‹ Atar-GullChapitre 52 sur 59 · AT \ K - C, IL I · texte numérisé non relu

AT \ K - C, IL I

Ali ! si vous aviez \ii (•oiiinic j'en lis rcnronlip , Vous auriez pris pnnr lui l'aïuilié que jp nionire. (<haqiie jour à l'église ii venait d'un air doux 'l'ont vis-à-vis de moi se niellvc à deux genonv.

(h(jon. — TAr.TiKK, acie I, se. vi.

— Tu n'as ]ias rem mission de faire ce (|ue In m'as fail... donc ([ue les |)lenrs elle sanjj iclnnihenl sur la li-li'.

Ai.KX. Di \IAS. — \((poli''oti lioiiapiirlr.

• . Il Iremhiait de nioniir :

Mourir! e'esl un instani de supplice... mais vii !<■...

P'rkdkkic .Sori.iK. — ('Jirisliin'.

C'était le soir... le jour baissait... le colon venail de terminer son modeste repas; el, comme il était dans l'impossibiliti' de marcher et même de se servir

do ses mains , étant paralysé , son noir, l'ayant bien et dûment posé el encaissé dans son grand fauteuil... l'avait roulé tout près de la fenêtre, d'où AI. Wil aimait à voir encore les dernières lueurs du soleil dorer les fleurs pourpres de ses capucines , et étinceler sur ses épais carreaux...

Cette atmosphère enflammée des feux d'un soleil à son déclin, ces fleurs pâles et froides qui brillaient pour quelques minutes d'un vif et brûlant éclat, rappelaient au pauvre colon son beau ciel de la Jamaïque, ses palmiers si verdoyants, ses alocs parfumés, ses camélias fleuris, toute cette végétation si puissante et si forte... et puis aussi peu à peu venaient se grouper sous ses arbres gigantesques sa bonne et tendre femme... sa douce Jenny. .. son loyal et franc Théodrick... c'est alors qu'il pensait avec amertume à leurs longues promenades du soir après la prière, à leur joie innocente, à ces fêtes tumultueuses, bruyantes, qu'il donnait pour sa fille... à ses naïves caresses , à sa gaieté si folle. . . et enfin à tout cet avenir de bonheur, de richesses et d'amour, flétri, tué en deux mois par une si inconcevable fatalité. . .

Car il se voyait , lui , un des plus riches planteurs de la Jamaïque , réduit à vivre des aumônes d'un nègre , d'un esclave , qui partageait avec lui , Tom Wil, une misérable chambre, triste et obscure, avec lui, dont les magnifiques et vastes habitations étaient autrefois couvertes d'hommes qui tremblaient à sa voix...

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Quels souvenirs !

Aussi, sa pâle figure s'assombrissait de plus en plus, et les rayons obliques du soleil, qui Féclairaient fortement, en faisaient ressortir encore l'expression mélancolique, et lui donnaient un aspect de tristesse indéfinissable, de cbagrin profond , de regret amej-, qui eussent attendri l'ame la plus atroce...

Bientôt des larmes coulèrent de ses yeux, et il laissa tomber sa tète cbauve et vénérable dans ses mains tremblantes, puis s'ensevelit dans une sombre méditation.

La nuit était tout à fait venue.

Atar-Gull alla soigneusement fermer la porte (jui donnait sur l'escalier, poussa les verrous et prit la même précaution pour celle qui ouvrait sur la chambre où était son maître...

Il alluma une lampe qui ne jetait qu'une clarté faible et douteuse, .s'approcha du colon, toujours absorbé dans ses pensées , et le contempla un in.stant!...

Puis , lui frappant avec force sur l'épaule , de sa large et formidable main, il l'éveilla en sursaut, car l'honnête \l il avait fini par sommeiller un peu...

Pour la première fois le maître tressaillit à la vue de son esclave...

C'est qu'aussi la scène avait quelque chose d'effrayant et d'étrange.

Au miheu de cette chambre vaste et basse, à peine éclairée par la lumière vacillante et rougeàtre de la lampe... se dressait de toute la hauteur de sa taille

5i5i ATAR-GLLL.

athlétique, Atar-Gull... le regard flamboyant, les bras croisés , et un allreux sourire sur ses lèvres contractées qui laissaient entendre le sourd claquement de ses dents qui s'entre-cboquaient comme celles d'u«i tigre qui mâche à vide...

On ne voyait de ce colosse noir que deux yeux blancs fixes et arrêtés , et au milieu de ce blanc un |)oint lumineux qui brillait comme du phosphore dans l'ombre.

C'était aussi la première fois que le nègre s'était permis de frapper si familièrement sur l'épaule de son maître : aussi ce dernier le regarda-t-il avec un étonnement stupide.

d Ecoute, blanc... — dit Atar-Gull d'une voix ca- \erneuse... — écoute bien... une singulière histoire. . . Il

Ce tutoiement, cette phrase, ce ton dur et presque solennel, bouleversèrent les idées du colon qui attachait des yeux inquiets sur le nègre, qui continua ainsi :

K Le premier blanc que j'ai haï a été cet homme que l'on a pendu à bord de la frégate anglaise.

n II m'avait acheté, battu et vendu. — Justice à été faite.

:? Le second blanc que j'ai haï, mais d'une haine aussi brûlante que le feu... aussi aiguë que la pointe d'un couteau , aussi vivace que l'apios qui fleurit chaque jour...

■^ C'est toi... toi, Tofu H 11^ colon, planteur de la Jamaïque... »

.11'AR-(jI LL. â55

Le colon voulut se lever, el, laible qu'il ëtail, retomba sur son fauteuil en faisant entendre un gcniissement sourd...

Le nègre continua :

<i Garde tes gémissements pour plus lard... ce n'est pas encore l'heure; Tom W'il, planteur de la Jamaïque... Tom Wil, qui fus riche à raillions... Tom W'il, qui fus tendre père, heureux mari... plus tard... tu gémiras... tu pleureras du sang...

j S'il avait fallu , vois-tu, comparer la haine que je portais au négrier qu'on a pendu à celle que je portais à toi, Tom \\ il, j'aurais dit que je l'aimais, lui, comme un frère...

n Et pourtant mon cœur a bondi de joie en voyant son supplice...

D Enfin, sais-tu ce que tu m'as fait, Tom \\ il? le sais-tu ?

D Pour de l'or, tu as vendu mon sang... un pauvre vieillard qui ne demandait qu'un peu de mais et de soleil pour vivre quelques jours encore, et puis mourir;... pour de Toi*... tu l'as fait supplicier du supplice d'un voleur et d'un assassin...

■n C'était mon père... Tom Wil! le vieux Job! c'était mon père! comprends-tu maintenant?)»

Et le colon... haletant... comme fasciné par le regard d'Atar-(iull... le contemplait en silence...

& Alors, vois-tu, — reprit le noir, — U Jii'a fallu dévorer ma haine, qui me tordait le cœur; le jour, le rire sur les lèvres, te servir et baiser ta main (jui me frappait, en pleurant de joie...

5) Et c'est de joie aussi que je pleurais, Tom Wil... car chaque coup... chaque humiliation que j'endurais avançaient ma vengeance d'un pas...

v Et j'ai eu ta confiance ! ton attachement ! enfin ! » Hurla le noir avec un affreux éclat de rire... t Et c'est moi qui t'ai traduit au trihunal des empoisonneurs, qui ai fait empoisonner tes bestiaux, tes noirs, et même le premier-né que j'eus de Xari- , ?ia, pour éloigner tout soupçon de moi... bon et fidèle serviteur. »

Et Atar-Gull fit une pause , un silence , comme pour donner à chacune de ses atroces révélations le temps d'entrer bien douloureusement au cœur du colon, qui croyait rêver.

Puis il reprit :

a Et c'est moi, Tom Wil, qui ai incendié tes propriétés en incendiant aussi la case que tu m'avais donnée, et qui ai couru au milieu du feu, pour qu'on ne pensât pas à m'accuser. .. moi, bon etfidèle serviteur. Il

Ici une nouvelle pause. . .

tt Et c'est moi, Tom Wil, qui ai presque guidé par mon adresse le serpent qui a étranglé ta fille, et qui l'ai poursuivi après, moi, bon et fidèle serviteur. . . s

Par un effort surnaturel, le colon se leva debout, les yeux menaçants, et s'avança sur Atar-Gull, mais à peine eut-il fait deux pas qu'il tomba par terre

Atar-Gull resta debout, regardant de toute sa

A r A «-(il 1,[,. -25'

liaiitclii' son niiiîlrp (jui, éfendii ;i sos jjicds , se roulait, en poiissanl d'affreux sanglots.

Il continua.,,

tt Kt cette mort, Toni W il, (a rendu muet ; le ciel devait bien cela à ma vengeance,,, et c'est moi qui ai conduit Théodrick au Alorne aux Loups.., va, va demander aux profondeurs de ces gouffres,.. qu(d est le corps poignardé et mutilé qu'ils ont reçu,,,

î! Kt la mort dr' ta femme , et ta ruine, c'est moi seul qui ai tout fait... tout fait, Tom Wil.,, et ce n'est rien encore... c'est maintenant que ton supplice commence et que mon père savoure la vengeance là-haut!

■fi Ecoute, Tom \V il ; depuis que nous sommes ici, j'ai éloigné tout le monde de toi ; je passe pour le serviteur le plus dévoué (ju'il y ait sur la (erre... tu l'as d'ailhuii's écrit là. ..i)

Va il montra la cassette où était rejdermé le testament du colon.

« 'lu es muet... tu ne pourias me démetjlii-.

» Tu n'écriras pas... car je serai sans cesse auprès de toi, et tu es perclus de tes mains...

■n Va chaque jour, à chaque heure , vois-tu... tu auras devant toi le bourreau de ta famille... l'auteuide ta ruine...

n Va la nuit... je t'éveillerai, et à la lueur de cette lampe, tu verras encore le bourreau de ta famille et l'auteur de ta ruine î

;> Au dehors, je serai loué, montré, fêté, comme le iiKidèle des ser\iteui's, et je te soignerai, et je

soutiendrai ta vie , car elle m'est pi'écieuse ta vie... plus que la mienne , vois-tu ; il faut que tu vives longtemps pour moi, pour ma vengeance... oh! bien longtemps... — réternité , si je pouvais... — Et si un étranger entrait ici... ce serait pour te dire mes louanges, te vanter mon dévoùment à moi , qui ai tué... tué ta famille... qui t'ai rendu muet et misérable... car c'est moi... c'est moi, entends-tu, Tom \\ il. .. c'est moi seul qui ai tout fait... moi seul... " Hurlait le nègre en rugissant comme un tigre, et bondissant dans cette chambre en poussant des cris qui n'avaient rien d'humain.

Quand cet accès frénétique fut passé, il s'occupa du colon que cette effrayante secousse avait fait évanouir...

Il le ramassa et le plaça avec soin sur son lit en lui faisant respirer un peu de vinaigre.

Tom \\ il ouvrit les yeux d'un air étonné, inquiet ; le pauvre homme croyait avoir fait un mauvais rêve ; aussi en se retrouvant au milieu des soins empressés de son esclave, il sourit à Atar-Gull avec une admirable expression de reconnaissance.

Mais celui-ci avait suivi sur les traits du colon toutes ses pensées, et pour ne lui pas laisser cette consolante illusion , il reprit en lui serrant la main violemment :

a C'est moi seul, Tom W'il, qui ai tué ta femme et ta Ulle... tu n'as pas rêvé, Tom W'il , c'est moi... v

A TA H -C II. f. -J.=sf>

Il est plus facile iriniaoiuer cjiip (rérrirp loul ce que dut soulfiir le niallieureux coloii , aussi (]»»puis cette époque sa sant(' s'affaiblit ; mais , ,<^ràce aux horribles soins d'Atar-Gull , elle se soutint chancelante.

l ne lois le colon refusa de rien prendre , voulant terminer cette vie d'angoisse et de torture.

Alors, aidé de deux locataires, Atar-Gull lui fit avaler de force quelques cuillerées de bouillon, et le pauvre colon entendit un des voisins s'écrier ; <i Quelle verlu ce pauvre nègre doit-il avoir pour servir un vieux maniaque de cette trempe-là... »

Knfin, au bout de six mois de cette horrible existence, la santé du colon saltérant sensiblement, sa raison commença de s'égarer ; alors son esclave fit demander un médecin.

Or, c'est après une de ces visites que madame Rougnol venait de l'arrêter curieusement comme nous l'avons dit , afin de savoir des nouvelles du vieux muet.

^lais la raison dn colon se perdit bienlôl fout à fait; et, sauf quelques moments lucides pendant lesquels son affreuse position se représentait à lui dans tout son jour... il ('tait dans un état de démence complète et furieux parfois... Alors Atar-Gull avait recours à la camisole de force...

Ordinairement, après ces transports frénétiques succédaient (juelques moments de calme ; aussi le docteur sorlait-il comme un des accès (\[i malheureux W'il venait de finir.

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