‹ AthalieChapitre 126 sur 130 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ISMAEL, JOAS, JOAD, ATHALIE, etc.

ISMAEL, à Joad.

Seigneur, le temple est libre et n'a plus d'ennemis.

1. Image tirée de la Bible. « Je vis une femme enivrée du sang des saints et du sang des martyrs. » (Apoc. XVII, 6.)

2. Pi^'ge vient du latin pedira, même signification; 3» Tremblez, au pluriel par syllepse;

L'étranger est en fuite, et le Juif est soumis.

Comme le vent dans l'air dissipe la fumée\

La voix du Tout-Puissant a chassé cette armée.

Nos lévites, du haut de nos sacrés parvis, 240

D'Okozias au peuple ont annoncé le fils,

Ont conté son enfance au glaive dérobée,

Et la fille d'Achab dans le piège tombée.

Partout en même temps la trompette a sonné.

Et ses sons et leurs cris dans son camp étonné 245

Ont répandu le trouble et la terreur subite

Dont Gédéon frappa le fier Madianite^.

Les Tyriens, jetant armes et boucliers.

Ont, par divers chemins, disparu les premiers.

Quelques Juifs éperdus ont aussi pris la fuite^ ; 250

Mais de Dieu sur Joas admirant la conduite*,

Le reste à haute voix s'est pour lui déclaré.

Enfin d'un même esprit tout le peuple inspiré.

Femmes, vieillards, enfants, s'embrassant avec joie'',

1. Expression tirée de la Bible. David parlant de l'arche qui a vaincu ses ennemis, dit : «- Tu les dissipes comme une fumée chassée. « (Ps. LXVIII, 3.)

2. La défaite des Madianites par Gédéon est racontée au Livre des Juges, VII, 16-22. Les ennemis furent frappés de terreur par le bruit des trompettes des Israélites, par les vases où ils portaient leurs torches et par leur cri : « Glaive du Seigneur et de Gédéon. »

3. « Dans cette belle peinture de la joie publique, le poète n'oublie pas de faire remarquer que quelques Juifs éperdus ont pris la fuite. Il a été dit, au commencement de la pièce, que plusieurs étaient du parti d'Athalie et adoraient Baal. Plus on examine cette pièce, plus on remarque l'ordre dans lequel tout se suit. » (Louis Racine.)

4. Conduite est employé ici dans le sens théologique de voie divine dessein divin. C'est ainsi que Pascal a dit (Lettre 4) : « Voilà les admirables conduites de la sagesse de Dieu sur le salut des saints. »

5. « Tout le peuple flt une grande réjouissance, et la ville demeura en paix. » (Rois, IV, xi, 20.)

Bénissent le Seigneur et celui qu'il envoie. 255

Tous chantent de David le fils ressuscité^

Baal est en horreur dans la sainte cité.

De son temple profane on a brisé les portes.

Math an est égorgé

Dieu des Juifs, tu l'emportes* !

Oui, c'est Joas, je cherche en vain à me tromper. 260 Je reconnais l'endroit où je le fis frapper ; Je vois d'Okozias et le port et le geste^ ; Tout me retrace enfin un sang que je déteste. David, David triomphe ; Achab seul est détruit*. Impitoyable Dieu, toi seul as tout conduit. 265 C'est toi qui, me flattant d'une vengeance aisée, M'as vingt fois en un jour à moi-même opposée^, Tantôt pour un enfant excitant mes remords, Tantôt m'éblouissant de tes riches trésors. Que j 'ai craint de livrer aux flammes, au pillage. 270

1. M. Coquerel voit dans ce vers un anachronisme de langage ; le mot ressuscité ne se trouve point dans les livres de l'Ancien Testament, pris dans le sens dogmatique ou moral que les idées chrétiennes ont fait prévaloir.

2. « Cette exclamation d'Athalie est sublime : c'est le Christe, vicisti de Julien l'Apostat. (Louis Racine.)

3. Port, la manière dont une personne se tient, marche et se présente.

4. Détruit. La même expression se trouvait déjà dans Mithridate (Acte III, se. 1) :

Vous même, n'allez point, de contrée en contrée, ' Montrer aux nations Mithridate détruit.

5. Opposer à, ici mettre en lutte avec. C'est ainsi que Voltaire a dit, Henriade, II :

Opposant sans relâche, avec trop de prudence, Les Guises aux Condés, et la France à la France.

Qu'il règne donc, ce fils, ton soin et ton ouvrage ;

Et que, pour signaler son empire nouveau,

On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau !

Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère^ !

Que dis-je, souhaiter? Je me flatte ; j'espère 275

Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi.

Fidèle au sang d'Achab, qu'il a reçu de moi,

Conforme à son aïeuP, à son père senibhihle.

On verra de David l'héritier détestable

Abolir tes honneurs, profaner ton autel, 280

Et venger Athalie, Acliab et Jézabel.

JOAD

Qu'à l'instant hors du temple elle soit emmenée,

Et que la sainteté n'en soit point profanée^.

Allez, sacrés vengeurs de vos princes meurtris*.

De leur sang par sa mort faire cesser les cris. 285

Si quelque audacieux embrasse sa querelle^.

Qu'à la fureur du glaive on le livre avec elle.

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