Jusqu'aux deux mers, la mer Rouge et la mer Méditerranée
Par moi, Jérusalem goûte un calme profond^.
Le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond^, 100
Ni l'altier Philistin, par d'éternels ravages^,
Comme au temps de vos rois, désoler ses rivages*.
Le Syrien me traite et de reine et de sœur^ ;
Enfin de ma maison le perfide oppresseur^,
Qui devait jusqu'à moi pousser sa barbarie^, 105
Jéhu, le fier Jéliu, tremble dans Samarie^
De toutes parts pressé par un puissant voisin,
Que j'ai su soulever contre cet assassin^,
Il me laisse en ces lieux, souveraine et maîtresse.
Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse ; 110
Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours,
De mes prospérités interrompre le cours.
Un songe (me devrai-je inquiéter d'un songe
1. Calme, tranquillité, absence d'agitation et de bruit. L'origine de ce mot est inconnue.
2. Le Jourdain, aujourd'hui Nahir-el-Arden, ou el Cheria, rivière de Palestine qui sort de l'Anti-Liban, et après un cours de 200 kilom. se jette dans le lac Asphaltite ou mer Morte.
3. Altier vient de l'italien altiero, dans lequel on trouve la même racine que dans le latin altus : ce mot signifie qui a de l'orgueil, de la hauteur. — Ravage est dérivé de ravir, venu du latin rapere.
4. Désoler vient du latin desolari, qui a le sens de ravager, faire la solitude ; il est donc pris ici dans son sens étymologique ; au figuré il signifie causer une grande affliction. — Rivage vient du bas-latin ripaticum, dérivé de ripa.
5. Le Syrien, pour le roi de Syrie. Le père d'Athalie avait été tué dans un combat contre ce prince qui se nommait Hazaëi. Traiter de, donner le nom de, agir comme avec.
6. Maison, race, famille, en parlant des grandes familles ; comparez Acte II, V. 355.