; allez donc , des voitures, des femmes, des oranges, des gants, des bas , des cliaînes de montres , un castor en poil et des bretelles! Allez donc... tout le tremblement à la voile !
— Et c'est vrai, et allez donc , — répétait Benoît à moitié gris , en frappant sur la tahle avec son gobelet de fer blanc. — Et allez donc... nous nous
amuserons joliment Quel beau temps! Ah!
ouf! mais il ne faudj-a pas que Catherine sache
bigre!!!!
— Pardieu... capitaine... je le crois bien... à sa santé... Xous relâcherons à Cadix... Ah! capitaine... capitaine , je vous vois déjà sur la place San-Antonio .. Tonnerre du diable... c'est là qu'il y a des femmes ! des yeux grands comme les écubiers d'une frégate, des dents... comme des râteliers de tournage , et puis , comme dit la chanson :
V una popa ,
(Inrainha.
Coiiio un beijjHiiliii.
Ah I bah, faut jouir de la vie, au bout (hi màt la hune.
— C'est vrai, Simon, d'un jour à l'autre on peut avahM- sa galle'... et, bigre, on a raison de... "
« Mourir.