‹ Atar-GullChapitre 44 sur 59 · RENCONTRE · texte numérisé non relu

RENCONTRE

— un canot abandonné en pleine mer qu'est-ce

que ça peut être ?

— Sans doute le reste d'un équipage qui aura

péri il a besoin de secours sans doute. Je vais

demander au nouveau commandant la permission de faire porter sur lui... d

L'officier descendit et remonta presque aussitôt en disant au timonier :

« Laisse arriver sur ce point noir que tu aperçois là-bas... ')

Plus la frégate approchait, plus on voyait distinctement ce petit canot : il était sale, presque démembré , et l'homme qui le montait semblait vider l'eau qui allait' peut-être le submerger.

Le Camlirian mit en panne à une portée de pistolet... et le héla en anglais.

L'homme du canot fit signe qu'il ne comprenait pas...

« Appelez ce marin qu'on a recueilli, et qui s'est engagé comme matelot avec nous, — dit le lieutenant, — il parle espagnol et français... il le comprendra peut-être... s

Le (ji'cmd-Sec monta sur le pont ; on le mena sur l'arrière, en lui désignant l'homme et le Canot...

Alais le malheureux pâlit... bégaya... et tomba à la renverse. . .

Il venait de reconnaître... Brulart.

Et le bon homme Wil aussi avait reconnu son pourvoyeur de noirs...

Et Atar-Gall aussi avait reconnu celui qui parla-

j^eait avec le colon toute sa haiue africaine : mais , fidèle à son système, Atar-GuU resta calme et l'roid. . .

Le bon homme Wil descendit dans la grande chambre, se souciant peu de la reconnaissance.

Or, le Grand-Sec désira parler en secret à l'instant même au lieutenant Pleyston , qui entendait le français ; et , comme il se rendait chez cet officier , Brulart montait à bord avec l'habitude et l'agilité d'un bon marin.

Brulart était toujours dans sou costume ; mais il portail avec lui son précieux coffret , et fut aussitôt entouré par l'équipage du Cambrian, qui le regardait avec curiosité. . .

Gomme il s'apprêtait à parler... il se sentit saisir par derrière.

Et il tomba sur le pont en blasphémant, et deux minutes après, il était garrotté, enchevêtré , connnc il avait jadis garrotté ce pauvre Glaude-Borromée- Murtial. . .

Et ou le transporta , malgré ses cris , dans la grand'chumbre du conseil , où il vit l'état-major de la frégate rangé autour d'une table , et d'un coté le Grand-Sec^ qu'il reconnut aussitôt, et de l'autre le bon homme Wil... auquel il fit un salut amical... u Interrogez-le , — dit le commandant, — et vous , commissaire , écrivez ses réponses , car heuj'cusemcnt voici le lieutenant Pleyston qui nous scr- V ira d'interprète. •'

Le petit coirmiissairc prépara sa pluiiic , et de-

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manda trois fois si 1p monstre était solidement attaché.

L'interrogatoire commença. . .

LE MEUTEXAXT. — Tu dols reconnaître, misérable forban, ce matelot que tu as si cruellement jeté à la mer ?

BRiir.ART. — C'est le Grand-Sec... un de mes arjneaux.

i.E LiKi TE\A\T, — A la bounc heure ; mais ce que tu ne reconnais peut-être pas , c'est cette frégate, qui t'a donné la chasse et que tu as manqué de faire couler par ton infernal brûlot...

mu I, ART, acec Hnnnement et s(disfnction. — Ah... bah... comment! c'est vous qui arez goûté de ma mécanique. . . ah ! bon. . . bon. . . {d'une voix sourde) . — Je comprends maintenant; mon affaire est sûre. . {ÏI fait arec sa main le geste d'être jJendu).

i,E MEiTEVA.VT. — Un pcu... ainsi tu avoues...

)uu i,\KT. — Tout... Je n'avouerais pas, que vous me pendriez la même chose...

i.K MKiTEVAVT. — Commcuf f'cs-fu trouvé seul dans ton canot?..,

liRi r,Ai{T. — Alon équipage s'est blasé, fatigué de moi : en un mot, il s'est révolté , par les conseils de mon second ; un chien maudit (jui s'appelait le Borgne... On m'a garrotté, descendu dans ce canol avec deux jours de vivres , un fusil et du plomb, et ils m'ont laissé en pleine mer... C'est une plaisanterie comme j'en ai fan( f;ii( moi-même.

a30 ATAR-GULL.

LE LIEUTENANT. — Tu n'as l'ieii ù dire autre chose?

BRiLART. — ^la foi, non, si ce n'est de vous dépêcher le pkis tôt possihle, car c'est un vilain rêve.

LE MEi'TKXAX'T, à part. — Il appelle ça un rêve ; à la bonne heure. Alors , mon garçon , élève ton âme à Dieu ; car, avant le coucher du soleil, tu seras pendu.

BRULART. Suffit...

LE LIEUTENANT. — Emmenez-le , conduisez-le dans la cale, les fers aux pieds et aux mains... A propos... (|u'est-ce que ce coffret?... diable! une couronne de comte... un vol... encore.

BRULART , riant. — In vol.... ce sont, corbleu, bien mes armoiries , ù moi, mes gentilshommes !

LE LiEiTKXAXT. — Ah! mou Dicu , quel joli flacon... voyez donc ce qu'il contient, docteur...

LE DOCTKiR. — Del'opium... c'est de l'opium...

LE LiELTEXAXT. — Voudrait-il s'empoisonner?...

LE DOCTELR. — Oh! avec ceci, il s'endormirait tout au plus, mais pour s'empoisonner, diable, il en faut davantage...

BRILART. — Laissez-moi ce coffret , je n'ai que cela, vous le prendrez après; d'ailleurs examinezle, vous verrez qu'il n'y a aucune arme : on ne refuse pas ordinairement un condamné... ainsi.

LE LIEITKXAXT , n' advesscint au commandant. — Il demande qu'on lui laisse ce coffret , le docteur assure qu'il n'y a aucun danger.

LE cojniAXDAXT. — Laisscz-lc-lui.

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