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Centeniers, officiers commandant à cent hommes

PRÉFACE

naître le Messie. Car ce Messie tant de fois promis comme Fils Abraham, devoit aussiestre Fils de David et de tous les rois de Juda. De-là vient que l'illustre et sçavant Prélat^ de qui j'ay emprunté ces paroles, appelle Joas le précieux reste de la maison de David. Josephe en parle dans les mêmes termes. Et l'Ecriture dit expressément, que Dieu n'extermina pas toute la famille de Joram, voulant conserver à David la Lampe qu'il lui avoit promise. Or cette Lampe qu'estoit-ce autre chose que la lumière qui devoit estre un jour révélée aux Nations?

L'Histoire ne spécifie point le jour où Joas fut proclamé. Quelques Interprètes veulent que ce fust un jour de Feste. J'ay choisi celle^ de la Pentecoste, qui estoit l'une des trois grandes Pestes des Juifs. On y celebroit la mémoire de la publication de la Loy sur le mont de Sinaï, et on y offroit aussi à Dieu les premiers pains de la nouvelle moisson ; ce qui faisoit qu'on la nommoit encore la Feste des Prémices. J'ay songé que ces circonstances me fourniroient quelque variété pour les chants du Chœur.

Ce Chœur est composé de jeunes Filles de la Tribu de Levi, et je mets à leur teste une Fille, que je donne

1. «M. de Meaux. » Noie de Racine. Les paroles que Racine vient de citer sont tirées de V Histoire universelle de B.ossuet, seconde partie, c. IV. — Monsieur de, avec un nom de ville, se disait de l'évôque du diocèse dont cette ville est la capitale. Au lieu de Monsieur on dit aujourd'hui Monseigneur, d'après un usage qui s'est introduit au xvra» siècle (voir Balzac, Dissertations critiques, VII), mais cela est contraire à l'article XII des articles organiques (Concordat) : «Il sera libre aux archevêques et évêques d'ajouter à leur nom le titre de citoyen ou celui de monsieur ; toutes autres qualifications sont interdites. »

2. Fête étant pris indéfiniment et sans article, l'emploi du pronom celle n'est pas grammaticalement exact. Il eût été mieux de dire : J'ai choisi la fête de... » (Académie.)

PRÉFACE

pour sœur à Zacharie. C'est elle qui introduit le Chœur chez sa Mere. Elle chante avec lui, porte la parole pour lui, et fait enfin les fonctions de ce personnage des anciens Chœurs qu'on appelloit le Coryphée. J'ay aussi essayé d'imiter des Anciens cette continuité d'Action, qui fait que leur Théâtre ne demeure jamais vuide^ ; les intervalles des actes n'estant marquez que par des hymnes et par des moralitez du Chœur, qui ont rapport à ce qui se passe.

On me trouvera peut-estre un peu hardi d'avoir osé mettre sur la Scène un Prophète inspiré de Dieu, et qui prédit l'avenir. Mais j'ay eû la précaution de ne mettre dans sa bouche que des expressions tirées des Prophètes mêmes. Quoy que l'Ecriture ne dise pas en termes exprés que Joïada ait eû l'esprit de prophétie, comme elle le dit de son fils, elle le représente comme un homme tout plein de l'Esprit de Dieu. Et d'ailleurs ne paroist-il pas par l'Evangile qu'il a pu prophétiser en qualité de souverain Pontife? Je suppose donc qu'il voit en esprit le funeste changement de Joas, qui après trente années d'un règne forb pieux, s'abandonna aux mauvais conseils des Flatteurs, et se souilla du meurtre de Zacharie fils et successeur de ce grand Prestre. Ce meurtre commis dans le Temple fut une des principales causes de la colère de Dieu contre les Juifs, et de tous les malheurs qui leur arrivèrent dans la suite. On prétend même que depuis ce jour là les réponses de Dieu cessèrent entièrement dans le Sanctuaire. C'est ce qui m'a donné lieu de faire prédire tout de suite à Joad et la destruction du Temple

1. Vuide, aujourd'hui vide, du latin viduus ; on trouve dans Je vieux français les formes voide, vuit, wit, etc.

PRÉFACE

et la ruine de Jérusalem. Mais comme les Prophètes joignent d'ordinaire les consolations aux menaces, et que d'ailleurs il s'agit de mettre sur le thrône un des Ancestres du Messie, j'ay pris occasion de faire entrevoir la venue de ce Consolateur, après lequel tous les Anciens Justes soûpiroient. Cette Scène, qui est une espèce d'Episode, ameine^ très -naturellement la Musique, par la coutume qu'avoient plusieurs Prophètes d'entrer dans leurs saints transports au son des instrumens. Témoin cette troupe de Prophètes, qui vinrent au devant de Saul avec des harpes et des lyres qu'on portoit devant eux, et témoin Elisée luimême, qui, estant consulté sur l'avenir par le Eoy de Juda et par le Eoy d'Israël, dit comme fait icy Joad, Adducite miJii Psalten\ Ajoutez à cela que cette Prophétie sert beaucoup à augmenter le trouble dans la Pièce, par la consternation et par les différons mouvemens où elle jette le Chœur et les principaux Acteu^s^

1. Ameine, aujourd'hui amène ; la diphtongue ei équivalait à è.

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