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Athalie

Le texte de la préface de Eacine a été collationné avec le plus grand soin sur celui de l'édition princeps ; il pourra ainsi servir de matière à une petite étude sur l'orthographe et la ponctuation françaises à la fin du dix-septième siècle. Mais, pour la tragédie, on a suivi les dernières éditions publiées en France, l'édition de MM. Saint- Marc- Girardin et Moland et celle de M. Pau] Mesnard.

Les notes ont été faites, suivant la méthode professée à l'Ecole normale, par M. Ch. Thurot, le savant maître de la conférence de grammaire. Le dictionnaire de l'Académie française (édition de 1877) et ceux de MM. Littré et Brachet ont été consultés pour les mots qui paraissaient devoir être exphqués à de jeunes élèves beaucoup moins famiUarisés qu'on ne le suppose d'ordinaire avec l'étude de leur langue maternelle. La grammaire citée est celle de M. Chassang (Cours supérieur).

îfOTICE SUE EACINE

Jean Racine est né à la Ferté-Milon^, le 21 décembre 1639. Son père, Jean Eacine, était contrôleur du grenier à sel de cette ville ; sa mère, Jeanne Sconin, était fille du procureur du roi aux eaux et forêts de Villers-Cotterets. A peine étaitil âgé de quatre ans que déjà il était orphelin. Il fut d'abord élevé, ainsi qu'une sœur à peu près du môme âge que lui, sous la tutelle de son aïeul paternel. Il fut mis ensuite au collège de Beauvais, oii il apprit le latin.

Un peu plus tard, il entra à la maison des Granges, voisine de Port-Royal-des-Champs, regardée alors comme la meilleure école pour la jeunesse. Là se dévouaient à l'instruction des jeunes gens l'avocat Lemaistre, le docteur Hamon, le controversiste Nicole, Sacy, le traducteur de l'Ancien et du Nouveau-Testament, Lancelot, le principal auteur des MétJwdes dites de Port-Royal, des Eacines grecques et de la Grammaire générale et raisonnée. Sous la direction de ce dernier maître, qui se chargea de lui enseigner le grec. Racine fut bientôt en état de comprendre dans leur langue les chefs-d'œuvre de l'antiquité classique. « Son génie l'entraînait de préférence vers la poésie, et son plus grand plaisir était de s'aller enfermer dans l'Abbaye avec Sophocle et Euripide, qu'il savait presque par cœur ; il avait une mémoire prodigieuse. Il trouva par hasard le roman de Théagène et Charidée. Il le dévorait, lorsque Claude Lancelot, qui le surprit dans cette lecture, lui arracha le livre et le jeta au feu. Il trouva le moyen d'en avoir un autre exemplaire qui eut le même sort, ce qui l'engagea à en acheter un troisième, et. pour n'en plus craindre la proscription, il l'apprit par cœur et le porta au sacristain en lui disant : « Vous pouvez encore brûler celui-ci comme les autres-. »

1 . La Ferté-Milon est une commune du canton de Neuilly-Saint-Front, arrondissement de Château-Thierry (Aisne). '2. Mémoires de Louis Racine.

NOTICE SUR RACINE

Après trois ans passés sous la direction des bons solitaires. Racine alla à Paris au mois d'octobre 1658 pour faire sa philosophie au collège d'Harcourt (aujourd'hui lycée Saint- Louis). En 1660, à l'occasion du mariage de Louis XIV avec la fille de Philippe IV, il composa une ode intitulée la Nymphe de la Seine, pour laquelle Colbert lui envoya cent louis de la part du roi ; peu après, il obtint encore une pension de six cents livres à titre d'homme de lettres.

Malgré ce succès, ses parents auraient voulu le voir abandonner la poésie pour se livrer à l'étude de la théologie. Il fut même sur le point d'entrer dans les ordres religieux pour avoir la succession d'un de ses oncles qui possédait un bénéfice dans le Languedoc. Mais bientôt il rentra dans la carrière où le poussait son génie et composa ses premières tragédies, la Thébaïde ouïes Frères ennemis, en 1664, Alexandre, en 1665. Andromaque fut jouée en 1667. Le succès qu'obtint cette pièce ne se peut comparer qu'à celui qu'avait eu le Gid, dans les premières représentations. Après la comédie des Plaideurs, qui est de 1668, Eacine fit jouer de nouvelles tragédies : Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphy génie enAulide (1674), Phèdre (1677). Une indigne cabale l' éloigna du théâtre pendant douze ans. Mais Madame de Maintenon sut le ramener à la poésie dramatique en le priant de composer pour les demoiselles de Saint-Cyr une tragédie tirée de la Bible. C'est la tragédie d'E's/i^er (1689), qui fut suivie de celle d'Athalie (1691).

Outre une Histoire du règne de Louis XIV qui a presque entièrement péri dans un incendie, Racine a encore écrit des odes^t des cantiques spirituels, un Abrégé de F Histoire de Port- Eoyal (1693), et un Mémoire sur la misère du peuple, destiné à éclairer le roi sur les malheurs trop réels de ses sujets. Mais ce travail déplut à Louis XIV, qui en témoigna à l'auteur son mécontentement par la froideur glaciale de son accueil. Racine, qui jusque-là avait été comblé des faveurs royales, ne survécut pas à sa disgrâce, et le chagrin qu'il en eut aggrava une maladie du foie dont il souffrait depuis longtemps et à laquelle il succomba le 21 octobre 1699. Il laissait un fils, Louis Racine, qui a composé un poème intitulé la Beligion.

« Le grand succès d'Esther, écrit M^^^ Caylus, mit Racine en goût. Il voulut composer une autre pièce, et le sujet d'J-^^aîie, c'est-à-dire la mort de cette reine et la reconnaissance de Joas, lui parut le plus beau de tous ceux qu'il pouvait tirer de l'Ecriture sainte. Il y travailla sans perdre de temps ; et l'hiver d'après, cette nouvelle pièce se trouva en état d'être représentée^. »

A plusieurs reprises, Racine avait eu occasion d'en lire des fragments à ses amis ; en voici un témoignage curieuxqui se trouve dans une lettre de Duguet, à la date du 15 novembre 1690. «Aujourd'hui... j'ai passé une grande partie du jour chez M. le marquis de Chandenier... M. Racine y a bien voulu réciter quelques scènes de son Athalie ; et, dans le vrai, rien n'est plus grand ni plus parfait. Des personnes de goût me l'avaient fort vantée ; mais on ne peut mettre de proportion entre le mérite de cette pièce et les louanges. Le courage de l'auteur est encore plus digne d'admiration que sa lumière, sa déhcatesse et son inimitable talent pour les vers. L'Ecriture y brille partout et d'une manière à se faire respecter par ceux qui ne respectent rien. C'est partout la Vérité qui touche et qui plaît ; c'est elle qui attendrit et qui arrache les larmes de ceux mêmes qui s'appUquentàles retenir. On est encore plus instruit que remué, mais on est remué jusqu'à ne pouvoir dissimuler les mouvements de son cœur.3))

Racine pouvait s'attendre à un grand succès. L'apparition d' Athalie passa presque inaperçue. En voici les raisons.

Les représentations dramatiques de Saint-Cyr avaient fait tort à l'esprit de cet institut. « Cette affluence du plus beau monde, disent les Dames de Saint-Louis, les applaudisse-

1. Nous avons largement puisé, pour faire cette Notice, dans l'excellente édition des Œuvres complètes de Racine, par M. Moland, Paris, Garnier frères. Nous avons consulté également l'édition de M. Paul Mesnard, Paris, Hachette.

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