‹ AthalieChapitre 108 sur 130 · L'Arbitre, le maître absolu · texte numérisé non relu

L'Arbitre, le maître absolu

.8. Avancer est employé au neutre dans le sens de aller en avant, appareil, voir page 136, note 1.

Un roi que Dieu lui-même a nourri dans son temple.

Le successeur d'Aaron, de ses prêtres suivi.

Conduisant au combat les enfants de Lévi, 120

Et dans ces mêmes mains des peuples révérées,

Les armes au Seigneur par David consacrées^?

Dieu sur ses ennemis répandra sa terreur.

Dans l'infidèle sang baignez-vous sans horreur ;

Frappez et Tyriens, et même Israélites. 125

'Ne descendez-vous pas de ces fameux lévites

Qui, lorsqu'au dieu du Ml le volage Israël

Eendit dans le désert un culte criminel,

De leurs plus chers parents saintement homicides,

Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides, 130

Et par ce noble exploit vous acquirent l'honneur

D'être seuls employés aux autels du Seigneur 2.

Mais je vois que déjà vous brillez de me suivre^.

Jurez donc, avant tout, sur cet auguste livre*,

A ce roi que le ciel vous redonne aujourd'hui, 135

1. Un roi, le successeur, les armes, sont compléments directs de voyant qui est à la phrase précédente.

2. « Et les enfants de Lévi s'étant tous assemblés autour de lui, il leur dit : Voici ce que dit le Seigneur, Dieu d'Israël. Que chacun mette son épée à son côté... et que chacun tue son frère, son ami, et celui qui lui est proche. Les enfants de Lévi firent ce que Moïse avait ordonné » (Exode, XXXII, v. 26-28.) — On sait que;ia loi juive prononçait la peine de mort contre toute idolâtrie.

« La harangue du pontife montre à la fois tous ses dangers et tout son courage. Le glaive d'Athalie levé pour frapper cet enfant royal, et le bras de Dieu levé pour le protéger. » (La Harpe.)

3. On remarque un mouvement semblable dans Britannicus, IV, 3 :

Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur.

4. « L'Écriture, qui parle souvent des formules suivant lesquelles on jurait alors, ne parle jamais de serments prêtés sur le livre saint. » (P. Mesnard).

ATHALIB, ACTE IV, âC. III.

De vivre, de combattre et de mourir pour lui^

AZARIAS

Oui, nous jurons ici pour nous, pour tous nos frères, De rétablir Joas au trône de ses pères, De ne poser le fer entre nos mains remis, Qu'après l'avoir vengé de tous ses ennemis. 140 Si quelque transgresseur enfreint cette promesse. Qu'il éprouve, grand Dieu, ta fureur vengeresse : Qu'avec lui ses enfants, de ton partage exclus. Soient au rang de ces morts que tu ne connais plus^

JOAD

Et vous, à cette loi, votre règle éternelle, 145 Eoi, ne jurez-vous pas d'être toujours fidèle?

JOAS

Pourrais- je à cette loi ne me pas conformer?

JOAD

O mou fils ! de ce nom j'ose encore vous nommer, Souffrez cette tendresse, et pardonnez aux larmes^ Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes, 150 Loin du trône nourri, de ce fatal honneur,

1. « Ensuite ils amenèrent le fils du roi et lui mirent la couronne sur la tête : ils le revêtirent des ornements de sa dignité, lui mirent dans la main le livre de la loi et le déclarèrent roi. Le grand-prêtre Joïada l'oignit et le sacra. » (Paral. II, xxiii, 11.)

2. « Comme ceux qui, ayant été blessés à mort, dorment dans les sépulcres, dont vous ne vous souvenez plus. » (Psaume LX XXVII, 6.)

3. Pardonnez aux, excusez, tolérez. Dans ce sens, pardonner est suivi de à. Quand il s'agit d'une faute, le nom de la faute est régime direct, le nom du coupable est régime indirect : Auguste a pardonné à Cinna son crime.

Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur, De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse^ Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse^. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois, 155 Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois ; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même^ ; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ; Qu'aux larmes, au travail, le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné* ; 160 Que s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime. Ainsi de piège en piège, et d'abîme en abîme^, Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté. Ils vous feront enfin haïr la vérité.

Vous peindront la vertu sous une affreuse image. 165 Hélas ! ils ont des rois égaré le plus sage*.

1. L'absolu pouvoir. En prose on ne peut dire que le pouvoir absolu. L'ivresse du pouvoir, c'est l'ivresse que le pouvoir donne à celui qui en est revêtu.

2. Massillon, s'adressant à Louis XV, lui dit comme Joad à Joas : « Les flatteurs, Sire, vous rediront sans cesse que vous êtes le maître, et que vous n'êtes comptable à personne de vos actions. » (Petit Carême.) Rapprochez aussi ces autres vers de Racine (Phèdre, IV, 6j ;

Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colère céleste.

3. JV'a d'autre. Après le verbe avoir accompagné d'une négation et suivi de autre que, pas peut se supprimer même en prose; exemple. Je n'ai d'autre volonté que celle de mon père. Il ne se supprimerait pas devant autre seul ; on ne dira point : Je n'ai d'autre volonté.

4. Toutes les langues ont représenté le pouvoir tyrannique sous l'emblème d'un sceptre de fer. L'image se trouve dans la Bible : * Tu les briseras avec un sceptre de fer ; comme un vase de potier, tu les mettras en pièces. » (Ps. II, 9.)

5. Opprime, abîme. L'Académie a blâmé comme vicieuse cette rime d'une brève avec une longue.

6. Salomon. Le cliapitre xi du livre III des Rois i*£Lconte les égarements de Salomon et son idolâtrie.

Promettez sur ce livret et devant ces témoins, Que Dieu sera toujours le premier de vos soins ; Que sévère aux méchants, et des bons le refuge, Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge Vous souvenant, mon fils, que caché sous ce lin, [170 Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphe-

JOAS

Je promets d'observer ce que la loi m'ordonne. Mon Dieu, punissez-moi si je vous abandonne^

JOAD

Venez, de l'huile sainte il faut vous consacrer. 175 Paraissez, Josabet : vous pouvez vous montrer.

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