Joas avait sept ans lorsqu'il commença de régner
PRÉFACE
Tout le monde sçait^ que le Royaume de Juda estoit^ composé des deux Tribus de Juda et de Benjamin, et que les dix autres Tribus qui se révoltèrent contre Eoboam composoient le Eoyaume d'Israël. Comme les Eois de Juda estoient de la Maison de David, et qu'ils avoient dans leur partage la Ville et le Temple de Jérusalem, tout ce qu'il y a voit de^ Prestres et de Lévites se retirèrent auprès d'eux et leur demeurèrent toujours* attachez ^ Car depuis que le Temple de Salomon iiit basti^, il n'estoit plus permis de sacrifier ailleurs, et tous ces autres Autels qu'on élevoit à Dieu sur des montagnes, appelez par cette raison dans l'Ecriture les hauts Lieux, ne luy estoient point agréables. Ainsi
1. Savoir vient du latin sapere. (Voir Chassanp, Gramm. franç. p. 156.) C'est par une fausse étymologie qu'on s'est mis au xve et au xyi» siècle à écrire sçavoir, comme si le mot venait du latin scire.
2. Estait. Sur l's étymologique, voir Chassanfî, Gramm. franç., § 116, 3° ; sur la terminaison oit, voir même ouvrage, § 1 08.
3. Tout ce qu'il y avoit de est une sorte de collectif après lequel le verbe peut se mettre au pluriel. Il y a un autre exemple de cette construction Acte 1, vers 270.
•i. Toû jours. L'accent circonflexe rappelle l's étymologique. On a écrit d'abord tous jours puis tousjours.
5. Attachez. A l'origine le z avait la valeur de ts ; c'est pourquoi bonitates, civilates avaient donné bontez, citez : il en était de même des participes passés de la voix passive, au pluriel.
6. Bâtir, anc. bastir. On rapproche le provençal bastir, et l'ancien italien bastire, mais on ignore l'étymologie. L's s'est conservée dans le dérivé bastille.
118 PRÉFACE
le culte légitime ne subsistoit plus que dans Juda. Les dix Tribus, excepté un tres-petit nombre de personnes, estoient ou Idolâtres ou Schismatiques.
Au reste ces Prestres et ces Lévites faisoient euxmêmes une Tribu fort nombreuse. Ils furent partagez en diverses Classes pour servir tour à tour dans le Temple, d'un jour de Sabbatli à l'autre. Les Prestres estoient de la famille d'Aaron, et il n'y avoit que ceux de cette Famille lesquels^ pussent exercer la Sacrificature. Les Lévites leur estoient subordonnez, et avoient soin entre autres choses du chant, de la préparation des victimes, et de la garde du Temple. Ce nom de Lévite ne laisse pas d'estre donné quelquefois indifféremment à tous ceux de la Tribu. Ceux qui estoient en semaine avoient, ainsi que le grand Prestre, leur logement dans les portiques ou galeries, dont le Temple estoit environné, et qui faisoient partie du Temple même. Tout l'édifice s'appelloit^ en gênerai le Lieu saint : mais on appelloit plus particulièrement de ce nom cette partie du Temple intérieure où estoit^ le Chandelier d'or, l'Autel des parfums et les Tables des pains de proposition. Et cette partie estoit encore distinguée du Saint des Saints, oti estoit l'Arche, et où le grand Prestre seul avoit droit d'entrer une fois l'année.
1. Lesquels : on dirait aujourd'hui qui. On n'emploie lequel comme sujet que lorsque qui pourrait donner lieu à une équivoque. Voir Chassang, Gramm. franç. § 256.
2. S'appelloit. — Appeler, autrefois appeller, vient du lâtin appellare, de ad et pellare, inusité et signifiant parler. Aujourd'hui ce verbe ne prend deux l que devant une syllabe muette.
3. Estoit. « Estoient serait plus exact. » (Académie). On trouve dans Racine de fréquents exemples d'un verbe précédé ou suivi de plusieurs sujets, et demeurant au singulier comme ne s'accordant qu'avec l'un d'eux, celui dont il est le plus proche.
PRÉFACE
C'estoit une Tradition assez constante que la Montagne sur laquelle le Temple fut basti estoit la même Montagne, oii Abraham avoit autrefois offert en sacrifice son fils Isaac.
J'ay cru devoir expliquer icy ces particularitez, afin que ceux à qui l'Histoire de l'ancien Testament ne sera pas assez présente n'en soient point arrestez en lisant cette Tragédie. Elle a pour sujet, Joas reconnu et mis sur le Thrône^ ; et j'aurois dû dans les règles l'intituler Joas. Mais la pluspart du monde n'en ayant entendu parler que sous le nom d'Athalie, je n'ay pas jugé à propos de la leur^ présenter sous un autre titre, puisque d'ailleurs Athalie y jouë un personnage si considérable, et que c'est sa mort qui termine la Pièce. Voicy une partie des principaux évenemens^ qui devancèrent cette grande action.
Joram Eoy de Juda, fils de Josaphat, et le septième Koy de la race de David, épousa Athalie fille d'Achab et de Jézabel, qui regnoient en Israël, fameux l'un et l'autre, mais principalement Jézabel, par leurs sanglantes persécutions contre les Prophètes. Athalie, non moins impie que sa Mere, entraîna bien-tost* le
1. Thrône, aujourd'hui trône, du latin thronus, venant lui-même du grec Opôvo;, siège. L'/i ne se prononçant pas a été supprimé. C'est en vertu du même principe que l'Académie, dans la dernière édition de son dictionnaire (1877), supprime une h dans les mots phtisie, rythme.
2. Leur a paru inexact à l'Académie, « la plupart du monde (qu'elle a d'ailleurs trouvé un peu suranné) exigeant, dit-elle, le singulier. » Il y a là ce que les grammairiens appellent une syllepse.
3. Evénemens, aujourd'hui événements. Dès 1705, Régnier Desmarais {Grammaire, traité des noms) blâmait cette suppression du t, qui avait cours de son temps ; il la blâmait comme « effaçant peu à peu les traces de l'origine des noms », L'Académie n'admet plus cette suppression du t.