‹ Atar-GullChapitre 58 sur 59 · LE PARISIEX EX MER · texte numérisé non relu

LE PARISIEX EX MER

Parisien, s. m. ; sottise lit plus çjiiiiide, la plus injurieuse à un matelot. Désignation, dans les bâtiments, d'un pauvie sujet, et quelquefois d'un mauvais snjel...

V'iMArMKZ , i)ict. de marine, 'l'Mî.

.Mathieu Giiicliard était (ils dr Joan (îuichai'd , serrurier daus la rue Saint-Bcuoit.

Mathieu Guichard avait environ dix-sept ans ; il était d'une taille moyenne, maigre, nerveux et paie ; ses yeux étaient gris; ses cheveux, châtains, clairs et soyeux ; sa figure annonçait un singulier mélange d'astuce et de niaiserie, d'indolence et de vivacité ; son teint plond)é , hâve, avait cette couleur étiolée, maladive, (létrie , particulière aux enfants de Paris , nés dans une classe pauvre et laborieuse. \ oilà pour le physique de Mathieu (îiiichaid.

Au moral, si toutefois ^îalhieu avait un moral , Mathieu était insolent, moqueur, taquin, lascif, paresseux et gourmaïul, sournois et rageur, parce que la force phjsi(|ue lui mantpiail : ni incrédule, ni

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croyant , ni sceptique , mais indiffërenl eu diable en matière de religion , et n'invoquant jamais le nom de Dieu que d'une manière si détestable qu'il eût mieux valu ne pas l'invoquer du tout. Mais , en vérité , il ne faut pas en vouloir au pauvre enfant; les prejniers mots que son père, Jean Guicbard , ancien canonnier, lui apprit à bégayer, furent des jurons les plus épouvantables que l'on puisse imaginer.

Ceci était le délassement , la joie du vieux soldat ; le soir, après sa journée de fatigue, il trouvait un souverain plaisir à s'asseoir auprès de sa forge éteinte , et là , mettant Alathieu sur son rude tablier de cuir, il s'amusait comme un bienheureux à entendj'e des blasphèmes de renégat sortir de cette bouche enfantine, et il répondait à sa femme, qui osait quelquefois parler de prières , de bonne Vierge et d'Enfant-Jésus : tt Je n'ai été ni baptisé, ni n'ai commu-, nié, ni rien du tout; je ne t'ai épousée qu'au civil , et je ne veux pas que mon fils soit un calotin et un jésuite. :)

Or, Mathieu ne trompait pas les vœux de son excellent père : il ne fut pas jésuite , le digne enfant ! !

A dix ans il donnait des coups de pied à sa mère, insultait les vieillards , volait de vieux clous pour aller les vendre, ne faisait rien à l'établi, recevait de glorieuses gourmades de monsieur son père, et passait des journées dehors.

A douze ans, Mathieu avait, comme on dit, connu L'amour, cassé des carreaux, battu la garde, et était

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dcvciiii iiii (les coryphées de rampliilliéàlre de I Ambigu et des Funambules.

I,e cours de ces cnormités ne fit que s'augmenter, e( le torrent de ces désordres devint tel, qu'il menaçait d'engloutir la réputation , l'honneur et les économies de Jean (juichard, qui, en manière de digue, avait en vain opposé audit torrent une multitude de bâtons d'orme ou de frêne, qui s'étaient brisés en éclat sur le dos de i\Iathieu sans rien changer à ses habitudes de forcené. Mais heureusement Jean Guichard se souvint d'une naïve tradition populaire assez commune en France et surtout à Paris, qui consiste à regarder la marine comme une espèce de bagne ou d'égoùt dans lequel on peut jeter toutes les fanges sociales. Ainsi, qu'un fils de famille commette quelqu'une de ces ravissantes sottises qu'on ne fait malheureusement qu'à l'aurore de la vie , les grands s'assemblent et prononcent avec gravité qu'il faut embarquer le don Juan , et l'envoyer aux îles pour matujer de la raclie cnracfée.

Si un pohsson des rues, devenu l'effroi du quartier, ne met plus aucun terme à ses débordements , après l'avoir menacé du commissaire, de la prison, des galères , on finit cet effrayant crescendo . en disant : Il n'y a qu'à le faire mousse.

Ce qui ne laisse pas de prouver qu'il était généralement au fait de cette glorieuse profession.

Or , un matin . le père Guichard entra dans la tnansarde de son lils, (jui, par je ne sais quel hasard

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OU quel dérèglement de conduite , se trouvait avoir couche sous le toit paternel.

En ouvrant les yeux, Mathieu frémit, lui, car il vit que son père ne portait pas de bâton.

li II va m'étrangler, — pensa le misérable.

— Ecoute , Alathieu , — dit tranquillement le père, — tu as quinze ans, tu es le plus mauvais sujet que je connaisse , les coups n'y font rien ; tu finiras par la guillotine... J'ai été soldat ; je suis honnête homme , ainsi ça ne peut pas aller comme ça : tu vas venir avec moi au Havre.

— Quand ça?

— Tout de suite, habille-toi. :*

Mathieu ne dit mot, s'hal)illa , jeta un regard en dessous du côté de la porte , lit deux pas, et d'un bond lut sur la première marche de l'escalier , mais l'auteur de ses jours avait suivi ses mouvements, et Mathieu se sentit étreindre dans les larges mains du serrurier.

» Pas si vite , mon garçon , t dit ce dernier. Et il précéda son fds dans la boutique, envoya sa femme, qui sanglotait, chercher un cabriolet, y monta avec son fils Mathieu, qui sentait une larme rouler dans ses yeux quand il vit sa mère à genoux près de la forge, et pleurant. . . mais pleurant à fendre l'àme.

k Cocher... aux diligences, ^ dit Jean (luichard.

Du cabriolet , Mathieu passa dans la diligence , accompagné de son père, qui ne le quittait pas d'une seconde.

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Le leuderaain l'on était au Havre.

Il y a dans chaque port de mer marchand des maîtres de tavei'ne qui nourrissent et héher<|en( à crédit les matelots sans emploi... (^nand ils trouvent à naviguer, ils payent ce qu'ils doivent à leur hôte , et, s'ils s'emharquent , ils reviennent manyer chez lui ce qu'ils ont amassé dans leur campagne, puis le crédit succède au comptant ; et c'est à recommencer, jusqu'à ce qu'une lame du cap Horn ou- un grain hlanc des tropiques mette un terme à cette alternative de bons et mauvais jours.

C'est donc dans cette taverne que les officiers de la marine marchande viennent recruter leurs équipages.

Le conducteur de la diligence , à qui Jean Guichard avait fait part de ses projets, l'adressa en conséquence au maître de la taverne du Cdùlc sans h(ntt, en lui donnant quelques instructions.

On enferma préalablement Mathieu dans une petite chambi'e dûment verrouillée, qui ne s'ouvrit (jue le lendemain, sur les neuf heures du matin.

tt V oilà le hou sujet, — dit en entrant Jean (luichard à un assez gros homme Irapu , brun et foit haut en couleur... en lui montrant son fils.

— (]e n'est que ca , — dit le gros homme ; — mais ce faïchien-là ne s(M'ait pas bon pour allumer la pipe de mon mousse, si mon niousse fumait...

— V ous m'avez promis, capitaine...

— J'ai promis, et je tiendrai ; la brise es( l'aile : je pars à onze heures, il en est neuf; allons, lile...

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Parisien, tes bien nommé... mais je te débapliserai , moi, et dans denx jours on t'appellera l'Kreinté... ^

Mathieu Guichard comprit parfaitement ce qui lui était réservé. Il chercha avec une merveilleuse rapidité les chances qu'il avait à fuir ou dq s'opposer aux volontés de son père , et, n'en trouvant aucune, il se résigna.

Jean Guichard lui dit : « Allons, Mathieu, corrigetoi, embrasse-moi, deviens bon sujet, et tu nous reverras.

— Jamais, — répondit Mathieu en se dérobant à un dernier embrassement de son père , et se mettant à siffler : tu n'auras pas ma rose, en marchant sur les talons du capitaine.

— Mais s'il n'allait plus revenir, — pensa le serrurier : — Bah !... — reprit-il , — pigeon égaré revient toujours au colombier. » Xéanmoins , Jean Guichard fut longtemps bien triste.

La Charmante-Louise, brick de cent quatre-vingts fniineaux, chargé pour Fernambouc, était partie du Havre depuis cinq jours , emportant luniquc liériticr de la famille Guichard.

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Car Alallileu (îuichard avait (''(i' (lùiiionl ('nil)ar(|ii(' mousse à l)orfl.

Cet être , type et prototype de la populace pailsienne , qu'on a dite , je ne sais pourquoi , si h<(daude et si étonnée , ne s'étonna de rien , parce qu'il trouvait des analogies à tout. Quand un matelot lui montra le grand mat du brick en disant : K C'est pas toi, Parisien, qui le guinderais là-haut, — ^latliieu répondit d'un air méprisant : — (lonnn ! J'ai vingt fois grimpé à un màt de cocagne tout frotté de savon , et c'est bien autre chose que de monter après toutes ces cordes. »

Comme on paraissait mettre son agilité en doute, le Parisien monta à la pointe du grand màt avec l'agilité d'un écureuil , sans passer par le trou an chat, et redescendit par l'étai du grand màt , aussi fier qu'un acrobate.

« Qu'est-ce que m'a donc chanté son animal de père? — se demanda le capitaine en voyant l'adresse de Mathieu ; mais il n'a pas déjà l'air si mauvais, monsieur son fils... d

La brise était fraîche, et la houle assez forte : les matelots s'attendaient à voir le Parisien compter ses rhemiseSy point : le Parisien n'eut pas la plus légère atteinte du mal de mer ; il grignota son biscuit, déthira son bœuf avec des dents d'acier, but deux boujorons de vin , parce qu'il en vola nti à un des matelots de son [)lal , cl (iil sur l'avant fumer sa

Ci Mais le roulis ne le (ail donc vieil, sauvage? —

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lu! (lit lin marin... loi'J j)iqni' , car il cninpiail nonseulement jouir de la vue des contorsions du Parisien, mais encore boire son vin, pendant qu'il serai! abattu par le mal de mer.

Connu!... — répondit froidement Mathieu entre deux bouffées de tabac. — .J'ai trop souvent joué au tape-cul aux Champs-Elysées , et à la balançoire russe pour que ça me fasse quelque chose... »

Et cette réponse fut accompagnée d'énormes tourbillons de fumée , qui cachèrent un instant le Parisien à tous les yeux.

Quand la fumée fut dissipée, la figure du capitaine apparut souriante ; il avait tout entendu , et s'était dit : u Décidément ce père est un vieux imbécile, et son fils vaut mieux que lui. — Aussi s'adressant à Mathieu : — D'aujourd'hui , mon garçon, tu ne sei-as plus mousse, mais novice.

— Gomme vous voudrez , tt dit Mathieu avec indifférence.

Le lendemain , le capitaine , qui voyait toul , n'apercevant que les cinq matelots de quart sur le pont, descendit dans le faux-pont, suspendit sa marche en approchant de l'avant, car il entendit un tfrand bruit de voix.

C'était encore le Parisien :

u Ce gredin-là a passé novice tout de suite, c'est injuste : il aura la cale... la cale...

— Je l'aurai, si vous voulez, — dit le Parisien avec d'épouvantables bhisphèmes , — mais je me

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veiigprai; je suis seul, mais c'est égal... n'ap|)i'ocliez pas...

— Alais, jjufiux que lu es, — dit un orateur, — pourquoi fais-tu le genre de ne pas avoir le mal de mer, et de te planquer au haut d'un mût aussi vile que nous... hein?... c'est un ûï pour tiatter les chefs.

— Oui, — dirent les autres en chœur, — il le fait exprès.

— Mcoutez, — dit le J*arisien, — si l'un de vous, un seul, veut avoir affaire à moi , prenons chacun une de ces choses de fer pointues (il montrait des épissoirs ) , et arrangeons -nous comme de jolis garçons.

— (^ia va, — dit l'orateur...

— C'est décidément le père qui mériterait d'avoir la cale, — pensa le capitaine, — le fds est un excellent sujet. ))

Et le chef interposant son autorité , la discussion cessa ; mais le soir le comhat eut lieu et fut à l'avantage du Parisien.

S'étant aussi hien tiré de ces épreuves réitérées , le Parisien iie fut plus désormais inquiété à hord, el jouit dr l'estime de ses chefs et de Inmitié de ses camarades.

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Si le capitaine de Mathieu Guichard avait été doué de quelque faculté analytique , il eût certainement trouvé moyen de l'exercer en étudiant le caractère de son matelot ; mais l'excellent capitaine n'analysait guère, n'analysait même pas du tout; il se contentait de battre ^lathieu ou de le combler de faveurs^ selon que Mathieu avait bien ou mal mérité de lui. Sans s'amuser à remonter des effets aux causes , après avoir apprécié le résultat , il faisait le compte, comme il disait, et trouvait pour total un coup de poing ou un verre de grog.

Or, depuis que Alathieu était embarqué sur la Cîiavmante-Loiiise , il eût été difficile de savoir au juste si la balance était en faveur du coup de poing ou du verre de grog ; car , en effet , ce diable d'homme n'avait ni gagné ni perdu ; car une àme plongée jeune dans l'air desséchant de Paris s'y bronze et garde à jamais son pli.

Aussi Mathieu avait-il apporté et conservé là cette paresse insouciante et cette activité nerveuse instantanée qui caractérisent sa race , cette exaltation fiévreuse qui ferait franchir un énorme fossé, mais non cette force patiente et continue qui ferait gravir une montagne.

S'agissait-il d'une nianfenvre piMiible, par un beau

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temps , oli ! le Parisien était mou, laiiiéaut, taciturne ; mais le vent sifflait-il dans les voiles, le tonnerre grondait-il, on eut dit que l'orage , réagissant sur cette organisation si irritable, en centuplait les forces et l'énergie ; alors le Parisien était au bou( dehors des vergues , aux empointures , car ce n'était point là ni un poids à soulever, ni un aviron à manier péniblement , il n'y avait qu'un cordage à couper ; à la vérité , il y allait de la vie, .mais ce \\ était pas fat'ujant , et le Parisien était là calme, aussi paisible qu'un vieux matelot.

Le beau temps revenu, le Parisien redevenait ce qu'il était , ce qu'il est , ce qu il sera toujours , paresseux, insolent, railleur, parce qu'il avait ce pittoresque et vif esprit de nos ruses ; rusé, parce qu'il était faible, quoiqu'il eut pris un singulier ascendant sur l'équipage et sur le capitaine lui-même par sa ffounille (qu'on me pardonne cette vulgarité), mais cette expression peut rendre ce sarcasme populaiie si bouffon, si mordant, si énergique.

Aussi, avait-on mis le damné Parisien aux fers, dans les baubans ; le rouer de coups, il n'en perdait pas un quolibet, ni une bouchée , ni une heure de sommeil.

\iC misérable contrefaisait tout le monde : voulezvous voir le capitaine? voilà le capitaine avec sa voix rauque , son œil à demi fermé , son juron de prédilection ; prêtez au Parisien la liouppelande grise et le chapeau ciré du capitaijic , et vous aurez le portrait frappant. V oulez-vous voir le maître cocj /

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voilà le uiaîti'c coq ; c'est lui ; c'est sa jambe torse , son béc^aiement stupide !

Et les chansons à boire ! et les romances ! et les bribes de scènes de comédies , de mélodrames, d'opéras comiques , que le Parisien débitait à ravir en imitant le ton, le geste et la voi\ des acteurs!

Aussi les matelots et le capitaiue riaient aux larmes, et n'avaient que la force de dire : o S. .. Parisien, va, t'es bien nommé ! ! ! -

C'était à n'y pas tenir ; on oubliait la manœuvre : le timonier gouvernait tout de travers ; on ne dormait plus à bord quand le Parisien parlait; les hamacs devenaient déserts, et il fallait voir les bonnes et noires figures de matelots accroupis , en cercle, l'air attentif, écoutant avec une imperturbable gi-avité les contes et les mensonges du Parisien.

Et puis le Parisien continuait à ne s'étonner de rien. Les matelots l'avaient attendu aux colonies ; ils comptaient sur l'effet des noirs , des palmiers, des cocotiers... de la canne à sucre, que sais-je?... Point... VèievneX connu! vint renverser d'aussi sages prévisions. Le Parisien avait vu des nègres à Robinson , des palmiers au Jardin -des -Plantes , acheté pour deux sous de camie à sucre sur le Pont- \euf et creusé un coco pour faire une tasse à sa inaîtressc. Que faire avec une organisation aussi encyclopédique? se laire et admirer ; ccsl ce que faisait l'équipage.

Lh l'.vr, IMh.\ K.\ MLli. 21' I

(le joiir-là ('lail un dimauclic, la ClKiniianlc f, nuise , qui se bornait oi-dinaircmcnt au\ voyajjcs (les Antilles, après une assez bonne campagne, avait été frétée pour Cadix ; elle apportait des vins de Bordeaux, et devait rapporter des vins de Xérès.

liC Parisien , blasé sur les colonies, les négresses et les mulâtresses, ne fut pas fâché de dianger un peu^ comme il le dit lui-même ; et, à peine le bi-icK eut-il été amarré, bord à quai, près la porte de ^Icr, (juc mon damné Alalhieu, riche de Irente francs, fut à tei-re d'un seul bond, crânement coiffé d'un petit cliapeau de paille, à foime et à bords très-bas, et •lètu d'un pantalon blanc et d'une veste bleue à boutons à anci-e , h; col de sa chemise retenu par une colossale graine (I'Amérii|ue , don d'amour d'une de ces dames du Fort-Royal-AIartinique.

Il est impossible de ne pas déclarer que le Parisien était doué d'une prodigieuse faculté physiologique. Son procède'' était simple et le mettait à même (le résoudre toutes les diiïicullés, sans exception, de langues ou d'idiomes.

Voici quelle clail sa inelliode : avai(-il à demander sa roule à nu .Vnnlais, le Parisien, imilanl aussi Imcii le ridicule palois (jiie Ton |)rè((' aux insulaii'cs.

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(tans tontes nos farces, disait bravement : «. Je rudrais sa roi r le cliànin à moi. i S'adressait-il à uti Allemand, l'accent suivait une légère modification ; à un Italien, à un Américain, la même chose. Il est vrai de dire que cette méthode restait quelquefois incomplète, que souvent même les étrangers qui l'eussent peut-être compris, s'il eût parlé cla'îrement français, devenaient sourds à ce bavardage inintelligible.

Alors le Parisien assurait qu'il y avait entêtement, mauvaise éducation ou rivalité nationale. Toujours est-il que ilathieu n'avait point éprouvé cet embarras, cette timidité qu'un étranger ressent toujours loj'squ'il se trouve dans un pays dont il ignore le langage.

Aussi le Parisien marcbait-il aussi ferme , aussi droit en passant sous la porte de Mer, à Cadix, que s'il eût pâli sept ans sur la grammaii'e de Rodi'iguez y Berna, ou à Badajoz, à Tolède.

Mathieu se trouva sur la place aux poissons ; le coup d'œil lui plut : cette multitude animée, ces costumes pittoresques, ces hommes à petits chapeaux et à longs manteaux bruns ; ces femmes du peuple , chaussées de satin ou de soie ; ces petits pieds, ces jupons courts, ces ba^quines collantes aux hanches , ces fleurs naturelles jetées avec goiit dans des cheveux noirs et épais ; enfin , que dirai-je ? l'allure , la juarche, le solero, tout cela excitait fortement l'attention (hi Parisien, qui comparait mentalement ces beautés andalouscs aux filles de couleur des Antilles... cl

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ne se pressait pas de termiiiei- ses parallèles, les preuves lui nian([uant.

Gomme il passait au bas de l'escalier qui conduit aux remparts, il leva les yeux et vit à moitié de cette escala une femme qui montait fort vite les dernières marches ; cette ascension rapide permettant au Parisien d'entrevoir une jambe faite au tour et un pied andalou , il monta l'escalier avec autant de prestesse; et, comme il avait plus d'assurance que de limidité , il s'approcha familièrement et regarda la jeune fdle, car c'était une jeune fille, regarda la jolie fille sous le nez , et , ne sachant pas de (juelle manière dénaturer sa langue pour en faire un patois espagnol, il se contenta d'un infinitif, et lui dit : >. Espagnole, roiis être très-belle feimne. -d La jeune (ille rougit, se prit à sourire, et doubla le pas en abaissant sa mante.

(. Où diable aurais-je appris l'espagnol? » se demanda le Parisien , certain d'avoir été compris et suivant à grands pas sa nouvelle conquête.

Presque en face de la douane , sa conquête descendit, tourna la tête, regarda le Parisien et traversa la petite place de la Torre pour entrer dans la rue de Tideo.

Le Parisien, animé, exailé, enthousiasmé, charmé , suivit... Il allait traverser la rue , lorsque des chants d'église se font entendi-e , et une longue file de pénitents bleus débouche d'une rue voisine. A la tête du cortège étaient de longues lanternes, puis des bannières, puis des reliques, puis des chasses,

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puis «los llours, puis le Saini-Sacronirul, puis \o l;ouvprnpur. G'étaif enfin une procession solennelle à l'effet (le demander au ciel quelque peu d'eau , car la sécheresse était effrayante en l'an de grâce 1820.

Le Parisien , au lieu de se joindre à la multitude , fît un affreux blasphème ; car la procession lui barrait le passage , et il tremblait de perdre de vue son Andalousc à l'œil si noir.

La populace se découvrit au pren?^'" Ivi de la crécelle d'un moine blanc qui ouvrait la marche.

Le Parisien garda son chapeau , se dressa sur la pointe des pieds, tendit le cou, mit sa main en abatjour, ci ne vit rien, ni mante noire, ni œillet bleu et blanc placé sur le côté d'une grosse touffe de cheveux d'ébène. \ int un autre moine, mais gris, portant une lanterne sur les vitraux de laquelle étaient peintes des figures d'hommes au milieu des flammes. Il le montrait d'une main et de l'autre touchait une tirelire pour les ànios du p/irç/afcirc.

Les assistants s'agenouillèrent ; quelques-uns donnèrent, mais beaucoup chuchotèrent en se montraul le Parisien, qui s'appuyait sur le dos de l'homme à la lanterne pour tacher de se hausser et voir s'il n'apercevait pas son Andalouse.

A ce moment, une magnifique chasse d'or, étincelante de pierreries, et renfermant le bras de saint Serono, excita l'attention et le recueillement général. Il n'y eut que le Parisien qui , resté debout, interrompit le silence religieux de cette foule par un de ces cris parfieuliei-s à la popidace parisienne, et (pic

\.K l'\RISIK\ E\ \ir. Fi. -i!».-.

l'on Piilond ((iif'l({ii('('ois jjlapii- ;ui\ tlit'nlrps dos hoiilovards.

C'est quo le Parisien avait cvu distinjifuer la ïnante et les œillets l)Iancs et biens, et il appelait à sa laeoii.

Ce cri sanvafife , gnttnral, innsité, sacrilège, fit redresser tontes les tètes à la fois ; alors on s'aperçul une le Parisien était i-esté debout, convert, devant le bi-as de saint Sei-ono , et ce fut une rumeur d'indignation , ur d'abord sourde , mais qui devint bientôt effrayante , quand le peuple vit le Parisien prendre un air d'impudence et d'audace.

Le Saint-Sacrement avançait, et déjà l'on voyait les crépines d'or reluire au soleil , le panacbe ondoyait, l'encens parfumait l'air, la musique retentissait au loin , et les voix sonores des moines de la AFarced accentuaient vigoureusement cette belle poésie biblique.

Le tenq)s pressait : le Parisien exalté tenait bon , enfojiçait son cbapeau sui- sa tète , y appuyait ses deux mains , et jurait avec d'effroyables blasphèmes qu'on n'avait pas le droit de le faire agenouillei".

liC Saint-Sacrement était tout proche ; comme une lutte s'engageait entre le Parisien et un Andalou d'une énorme stature , le Parisien fait un bond en ai'rière et va tomber aux pieds de l'archevêque et le henrle violemment. Alors on crie au sacrilège, à l'impic'té, au Français ; le tumulte devient affreux, et, malgré l'intei'vention du prêtre, la mêlée prend un caractère de rage : les eonfeaiix luisent, el... c'en est fai( t\ii Parisien.

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