‹ AthalieChapitre 8 sur 130 · Tost, plus tard tôt, vient du latin tôt cilo · texte numérisé non relu

Tost, plus tard tôt, vient du latin tôt cilo

PRÉFACE

Eoy son mari dans l'Idolâtrie, et fit même construire dans Jérusalem un Temple à Baal. qui est oit le Dieu du païs de Tyr et de Sidon, où Jésabel avoit pris naissance. J oram, après avoir veu^ périr par les mains des Arabes et des Philistins tous les Princes ses Enfans à la reserve d'Okosias, mourut luy-même misérablement d'une longue maladie qui luy consuma les entrailles. Sa mort faneste n'empêclia pas Okosias d'imiter son impieté et celle d'Athalie sa mere. Mais ce Prince, après avoir régné seulement un an, estant allé rendre visite au Eoy d'Israël frère d'Atlialie, fut enveloppé dans la ruine de la Maison d'Achab, et tué par l'ordre de Jebu, que Bien avoit fait sacrer par ses Prophètes, pour régner sur Israël, et pour estre le ministre de ses vengeances 2. Jéhu extermina toute la postérité d'Achab, et fit jetter=^ par les fenestres Jézabel, qui selon la prédiction d'Elie, fut mangée des chiens dans la vigne de ce même Naboth, qu'elle avoit fait mourir autrefois pour s'emparer de son héritage. Athalie ayant appris à Jérusalem tous ces massacres, entreprit de son costé d'éteindre entièrement la race royale de David, en faisant mourir tous les enfants d'Okozias ses Petits-fils. Mais heureusement Josabet sœur d'Okozias, et fille de Joram, mais d'une autre mere qu'Athalie, estant arrivée lorsqu'on égorgeoit les Princes ses I^eveux, elle^ trouva moyen de dérober

1. Veu, plus tard vu, primit. védut, puis vév, d'un ancien participe barbare du verbe videre.

2. Vengeance. L'édition de 1692 donne vangeance, qui n'a aucune raison d'être. Ce substantif est dérivé de vengeant, participe de venger, qui vient du latin vindicare, et a toujours été écrit par un e.

3. Jetter, aujourd'hui jeter, du latin jaciare, fréquentatif de jacere.

4. Elle forme ici un pléonasme ; voir Chassang, Gramm. franç., § 166.

PRÉFACE

du milieu des morts le petit Joas encore à la mammelle^, et le confia avec sa N^ourrice au grand Prestre son mary, qui les cacha tous deux dans le Temple, où l'Enfant fut élevé secrètement jusqu'au jour qu'il fut proclamé Eoy de Juda. L'Histoire des Eois dit que ce fut la septième année d'après. Mais le Texte grec des Paralipomenes que Severe Sulpice a suivi, dit que ce fut la huitième. C'est ce qui m'a autorisé à donner à ce Prince neuf à dix ans, pour le mettre déjà en estât de répondre aux questions qu'on luy fait.

Je croy2 ne lui avoir rien fait dire, qui soit au-dessus de la portée d'un enfant de cet âge, qui a de l'esprit et de la mémoire. Mais quand j'aurois esté un peu audelà, il faut considérer que c'est icy un Enfant tout extraordinaire, élevé dans le Temple par un grand Prestre qui le regardant comme l'unique espérance de sa Nation, l'avoit instruit de bonne heure dans tousles devoirs de la Eeligion et de la Royauté. Il n'en estoit pas de même des Enfans des Juifs, que de la pluspart des nôtres ; on leur apprenoit les saintes Lettres non seulement dés qu'ils avoient atteint l'usage de la raison, mais, pour me servir de l'expression de S. Paul, dés la mam^melle. Chaque Juif estoit obligé d'écrire une fois en sa vie, de sa propre main, le volume de la Loy tout entier. Les Roys estoient même obligez de l'écrire deux fois^, et il leur estoit enjoint de l'avoir

1. Mammelle, aujourd'hui mamelle; l'orthographe actuelle est conforme à l'étymologie, mamilla, dérivé de mamma. Les mots dérivés de mamma continuent à prendre deux m, mammifère, mammologie, etc.

2. Croy. Sur l'absence de l's, voir Chassang, Gramm. frnnç., p. 11 'î, Rem. I.

3. «Ce que Racine avance ici n'est nullement exact. 1° Chaque Juif n'était point obligé d'écrire le volume de la loi. Cela n'eût été possible chez aucun peuple. Le commun des Juifs était si peu instruit

PRÉFACE

continuellement devant les yeux. Je puis dire icy que la France voit en la personne d'un Prince de huit ans et demi^, qui fait aujourd'huy ses plus chères délices, un exemple illustre de ce que peut dans un Enfant un heureux naturel aidé d'une excellente éducation ; et que si j'avois donné au petit Joas la même vivacité et le même discernement qui brillent dans les reparties de ce jeune Prince, on m'auroit accusé avec raison d'avoir péché contre les régies de la vray-semblance.

L'âge de Zacharie fils du grand Prestre n'estant point marqué, on peut luy supposer si l'on veut deux ou trois ans de plus qu'à Joas.

J'ay suivi l'explication de plusieurs Commentateurs fort habiles, qui prouvent par le Texte même de l'Ecriture, que tous ces soldats à qui Joaïda, ou Joad, comme il est appelle dans Josephe, fit prendre les armes consacrées à Dieu par David, estoient autant de Prestres et de Lévites, aussi bien que les cinq Centeniers^ qui les commandoient. En effet, disent ces Interprètes, tout devoit estre saint dans une si sainte action, et aucun Profane n'y devoit estre employé. Il s'y agissoit non seulement de conserver le sceptre dans la maison de David, mais encore de conserver à ce grand Eoy cette suite de Descendans dont devoit

qu'il fallait, tous les sept ans, dans l'année sabbatique, lire la loi au peuple assemblé, de peur qu'il ne l'oubliAt ; 2° les rois n'étaient obligés d'écrire, et, suivant plusieurs interprètes, de ne faire écrire qu'une copie de la loi. Le passage de l'Ecriture qui prescrit cette obligation la restreint même au Deutéronome. » (Académie.)

1. Louis de France, duc de Bourgogne, élève de Fénelon, petit-fils de Louis XIV et père de Louis XV. Il était né le 6 août 1682 et mourut CD 1712. Au moment où écrivait Racine, le duc de Beauvilliers, Fénelon, l'abbé de Beaumont et l'abbé Fleury dirigeaient depuis près de deux ans l'éducation de ce jeune prince.

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